INTERVIEW EXCLUSIVE AVEC CHEIKH ABDOU MBACKE GAÏNDE FATMA : « Sokhna Maïmouna a célébré le Laylatoul Qadr pendant près de 50 ans… Nous débattrons du Wird, du Ndigeul, de la laïcité… Ce que A. Makhtar Mbow a fait… »

Dans cette interview exclusive que Serigne Cheikh Abdou Lahad Mbacké Gaïndé Fatma accorde à Dakaractu, il reste établi que Sokhna Maïmouna Mbacké vouait à la nuit du Layatoul Qadr une attention particulière. Les contingences économiques de l’époque ne l’ont jamais ébranlée dans sa volonté de la vivre et de la faire vivre pleinement par les musulmans. Le nom d’Amadou Makhtar Mbow sera évoqué quelque part dans l’entretien. Des révélations seront faites quant au déroulement de l’événement de cette année, prévu le 30 Juin. Des débats responsables mais sans langue de bois pour faire bouger les lignes avec d’éminents intellectuels et de valeureux religieux crédibles, seront remis au goût du jour, à partir du 22 Juin, de manière apaisée ses des questions liées à la laïcité, au wird, au ndigueul, au rôle de la femme, à l’impact de nos valeurs dans la définition de nos politiques publiques, etc…


Quelle est la genèse de la célébration du magal du Laylatoul Qadr ?
La nuit du Laylatul Qadr est une nuit extrêmement importante dans la religion musulmane. C’est la nuit durant laquelle le Saint Coran est descendu. Cette nuit, d’après le Coran est meilleure que mille mois. Sokhna Maïmouna Mbacké, dans sa volonté d’œuvrer pour Cheikh Ahmadou Bamba, avait choisi de célébrer cette nuit exceptionnelle. Et ce,  sous le ndigueul de Cheikh Mouhamdoul Fadel qui, en plus d’être son grand frère et guide spirituel, était  le Khalife Général des Mourides d’alors. Pendant près de cinquante ans et de manière ininterrompue, Sokhna Maïmouna s’est investie sans réserve à célébrer cette nuit.
A son rappel à Dieu, sa famille a gardé jalousement l’héritage, le rendant chaque année plus attrayant, avec notamment Serigne Mahfouz et Sokhna Mame Bousso (Ndlr : Sokhna Bali). L’histoire retient que Sokhna Maïmouna s’investissait personnellement dans les travaux champêtres pour rétribuer ceux qui récitaient le Saint Coran. Elle tenait vaille que vaille à prendre en charge ces personnes par la sueur de son front. Des milliers de fois, le livre Saint était ainsi parcouru durant le mois de ramadan sur toute l’étendue du territoire national. Cette tradition reste maintenue par la famille.
 
Et c’était, naturellement, avec des efforts considérables ?
En effet! A l’époque, il n’y avait pas beaucoup de véhicules à Darou Moukhty. Et c’est l’occasion de rendre un vibrant hommage à un homme, Amadou Makhtar Mbow. L’histoire retiendra en effet, que c’est lui qui avait conduit Sokhna Maïmouna de Darou à Touba chez Serigne Falilou. Elle venait nuitamment rendre visite à ce dernier pour lui présenter les plats préparés. La tradition est depuis lors perpétuée. Le résultat est là. Aujourd’hui, la célébration de cette nuit a atteint des dimensions considérables et c’est une foule énorme qui vient prendre part à la manifestation religieuse.
 
Ce qui frappe à l’œil, toutefois, ce sont les innovations. Pourquoi innover justement ?
Les innovations, à mon avis, sont utiles tant qu’elles respectent la tradition religieuse dans un cadre bien défini. Nous sommes dans un monde en mouvement. L’islam et son message plus particulièrement, restent immuables. Nul n’en disconvient.  Mais le canal par lequel le message passe suit l’ère du temps. Et c’est pour cela que nous utilisons tout ce qui est licite et à notre disposition pour propager ce message de l’Islam.
Une grande série de conférences est, encore une fois,  organisée avec des sommités au plan intellectuel. Ces conférences ont pour objectif de permettre aux fidèles d’avoir un meilleur ancrage dans la culture islamique, de tirer des enseignements des échanges et de mieux vivre leur religion.
 
En dehors des conférences ?
En dehors de ces conférences, nous organisons d’autres activités. Ce sont principalement des actions de solidarité envers les Sénégalais qui sont, par la volonté de Dieu, dans les lieux de privation de liberté. Nous essayons, un tant soit peu, de permettre à ceux-ci d’améliorer leurs conditions de vie. Nous voulons qu’ils sentent que la famille de Sokhna Maï célèbre la nuit du Laylatoul Qadr et qu’ils en font partie.  Cette année, nous comptons aller jusqu’au niveau de certaines prisons de Dakar. En dehors de cela, nous avons prévu d’organiser des journées de consultations gratuites et une grande journée set-sétal pour nettoyer toute la ville sainte. Toutes ces activités rentrent dans le volet social du Laylatoul Qadr. Il s’agira de faire un geste pour soulager les souffrances des populations déshéritées et des actions citoyennes pour la jeunesse à adopter de bons comportements.
 
