[INTERVIEW] Pape Diouf « Le Sénégal a toujours la possibilité de se qualifier pour la prochaine coupe du monde. »

L’histoire de Diouf, c’est celle d’un jeune qui a très tôt émigré en France, à Marseille. Pape Diouf est plutôt bon élève mais malheureusement il arrêta ses études en classe de seconde pour l’école militaire, en France. A 57 ans, il devient l’AS de l’Olympique Marseille, le club de football français le plus prestigieux. Dans une interview accordée à Vipeoples.net, l’ancien président de l’Olympique Marseille revient sur son parcours et donne ses impressions sur le football sénégalais.


[INTERVIEW] Pape Diouf « Le Sénégal a toujours la possibilité de se qualifier pour la prochaine coupe du monde. »
Comment se sont passé vos débuts en France avant d’intégrer l’Olympique de Marseille ? 
Sans doute c’est un parcours assez classique du jeune africain qui vit en France c’est-à-dire qui recherche sa voie et en ce qui me concerne, j’ai évidemment emprunté ce même type de chemin, peut-être avec des circonstances différentes, c’est ce qui m’a amené à faire de petits métiers et puis à exercer le journalisme. Cela me permettait de concilier passion et métier. Apres j’ai été amené à faire du journalisme. Je suis par la suite passé aux  PTT. J’ai exercé le journalisme durant des dizaines d’années ensuite j’ai ouvert une entreprise de management et de marketing qui a l’heure de mon départ était sans doute la première en France  puisqu’elle comptait en son sein plus de 90 joueurs dont Drogba, Desailly et bien d’autres joueurs. Les démarches de l’Olympique de Marseille ont ensuite commencé pour essayer de m’attirer au club […] ce que j’ai d’abord récusé au premier temps et même dans un deuxième temps, avant de donner mon accord,  on m’a demandé d’accepter un poste de manager général du club. En 2004 j’ai intégré la cellule Olympique mais très rapidement une crise a frappé cette institution et le propriétaire du club a fait de moi le Président du Directoire avant de devenir Président de l’Olympique de Marseille. Voilà le cheminement qui a été certes un peu tumultueux mais surmontable. 

Quels sont les petits boulots que vous avez exercés lors de vos premiers temps en France ? 
J’ai été coursier, manutentionnaire et je travaillais dans une usine dans la charge et la décharge des marchandises. J’ai été également pointeur au port de Marseille, employé à la caisse des allocations familiales donc voilà les petits métiers que j’ai eu à exercer. 
  
Vos visites au Sénégal sont-elles d'ordre professionnel ou familial ?  
En général je viens toujours en visite familiale puisque c’est une manière pour moi de revenir toujours au pays à chaque fois que les circonstances se présentent. Je le fais d’autant plus que je viens de sortir d’un arasant promotion concoctée par la maison Grasset. J’ai dû faire plus de 20 télévisions et plus de 20 radios. J’ai fait quelques pays puisqu’en dehors de la France, j’ai été en Belgique, en Suisse donc pour ressortir de ce marathon, j’avais peut être eu besoin d’une pause et comme les émissions que je faisais sur Canal avaient momentanément été arrêtées, j’en ai profité pour revenir au pays, c’est toujours un plaisir pour moi. 
  
 En tant qu’ancien journaliste de sport, quel regard portez-vous sur le travail de la presse sportive au Sénégal ? 
Il y a au moins une pluralité de presse mais aussi un grand nombre de journalistes donc forcément une diversité d’approches. Maintenant pour moi, le journalisme doit se résumer à ces vertus cardinales qui sont un travail efficace de recoupement, un travail de sérieux […] Alors le journalisme doit rester cette fonction noble qui consiste à informer la majorité de la manière la plus honnête possible […] je ne dirais pas objective car l’objectivité est un mot qui me paraît très abstrait et donc la parfaite honnêteté est d’informer les gens. Pour moi le journaliste parfait c’est celui qui permet à un professionnel  non seulement de dire des choses vraies. Trop de complaisances également doivent être évités  dans l’accomplissement de son travail mais en même temps le journaliste doit montrer, doit pouvoir parler d’une manière très intelligente et très esthétique lorsqu’il rend compte des faits. Le journaliste c’est également celui qui est sensible à la belle écriture ! 
Pour ce qui est du Sénégal il y a quelques  journalistes qui présentent une grande qualité et ceux-là n’hésitent pas à montrer cette qualité à chaque fois qu’ils écrivent. Cependant il y en a d’autres qui sont plus empressés et moins regardant dans l’accomplissement de leur travail […] Enfin il y a un peu du tout dedans. 

