HOMMAGE AU PROFESSEUR HONORAIRE IBRAHIMA WONE


Il était une FOI, une encyclopédie. La première semble tenir de l’inné plus que de l’acquis  si l’on sait l’exemplarité en matière de piété et de soumission de son grand père, le cadi titulaire Cheikh Hamidou KANE et de son père, Thierno Amadou Tidiane WONE tout à la fois marabout et riche commerçant ; par contre la seconde a été forgée au fil des ans grâce aux ingrédients qu’il entretient en lui : intelligence, mémoire, sens de l’organisation, esprit de méthode. Vous constaterez que ces termes énumérés ne comportent pas de qualificatif.  La raison en est que le superlatif l’apercevant de loin, s’écarte de son chemin de peur d’être terni par son sillage ; l’excellence, par contre, lui emboite le pas, fière de servir de valet à un tel maitre ; le subjonctif, sorti des oubliettes où il était confiné, par ce prestidigitateur du verbe, aura du mal à retrouver sa place à cause de l’applaudimètre «  qui n’en finit pas de  finir » semblable en cela à la neuvième symphonie de Beethoven. Ceci me rappelle que le médecin marabout était aussi mélomane éclectique, amoureux du grand compositeur avant que le Saint Coran et le wiird n’occupent tout le terrain.
Notre jeune frère, le colonel WANE, parlant du Professeur Ibrahima WONE a lâché le mot intégration ; le happant au passage, il me conduira à l’intégrale : la sommation de tous les éléments différentiels dans le domaine des sciences, des arts, des lettres et des civilisations concourant à la concrétisation d’un ensemble fiable qu’il soit réel ou virtuel. En d’autres termes, cette concrétion au propre et au figuré s’identifie à une encyclopédie. 
Il était une fois, un jeune talibé doué qui en apprenant sa sourate tend l’oreille en direction de ses ainés pour capter et mémoriser instantanément les sourates supérieures. Le « gardien du temple » de la famille Apha Ciré à la fois son cousin et camarade de daara vient de le révéler.
Il était une fois, un élève inclassable, survolant tout et ne laissant que des miettes à ses camarades. 
Il était une fois, un jeune médecin diplômé de Jules Carde, enrôlé dans l’armée coloniale qui d’ennui en ennui décide au mois de février 1951, de conquérir le BAC. A la session du mois de Juin, l’adjudant-chef WONE obtient la mention Bien avec le titre de premier de la série. Bien sûr, l’année suivante il obtiendra la seconde partie avec la même mention.
Il était une fois, un étudiant en médecine à Paris qui mémorisait tous les ouvrages de médecine dont le moindre comporte cinq cents pages. 
La seule difficulté pour lui, consistait à réaménager les phrases des ouvrages de peur d’être soupçonné de tricherie, au moment des examens. Un étudiant en droit, contestant cette capacité d’emmagasiner tant d’œuvres le mit au défi de mémoriser le code pénal. Ibrahima WONE demande la constitution d’un jury, qui devra siéger dans les 24H. A l’étonnement général, il récita le code pénal de A à Z, il en connaissait la pagination et demandait au jury de tourner la page quand il le fallait. Le pari était gagné !
Un jour, parcourant les nouveaux quartiers de Dakar, mon épouse s’enflamme devant les immeubles variés rivalisant de beauté, je lui rétorque avec une pointe d’agacement, que ces hommes et femmes n’ont pas construit sur du durable.  Avec l’avancée du désert dans quelques siècles les archéologues fouilleront la terre tentant de retrouver quelques vestiges de ce que tu admires. Ils n’ont pas construit sur du durable contrairement à cet homme consacrant sa vie entière à la famille, la profession, la dévotion et les bonnes œuvres. Le volet religieux des cérémonies de la famille Alpha Ciré lui est réservé en dépit de l’humeur de certains prestataires qui ne comprennent pas l’immixtion d’un professeur de médecine dans leur domaine réservé. Ils ne savent pas qu’ils ont en face d’eux un Hafizul Quran. 
Homme prodige ou homme prodigue ? Assurément les deux à la fois sans que l’on puisse trouver une ligne de partage entre ces caractéristiques qui s’imbriquent. 
