Heures supplémentaires systématisées et primes de motivation généralisées dans la Fonction publique? « alal du doy muuk doylu mooy alal »


Heures supplémentaires systématisées et primes de motivation généralisées dans la Fonction publique? « alal du doy muuk doylu mooy alal  »
Il faut noter d’abord, que les raisons qui président à autoriser des heures supplémentaires doivent bien se justifier par une nécessité absolue de surcharge réelle et non fictive d’un volume de travail. Et si ce volume de travail persiste et perdure, sa solution devrait rechercher ailleurs que dans les heures supplémentaires. La permanence de la surcharge du volume de travail doit être solutionnée de manière définitive et efficace, par la création de postes de travail –des emplois-, c’est ce que cela justifie au demeurant, et non par la systématisation de l’usage des  heures supplémentaires. C’est ainsi que le prévoit la législation du travail, ceci, dans le but de lutter contre le chômage et d’essayer de le résorber. Voilà pourquoi, il est formellement interdit d’abuser de l’utilisation des heures supplémentaires outre mesure, dans le Privé. Mais, c’est surtout encore dans l’Administration où cela ne se justifie point, que le bât blesse, puisque là-bas, même la durée légale de travail n’est pas toujours effectivement accomplie. Car, le contrôle nécessaire et obligatoire face à la tricherie de certains travailleurs au sujet de leur présence physique à leur lieu de travail, ne se fait pratiquement pas. En fait, ces derniers sont de connivence avec leurs chefs ou alors sont aidés dans ce vol par un laxisme inadmissible des responsables de service, qui ferment pratiquement les yeux sur tous les abus. En réalité, les chefs chargés de cette tâche n’exercent point de contrôle sur qui que ce soit. Il se pourrait d’ailleurs que ces heures supplémentaires déclarées, ne soient même pas toutes effectuées parfois, comme il se devaiit. Mais puisque dans la Fonction publique c’est quasiment la voie libre et porte ouverte aux abus, les peu vertueux, se disent alors à qui mieux mieux et s’octroient à volonté le nombre d’heures voulu, voire un salaire supplémentaire carrément, étant donné que la charge de la preuve n’est pas exigible au travailleur. Par ailleurs, l’employé supérieur (cadre), à la différence de celui subalterne, jouissant d’une grande latitude dans l’organisation de son travail, ne peut, en règle générale, se prévaloir des heures supplémentaires par lui effectuées. Nous sommes tous convaincus qu’il est impossible voire inimaginable de rencontrer une situation analogue aussi anarchique, dans le Secteur privé. Et la raison de l’absence de ce phénomène dans ce secteur est toute simple, car là-bas, le contrôle s’effectue au quotidien et de manière stricte par l’employeur, avec des moyens sophistiqués pour contrer la fraude.
Au regard de ce qui précède, il est évident qu’il appartient maintenant à l’Etat de prendre ses responsabilités pour mettre un terme à l’autorisation abusive d’effectuer des heures supplémentaires à tout bout de champ dans la Fonction publique, ou alors, d’en instituer une réglementation rigoureuse et exceptionnelle à son recours. Au demeurant, au lieu d’en user outre mesure, que l’Etat transforme cette masse d’argent relative aux heures supplémentaires payées, en termes d’emplois pour les jeunes, c’est une opportunité de création d’emplois de plus à exploiter.
S’agissant de la prime de motivation, il est parfaitement établi que la rémunération a toujours été une prime de motivation du travailleur dans l’entreprise, sans quoi, son travail serait considéré simplement comme du bénévolat. Il existe en effet diverses primes qui relèvent de la loi telles que celles : de  l’ancienneté, du transport, de logement, etc. Mais, ce ne sont pas de celles-là qu’il s’agit ici. Notre propos porte alors sur la prime de « motivation » réclamée par certains agents de l’Etat. Cette prime, qui est le pendant de la gratification dans le Secteur privé. Elle doit être en fait remise aux seuls méritants, avec un résultat de qualité qui la sous-tend et la justifie incontestablement. Elle est toujours modulée et non obligatoire. Elle se fonde sur le résultat d’une tâche exécutée avec succès, individuellement ou collectivement. Elle se justifie toujours dans l’entreprise privée, par le résultat d’un bilan bénéficiaire satisfaisant, qui est le fruit d’efforts collectifs de travailleurs. La prime de motivation était initialement destinée aux commerciaux pour les booster à accroitre davantage leurs ventes, en raison de l’intéressement référencé au chiffre d’affaires réalisé. Mais plus tard, elle a été étendue à tous les travailleurs de l’entreprise privée, en fonction du rendement individuel de chacun. La prime de motivation permet d’impliquer et d’encourager les ressources humaines à s’intéresser à la performance, au résultat bénéficiaire et à avoir la culture d’entreprise. Mais pour qu’une politique de rémunération avec prime variable soit efficace, il faut qu’elle soit claire et objective. C’est pourquoi il est important d’exposer aux salariés les critères de notation et d’affectation de la prime. Il faudra aussi faire preuve d’équité et de transparence, et pour se faire, il ne doit pas non plus, être question de créer des conflits mais bien d’inciter les salariés à faire mieux, pour gagner plus. Comme relaté plus haut, dans le Privé, les choses sont parfaitement nettes et claires pour l’octroi des primes.