Revenons aux conférences…Comment s’opère le choix des thèmes ?
Nous avons mis sur pied une commission culturelle. Elle se réunit depuis maintenant deux mois et c’est elle qui s’est chargée de lister les centres d’intérêt et de définir les thèmes. Ceux-ci sont choisis suivant un certain nombre de critères pour choisir des sujets pertinents. Nous ne voulons surtout pas être en déphasage avec l’actualité nationale, avec ce qui se passe dans le pays.  Maintenant, cela donnera lieu à des débats contradictoires. Et de ces contradictions, jailliront des idées  neuves et porteuses.
 
Dans le détail, les thèmes seront …
Vous pouvez déjà vous référer au programme élaboré qui débutera le 22 Juin. Retenez, tout de même que des sujets touchant la spiritualité seront abordés parce que cela reste l’essence de la manifestation. Il y aura aussi des thématiques relatives à l’actualité nationale. Pour le premier jour, il sera question de traiter une matière très importante dont le libellé est le suivant : « Le Ndigueul du maître spirituel, une condition pour obtenir l’agrément divin ». Au deuxième jour, il s’agira de  débattre autour d’une question essentielle autour du Wird. D’aucuns disent que c’est une nécessité pour être un fidèle mouride, d’autres soutiennent mordicus le contraire. Ce sera l’occasion de recueillir les arguments des uns et des autres et se faire une meilleure idée. Le thème à ce propos s’intitule comme suit : « l’importance du Wird dans le Soufisme  et  le Wird Maakhouz dans le Mouridisme ».
Pour le troisième jour, les panélistes discuteront de la laïcité. Vous convenez avec moi que c’est un sujet d’actualité qui a fait couler beaucoup de salive ces dernières semaines au Sénégal et à Touba, plus particulièrement. « Pour ou contre la Laïcité- Les lignes de fracture d’un débat national » est justement le libellé du sujet. Nous débattrons aussi sur les « Enjeux d’un meilleur ancrage socioculturel de nos politiques publiques, le modèle des grandes figures religieuses musulmanes ». Les autres thèmes s’intitulent : « Principes du Mouridisme : la khidma », « La vie et l’œuvre de Sokhna Maïmouna », « L’impact de la pureté morale pour une bonne orientation de la société », « Le rôle de la femme mouride dans l’éducation ». Tous ces enseignements visent à montrer que nous avons suffisamment de ressources internes, de valeurs, de références qui nous permettent d’enclencher le développement de notre pays au lieu d’importer des modèles non adaptés.
 Des personnalités de la société civile, des universitaires, des professeurs, des politiques répondront  à l‘invitation pour participer aux débats.
 
Des sommités qui devront séjourner avec vous, des fidèles qui viendront des coins du monde… Naturellement une incidence financière énorme ?
Oui! Mais c’est le comité d’organisation qui prend tout en charge avec naturellement l’apport des talibés.  L’Etat assurera ses tâches régaliennes relatives à la sécurité, la santé, l’hydraulique, l’électricité. Pour tout le reste, c’est la famille qui organise qui a la responsabilité d’assurer le financement de ses activités.
 
Il semble que vous avez mis un cachet médiatique consistant à cette édition 2016 ?
La presse est un partenaire. Cette année, la cérémonie officielle, sera retransmise en direct à la télévision et elle sera  brève pour permettre aux hôtes d’aller poursuivre leurs actes de dévotion. Toutes les conférences seront diffusées à la télévision. On va organiser des plateaux avec la presse. Compte tenu de l’envergure des personnalités qui vont se déplacer pour participer aux débats, la presse aura toute la latitude pour  alimenter leurs rédactions de faire des interviews.
 
Vous n’avez pas peur que le Laylatou Qadr soit un plateau pour les politiques ?
Je ne le crois pas. Il s’agira certes de débats contradictoires, mais de débats faits par des personnalités suffisamment responsables et qui savent pourquoi ils sont invités. Jamais, les politiques n’ont tenté d’en faire une récupération et même s’il y avait des tentatives nous sommes suffisamment outillés pour faire face. Nous n’avons aucune crainte par rapport à cela. C’est l’Islam qui est ainsi fait. Dans le Sant Coran, Dieu dit que « Nous n’avons rien omis dans ce livre ». L’Islam est porteur d’une civilisation et d’un projet de société. Cela justifie tout l’intérêt que les uns et les autres portent à nos débats. Il ne faut pas perdre de vue aussi que les sujets à incidence politique n’occupent que 20% du programme à dérouler.
 
Un dernier mot ?
Nus invitons toute la Ummah à venir célébrer le Leylatoul Khadr à Touba, à venir prendre part aux échanges riches et utiles et nous prions que de celles-ci jaillissent une lumière  qui nous aidera à mieux éclairer notre chemin.  
Jeudi 9 Juin 2016
Dakaractu




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