Qu’est ce qui a motivé Pape Diouf à écrire pour la toute première fois un livre sur sa vie et son parcours professionnel ? 
Rien ne m’a motivé très particulièrement sinon que d’abord il y a une maison d Edition très prestigieuse qui s’appelle Grasset dont la direction a souhaité me voir écrire une autobiographie. Pour moi ce n’était pas très évident et figurez-vous que je n’avais pas forcement eu envie de le faire au début mais à force d’insistance de sa part je me suis dit pourquoi ne pas écrire finalement un livre  et donc je me suis mis à la rédaction de cette autobiographie.  Je me suis invité à ce jeu et j’ai été assez loin dans ce dont je voulais parler en évoquant plusieurs thèmes. Par contre, tout ce que j’ai dit dans « C'EST BIEN PLUS QU'UN JEU » est vrai mais je n’ai pas tout dévoilé bien sûr. Je n’avais pas une volonté de dire, oui il me faut une autobiographie parce que j’en ai besoin puisque je n’ai pas de besoins particuliers de faire un pamphlet comme certains ont tenté parfois malhonnêtement de me le reprocher. Certains disent également que je l’ai rédigé dans le but  d’en faire un règlement de compte […] Laissez-moi vous dire que ce n’est pas dans ma nature puisque j’ai suffisamment de courage intellectuel pour faire un pamphlet si demain je tenais à en faire un et l’annoncer comme tel. 

Pouvez-vous nous faire un résumé de votre livre ? 
Non il faut le lire ! Sinon j’ai tout simplement parlé de mon parcours, de mon enfance, de mes études. Dans d’autres chapitres, j’ai parlé de mes parents plus particulièrement de ma mère et  j’ai évidemment parlé du métier de journalisme que j’ai exercé pendant longtemps et aujourd’hui je porte un regard plutôt différent de celui que j’avais exercé auparavant. J’ai mis l’accent sur la politique, et ce qu’elle représentait pour moi, j’ai parlé de Marseille, la ville adoptive qui m’a vu arrivé en France à l’âge de 18 ans. L’ouvrage évoque aussi le métier d’agent que j’étais et bien sûr de mon passage à l’Olympique de Marseille. Vous vous rendrez compte que j’ai finalement parlé un peu de tout sur ma vie. Malheureusement je n’ai pas un résumé prêt en main à donner. Après libre à chacun de lire le livre de Pape Diouf, « C'EST BIEN PLUS QU'UN JEU ». 

La question des binationaux revient souvent dans l’équipe nationale, qu’est-ce que vous pouvez en dire ? 
Vous savez les problèmes des binationaux, je ne comprends pas pourquoi en faire un débat […]  Il n’y a pas lieu d’en faire un débat. Ce sont les sénégalais, en tout cas des garçons dont les parents sont originaires du pays qui ont été appelés en équipe nationale puis sont venus de bonne grâce avec tout ce qu’ils encourent comme risques. En revenant, leur place n’était pas assurée dans l’équipe. Ce sont aussi des voyages souvent éprouvant qu’ils effectuent et ils n’ont donc pas le temps de faire du tourisme. A vrai dire ce n’est donc pas une raison de leur jeter la pierre. Moi, j’ai connu des bi nationaux qui eux à l’époque on les avait appelé et ils ont refusé de venir. Ceux qui sont venus ont déjà le mérite de venir. Comme je ne connais pas un joueur qui sur le terrain ne se donne pas au maximum, n’essaie pas de se faire valoir ne serais-ce qu’à titre individuel ; je ne les vois donc pas saboter l’équipe nationale […] je ne les vois pas arriver avec l’idée de dire on est là en tourisme. 

Certains anciens joueurs de la génération 2002 réclament une place dans le staff de l’équipe nationale pensez-vous qu’ils peuvent relever ce défi ? 
Sans doute que dans cette génération, il y a des garçons très talentueux et peuvent en toute légitimité revendiquer une place au sein de nos instances  ensuite il n’est pas dit que tous ont cette capacité-là. Certains d’entre eux sans doute oui […] puis je ne sais pas dans quelle forme il réclame cela mais ce sont des gens qu’on ne peut pas ignorer et qui ne peuvent pas être tenus éloignés très longtemps des centres de décision sénégalaises. Ces personnes peuvent tout à fait avoir leur avis et de pourvoir indiquer peut être des  orientations , des chemins qui peuvent servir d’un débat. Oui je pense encore que cette génération, ne peut pas être tenu à l’écart de la gestion de notre football même si on ne peut non plus pas dire que d’elle seule viendra les solutions. 

Vous savez, chaque année il y a des centaines de jeunes étudiants qui quittent le Sénégal pour la France afin d'y continuer leurs études mais certains ambitionnent en même temps une carrière professionnelle dans le foot. Pensez-vous que c'est jouable? Que leur conseillez-vous, Existe-t-il des astuces particuliers pour se faire repérer par un club 
D’abord je ne pense pas puisque qu’il n’y a pas un nombre illimité de clubs et les places sont souvent prises. C’est habituellement par relation qu’on intègre les clubs et je ne pense pas qu’en puisse parler d’une filière presque sûre pour trouver ce type de poste. Les clubs ne sont pas les seuls qui puissent ingurgiter ce secteur. D’autres institutions peuvent tout à fait permettre aux gens ayant une formation sportive, d’intégrer ces cellules, c’est à dire les mairies, les ministères, les associations et beaucoup d’institutions. Apres c’est une question d’opportunités et de chances. 