 Par contre, tel n’est malheureusement pas le cas dans l’Administration générale. Alors, compte tenu qu’historiquement le fonctionnaire une fois admis dans le corps du Statut général de la fonction publique se considère comme blindé maintenant et que sa carrière était garantie et assurée, à telle enseigne qu’il ne se faisait plus de souci pour son avenir ; ce qui est tout le contraire dans  le Privé, où l’emploi est toujours précaire et tout employé peut être licencié à tout moment pour faute lourde.
En effet, le fonctionnaire est rarement sanctionné pour ses fautes commises, et ne court presque aucun risque d’être révoqué, sauf dans les cas extrêmement graves, et là encore, c’est dans la mesure où l’incriminé n’a pas les bras longs. Celui-ci n’a aucune obligation de résultat qui pèse sur lui ou de justification liée à l’effectivité du travail et de son bon accomplissement. Le salaire et les primes du fonctionnaire sont aussi garantis et payés en toutes circonstances. Et le résultat révélé par l’audit partiel de contrôle biométrique dans la Fonction publique qui vient de se faire, nous en donne une preuve éclatante et montre à suffisance l’absence totale de contrôle physique sur les travailleurs. Une autre preuve et non des moindres, est le fait de réclamer maintenant, même en cas de grève, le paiement des jours non travaillés. C’est indécent ! Ceci n’est prévu par aucune législation du travail et n’est non plus un droit acquis à réclamer. Généralement, les quelques cas de primes prévus dans l’Administration, sous le vocable de fonds communs, concernaient les services rattachés au ministère des finances, parce qu’ils font partie des gros pourvoyeurs d’argent au Trésor public. Cette prime de motivation est à la fois une forme d’incitation aux agents des Douanes et des impôts à réprimer le plus sévèrement possible les usagers, pour faire entrer le maximum de fonds possibles – toujours le caractère de résultat relatif aux fonds est bien manifeste - et ensuite, c’est la Justice qui est entrée dans la danse, toujours avec le même esprit de répression des justiciables, par de fortes amendes auxquelles, ses travailleurs sont bien intéressés.
Ainsi de fil en aiguille, la prime faisait tache d’huile sous diverses dénominations et s’étendait plus largement à d’autres services de l’Administration publique. Et c’est ainsi qu’est apparue la prime de motivation en sus des autres qui existaient déjà, et que l’Etat aurait bien acceptées sous la contrainte de forte pression syndicale ou par effet de populisme. Mais voilà maintenant que la réalité a rattrapé Me Wade et ses promesses démagogiques, qu’il n’entendait pas respecter d’ailleurs, puisque les engagements pris dépassaient largement les possibilités que réellement le budget de  l’Etat est en mesure de supporter. Et voici l’Etat mis devant le fait accompli par des engagements antérieurs de Me Wade, qu’il est naturellement tenu d’honorer au regard de la continuité de l’Etat et de la loi. Mais présentement, il est dans l’incapacité financière à payer ce dû bien légal, donc en mauvaise posture. Et c’est justement ce moment-là, que les travailleurs concernés ont choisi pour exiger le paiement ou aller en grève.