Il n’a jamais songé à économiser et s’insurge contre les sages conseils de son épouse. La réponse invariable qu’il lui sert est qu’il n’envisage pas de jouir de sa retraite à Dakar. Le moment venu, le choix sera fait entre Thiofi (Podor de son père) et Matam (lieu de fixation, de sa mère Irlabe). L’homme est viscéralement amoureux de son terroir. Paradoxalement, il ne s’y rendait que lors de ses tournées de médecin ou pour présenter des condoléances. Lié intimement à son terroir, il le sera s’agissant de son pays. Il lui aurait suffi de lever le petit doigt pour obtenir un poste important à l’OMS où il est largement plébiscité. 
A l’assemblée mondiale de l’OMS de mai 1974, tous deux choisis en qualité d’expert pour accompagner le ministre, c’est tout heureux et sans surprise que j’ai saisi tout l’intérêt porté par l’institution aux dossiers que mon oncle traite et relatifs aux territoires palestiniens occupés.
Son petit-fils Ibrahima LY, dans l’hommage qu’il lui a rendu a largement évoqué sa carrière professionnelle nous privant ainsi d’y revenir. Il faut cependant signaler que mon frère le regretté Docteur Ciré LY ayant localisé un foyer de fièvre jaune dans le Baol et l’ayant aussitôt signalé aux autorités, le Président Senghor assurera au docteur Ibrahima WONE qu’il mettra toute la logistique convenable à sa disposition pour barrer la route de Dakar au vecteur. L’épidémiologiste dont la thèse est consacrée à la fièvre jaune dans le monde  accomplira pleinement cette mission pour mériter d’être décoré par Senghor. 
Les efforts considérables déployés dans le cadre de l’achèvement des travaux pour permettre l’inauguration de l’hôpital de Diourbel par le Chef de l’Etat et le Chancelier Henrich Luebke lors de la visite de ce dernier au Sénégal, valurent au docteur WONE d’être décoré d’une des plus hautes distinctions de la RFA qu’il arbore fièrement dans les réceptions et qui lui attire la curiosité des diplomates allemands soucieux de savoir le service rendu à leur nation par ce haut dignitaire pour lui valoir une aussi rare décoration.
Le professeur est aussi un talibé. Sa vie durant, il se réfugiera derrière Thierno Seydou Nourou TALL ou la mémoire de ce dernier. Si Montaigne écrit que « l’homme est ondoyant et changeant », en voilà un qui est constant dans tout ce qu’il fait. Ma santé ne me permet pas d’écrire tout ce que je sais sur cet homme auquel je suis particulièrement lié depuis plus de 70 ans. Il était tout à la fois confiant et timide. Il déborde de tendresse et de sensibilité. 
Le « gardien du Temple Alpha Ciré » a conclu son intervention en évoquant un baobab géant dont la chute a imprimé à la famille, au Fouta et au Sénégal en entier des secousses sismiques. Lorsque nos esprits de soumis seront rassérénés, l’on constatera que les surgeons turgescents en place sont pétris de nos valeurs car ce baobab ne ressemble en rien au baobab de nos griots, lequel à la délivrance, laisse pendre sa progéniture au bout d’un long pédoncule cordon ombilical la livrant ainsi aux intempéries et autres prédateurs. Notre baobab à la ramure abondante et verdoyante, qui le couvre de pied en cap, en procédant à une incubation rationnelle a eu le loisir de leur inculquer vigueur et rigueur. 
Aux obsèques de Thierno Saidou Nourou Tall (RTA), nous avons écouté avec beaucoup d’émotion,  Serigne Abdoul Aziz Malick Sy (RTA) parler de ses relations avec le saint homme :
«Je me suis passé une corde autour du cou et ai tendu l’autre bout à celui qui est couché ici ».
Permettez-moi de paraphraser cet autre saint homme. Toutefois, à la place d’une, je disposais de deux cordes. J’ai offert l’une à mon oncle qui vient de disparaitre et l’autre à mon regretté frère Ciré. Ce faisant, je ne risquais pas de me tordre le cou sous l’effet d’un couple de torsion car ces deux hommes qui m’ont aimé, encadré depuis ma jeunesse, constituent un exemple de droiture et de piété. 
Le hasard n’existe pas. Soixante un ans de vie commune faite d’entente et de bonheur viennent de déboucher sur un destin commun comme si le couple avait  fait le vœu de ne jamais se séparer pour parachever dans l’Au-delà l’œuvre entreprise ici-bas. 
Qu’Allah SWT, le Clément, le Miséricordieux, leur Accorde son Pardon et leur Réserve une place au Janatoul Mahwe !

SAMBA SALA HAWO LY
 
Jeudi 6 Octobre 2016
Dakaractu




1.Posté par Ndiol le 07/10/2016 20:18
A la place de "talibe", vous auriez ou écrire "almoudo", à la place de "daara", "dudal". Ça lui correspondrait mieux, vu tout ce que vous avez dit sur lui.

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