Que devient Pape Diouf après avoir quitté l’Olympique de Marseille ? 
J’ai une actualité qui est moins de 100 mille volts mais qui reste malgré tout une actualité qui m’occupe. J’ai créé une école de journalisme et de communication à Marseille avec Jean Pierre Foucault de TF1, école dans laquelle je donne des cours de déontologie, d’éthique, de décryptage, de l’actualité à travers la presse également des cours sur l’économie du sport. Je suis devenu enseignant, j’ai aussi un contrat annuel avec Canal + qui me permet de faire des chroniques hebdomadaires. Je suis également très sollicité pour faire plusieurs débats ou  conférences. C’est ainsi que cette année, j’ai été au Maroc, en Belgique, en Suisse, à Abu-Dhabi, à Dubaï, au Cameroun, au Gabon en Mauritanie et pleins d’autres pays. 

Accepteriez-vous un poste de manager avancé dans la gestion du foot sénégalais ? 
Vous savez moi je vis depuis plus de 40 ans à l’étranger alors qu’est-ce que je vais venir faire ici ? Faire ce que d’autres font sans doute avec tout leur cœur ? Avec toute leur énergie en mettant la main à la poche ? Ces gens-là méritent un peu plus de respect pour que je revienne en D’Artagnan et que je leur demande de pousser en me cédant la place. Ça n’a aucun sens et donc je reste à la place d’un homme qui a eu une expérience différente de la leur, un homme qui sera toujours disposé à discuter de cette expérience  avec ce qui ont la charge du football, leur donner mon avis, les écouter et peut être ensemble, que nous puissions dégager des solutions, une plateforme d’un projet qui pourrait être collectif mais venir moi en tant que responsable pour prendre leur place, je ne pense pas puisque j’ai beaucoup de respect pour ses gens qui travaillent, qui font ce qu’ils peuvent pour assurer leur fonction. Cependant, si j’étais persuadé qu’en venant ici, j’avais la solution pour replacer le football sénégalais au sommet de la hiérarchie, lui donner les titres qu’il attend, alors oui je viendrais. Ça serait presque un devoir cependant  je suis très loin de cette certitude. 

Quelle remarque faites-vous du football sénégalais de 2002 à nos jours ? 
Sans doute comme tout le monde puisqu’ une nation n’est jamais au top ou au plus haut niveau depuis son existence. Il y a des fins de cycle. Une équipe nationale sénégalaise qui nous procuré autant de satisfaction, de joie et de bonheur en 2000, 2002, cette équipe a tout simplement vécu. Durant toute cette période écroulée, ils ne peuvent plus être les mêmes. La plupart ont arrêté leur carrière et c’est ce qu’on appelle un fin de cycle. Dans ces cas-là, il est nécessaire de reconstruire et de repartir sur autre chose. Alors pensez que le Sénégal pouvait à partir de 2002 jouer à chaque fois la finale de la coupe d’Afrique des nations et discuter à chaque fois  les quarts de final de la coupe ? C’est alors mal connaître l’esprit du football. On pensait un moment que c’était définitivement acquis et il y va s’en doute de la gestion même de l’équipe nationale, du football sénégalais en général. Est-ce que tout est fait pour que les résultats reviennent pratiquement ? Je ne sais pas. Est-ce que les bonnes décisions ont été prises au bon moment ? Je ne sais pas. Est-ce que les hommes qu’il faut sont à la place qu’il faut ? Je ne sais pas donc voilà. Nous vivons une époque aujourd’hui qui est en perpétuel mouvement et ce n’est pas seulement le Sénégal qui connaît cette situation, le Cameroun connaît un peu le même cas. L’Egypte, elle, a raté les deux ou trois dernières Can. Elle ne les a pas joués même si elle a connu des problèmes internes pouvant servir comme prétexte d’explication. Les pays du Maghreb comme la Tunisie et le Maroc, ont également eu  du mal à redevenir les forces d’orientation qu’ils étaient auparavant. Voilà comment est le football. On assiste forcement à des forces émergentes. D’ailleurs  concernant la dernière coupe d’Afrique des Nations, un vieux pays, l’Ethiopie a pu se faire remarquer en s’imposant sur le devant de la scène. Un autre pays nous a surpris  par la qualité de son jeu, le Cap Vert. Alors vous voyez comment le football est versatile ? Il est en perpétuel mouvement et donc jamais figé. Notre pays est un peu dans cette masse la et au moment où l’on parle, le Sénégal a toujours la possibilité de se qualifier pour la prochaine coupe du monde. 

Que dites-vous à ceux qui vous considèrent toujours comme l’Obama de Marseille 
Oh c’est flatteur mais c’est surtout me semble-t-il une anomalie, pourquoi ? Parce que je suis le seul noir à avoir dirigé un grand club d’Europe et a la vue du nombre important des joueurs noirs qui ont radieusement participé à ces compétitions européennes, il n’est alors pas normal qu’aujourd’hui, qu’on ne puisse pas les voir occuper des postes comme encadreur et prendre la gestion. Sinon je suis très loin de ce qu’Obama a fait. 

Rokhy Goudiaby 
Vipeoples.net




Mardi 23 Avril 2013
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