Logiquement il est à revoir de fond les raisons d’octroi des primes. Comment un travailleur qui perçoit correctement un salaire peut-il exigeait en plus et de force une prime de motivation pour faire convenablement le travail pour lequel il a été engagé et payé ? Dans ce cas d’espèce, que représente alors réellement le salaire qui lui est payé ? Apparemment rien du tout ! Comme illustration, prenons concrètement l’exemple du secteur de la santé publique, qui relève de l’Etat et des collectivités locales du pays. Le premier constat que les patients peuvent attester, c’est la qualité déplorable du service fourni. Et il s’y ajoute, qu’une partie du personnel manque totalement de conscience professionnelle et de respect envers les patients, qu’ils considèrent comme de vulgaires indigents, alors qu’ils ont payé cher le service demandé. Ce personnel en vérité, n’a d’yeux que pour l’argent et c’est l’argent seul aussi qui compte pour eux. Cependant, les patients ont toutes les peines du monde à trouver dans ces structures-là, un interlocuteur responsable pour se charger de leurs préoccupations. Ils sont souvent très mal accueillis dans certaines structures sanitaires de l’Etat, où l’on ne sait pas parfois qui est qui ? Ils sont ballotés de gauche à droite, avant de se voir fixer un rendez-vous très lointain, malgré l’état de santé parfois critique des malades. Et ce n’est pas tout ! Dans le même temps où ces faits se passent, une bonne partie de ce personnel est abonnée parfois à l’absentéisme. En fait, c’est pour aller faire du travail au noir dans des structures privées de santé de la place, au détriment de celles publiques. Mais dans ces structures-là, ils observent un comportement tout-à-fait autre, en assurant une assiduité et discipline exemplaires, un respect strict des patients et de l’ordre. Là-bas, point de revendications autres que le payement de leurs vacations. Et le mot grève y est banni, parce que seuls les jours travaillés sont payés. Alors, c’est cette catégorie de travailleurs qui déserte nos structures hospitalières publiques  pour leurs intérêts, qui se mettent en grève constamment pour réclamer des primes de motivation, au moment où nos malades meurent dans nos hôpitaux ou en cours de route.  
Notre pays est celui en fait des bizarreries les plus extravagantes, puisqu’il s’y passe des faits inadmissibles qui, ailleurs sont impensables. Ainsi, nos gouvernants qui  cherchent à se singulariser sont souvent en marge des normes établies universellement pour une bonne gouvernance. Ils préfèrent ramer à contre-courant par rapport aux normes des pratiques orthodoxes admises en la matière, plutôt que de se conformer l’orthodoxie républicaine. Ce qui naturellement les plongent si souvent, dans des situations inextricables, desquelles ils ne peuvent ou peinent alors à en sortir, sans se créer des troubles de divers ordres.  Par crainte d’une impopularité susceptible d’impacter négativement sur leur avenir politique ou de faire face courageusement à des revendications démagogiques, ils usent de volontarisme et populisme, en s’engageant inconsciemment à accorder des privilèges pérennes, sans tenir compte des réelles possibilités financières de l’Etat et des incidences ultérieures que ces mesures pourraient avoir dans le fonctionnement normal du service voire de l’Etat.
Entre autres, ce sont les mêmes raisons qui avaient motivé Me Wade, à la création exponentielle de collectivités locales peu viables économiquement, comme par exemple la création de régions pléthoriques au nombre de 14 et des départements squelettiques, uniquement pour satisfaire des revendications politiques farfelues, qui ne répondaient pas à des critères socio-économiques viables et justifiés. C’est aussi dans le même ordre de ses engagements volontaristes, que s’inscrivent l’autorisation des heures supplémentaires illimitées et l’octroi de primes de motivation qui, dans le principe, doit obéir parfaitement à des règles et conditions précises bien établies, comme ceci l’est dans le Privé. Il en va aussi de même pour les salaires faramineux relatifs à une certaine catégorie de fonctionnaires, dont la détermination des salaires se fait à la carte et hors du cadre du Statut Général de la Fonction. Et paradoxalement, c’est une pratique inadmissible dans une République qui se respecte. Mais chez-nous, elle est banalisée parce que c’est le président lui-même qui fixe le niveau des salaires d’une catégorie privilégiée de travailleurs, selon la tête de l’individu.
Et il n’est pas faux de dire que l’Etat semble faire la concurrence au Secteur privé en matière de salaire, au vu de ceux octroyés aux fonctionnaires choyés. Pratiquement, les salaires de ces fonctionnaires visés sont alignés et même parfois vont au-delà de ceux du Privé. Alors qu’il y a une différence fondamentale entre un service public et un secteur privé, qui est une exploitation capitaliste dont la vocation principale est la recherche de bénéfice à tout prix, tout le contraire de l’Etat, service public, donc un sacerdoce. Par conséquent, la détermination des salaires à leur niveau, ne peut toutefois obéir aux mêmes critères. Car, pour le Secteur privé qui mène une activité commerciale à risques, il y a une exigence réelle de résultat fixé aux responsables dans un délai bien déterminé, et qui est accompagné d’un audit systématique qui veille au grain sur la gestion quotidienne de l’entreprise. Il n’y a pas de doute que cette façon d’administrer les ressources humaines comme financières dans le Privé, est à mille lieues de celle pratiquée dans l’Administration sénégalaise. C’est absolument sans commune mesure !
En toute objectivité, Me Wade fut le principal artisan qui a systématisé et aggravé à outrance, cette pratique discriminatoire dans la fonction publique, injuste et grosse de danger. C’est ainsi qu’il s’est mis au travers des lois et règlements de la République pour déconstruire la fonction publique. Mais, il faut le dire clairement aussi et sans ambiguïté que, Macky Sall n’a pas encore rompu le cordon ombilical avec cette pratique, en porte-à-faux avec une bonne gouvernance. Il semble même la pérenniser, dans la mesure où il laisse perdurer cette pratique, au lieu d’y mettre un frein. Dans ce domaine, il est resté sur les traces de son ancien mentor, en poursuivant l’octroi de privilèges et salaires faramineux à une catégorie de citoyens, qu’il a bien choisie, comme le faisait Me Wade.
Véritablement la bonne gouvernance doit commencer par  la reprise du contrôle physique de l’Administration et son personnel, afin de savoir qui fait quoi et où ? Ensuite, s’atteler à la maîtrise de la masse salariale qui déborde de tous les côtés au sommet de l’Etat, sans critère justifiable reposant sur des bases légales et transparentes, conditions sine qua none pour une bonne gouvernance. Une bonne gouvernance doit se fonder sur l’équité, mais aussi par la sauvegarde rigoureuse de nos ressources financières et notre patrimoine national de manière inviolable. La réduction du train de vie de l’Etat à sa juste mesure par le sommet, la suppression des privilèges et cumuls de postes participent aussi à la rationalisation du traitement des salaires et la bonne gouvernance. Et le président de la République doit être le premier à montrer le chemin en donnant  un exemple fort. C’est un acte de solidarité et de partage des peines, qui pourrait inciter les nantis à accepter plus de sacrifices.
Nous avons effectivement fait cas du personnel de la Santé, mais pour être juste, il faut reconnaitre que certains enseignants aussi logent bien dans cette même enseigne, surtout en ce qui concerne les revendications à caractère pécuniaire, qui l’emportent très largement sur celles relatives à l’enseignement proprement dit. Ils n’ignorent tout de même pas, que la baisse du niveau des élèves est due en grande partie à la qualité déplorable de notre enseignement. S’agissant de grèves, ils battent le triste record d’en avoir fait plus que leurs devanciers de tous les temps. La nouvelle formule de grève anti-éducation, trouvée par cette génération d’enseignants, consistant à étaler un programme de grèves sur une longueur d’année, ce n’est jamais connu dans le passé de notre pays. Et si nous faisions les statistiques en jours de grève, de la Loi Cadre à nos jours, les 14 dernières années couvrirait n fois, toute la période précédente. C’est un triste exploit pour des éducateurs, qui étaient attendus sur un autre terrain, comme celui de la performance des résultats scolaires. Egalement ils ne semblent pas prendre en compte dans leurs actions, l’intérêt des élèves, qui sont des victimes innocentes entre deux feux. Ils partagent aussi avec ceux de la santé, le travail au noir (xaar mbatt) dans les Etablissements privés. Ils n’hésitent même pas pendant les jours de grève d’aller faire cours dans le Privé d’en face. Et pire, ils s’absentent parfois du public pour cela. C’est une attitude indécente qui manque totalement de civisme et patriotisme.
Si l’Etat est tant irresponsable en prenant des engagements dont il sait pertinemment qu’il ne pourra pas les satisfaire à l’échéance, parce qu’ils sont au-delà de ses possibilités, « la promesse n’engage que ceux qui y croient », dixit Me Wade, alors les enseignants, bien que dans leur plein droit de réclamer leur dû, doivent être eux plus responsables pour comprendre que Wade ne cherchait qu’à se détacher de la pression exercée sur lui, et faisait comme le dit ce proverbe : « Un ivrogne remplit plus facilement son verre que ses engagements ».
La question que nous devons nous poser tous aujourd’hui est de savoir, est-ce que les enseignants doivent opposer toujours un bras de fer aussi irresponsable à l’Etat comme réponse, au point de sacrifier l’école, qui est déjà dans un piteux état ? N’existe-t-il pas une autre forme ou stratégie de lutter autrement contre un Etat et son chef irresponsables, afin de trouver la solution la plus adéquate, qui sauverait l’école publique de son naufrage déjà amorcé ? Nous pensons bien que si, avec une bonne volonté de part et d’autre, et un esprit de dépassement des enseignants et éducateurs pour sauver  l’école publique et repêcher le système scolaire sénégalais qui est au bord du gouffre. La seule voie incontournable comme issue heureuse qui s’offre à tous, n’est autre que celle de négociations sérieuses qui tiennent compte en premier lieu, de l’intérêt supérieur de l’école de la République, comme point de mire. Alors la balle est dans le camp du président de la République !
 
Mandiaye Gaye
Jeudi 6 Février 2014
Dakaractu




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