HOMMAGE À JEAN CHRISTOPHE SAGNA


HOMMAGE À JEAN CHRISTOPHE SAGNA
Par le rappel à Dieu de Jean Christophe SAGNA, le football sénégalais vient de perdre l’un de ses plus grands virtuoses. Il avait 62 ans : 05 mai 1954-17 octobre 2016. La Jeanne d’arc de Dakar, le club « Olympia »  des années 70, la SICAP Dieuppeul, ses intimes, ses amis, les anciens qui l’ont vu grandir dans le quartier, de même que ses cadets, dont votre serviteur, qui ont eu l’opportunité de voir et d’admirer un talent incandescent, consistant à l’exercice de  l’art  de jouer avec, et de dompter,  un ballon de football, comme un acrobate avec son instrument, et cela, au jardin public de Dieuppeul II, au terrain de football de Castors, et au stade Demba DIOP, qui le révélera, plus tard, au peuple du football sénégalais
L’annonce du décès de ce footballeur exceptionnel fit l’objet d’une trainée de poudre dans Dieuppeul et ses environs. La stupéfaction des authentiques « dieuppeulois », (je veux parler, exactement, de ces habitants du quartier, qui y ont vécu depuis sa création), fut grande et suscita des supputations de tout genre : « Où vivait – il, finalement ? » ; « La dernière fois que l’ai vu, c’était… ». Ma mère qui, la semaine précédant celle de son décès, m’avait demandé de ses nouvelles, comme par prémonition, en discutant avec moi, une nuit, fut frappée, de plein fouet, par cette triste nouvelle, alors que je lui rétorquai que la dernière fois que je l’avais vu, c’était à la banque de l’habitat du Sénégal, il y ‘a quelques années.
Christ, son sobriquet dans Dieuppeul et ses quartiers environnants, a fait une partie des ses études élémentaires, à l’école primaire mixte de Derklé II, à Castors, actuel Amadou Ibrahima SECK, et est promotionnaire d’un de mes grands frères, Pape THIAM TOUNKARA, né en 1954, comme lui et qui vit l’étranger. Il avait été transféré, de l’école primaire de Biscuiterie. Je me souviens de cette confirmation organisée chez eux, en 1974, où, nos mamans du quartier, dont la mienne et ma tante Mama Téning DIOUF, notre voisine immédiate, originaire de Joal-Fadiouth et apparentée à sa mère, s’étaient mobilisées, à la maison des SAGNA, contiguë au domicile de notre oncle Souleymane NIANE, à la SICAP Dieuppeul II. Ce qui illustre, quelque part, un aspect de l’osmose islamo-chrétienne, une réalité dans les SICAP.
Parler de Christ, renvoie aussi, à l’organisation des kermesses de l’église des Martyrs de l’Ouganda, à Dieuppeul où, depuis toujours, celles-ci se tiennent annuellement. Evènement notoire dans l’histoire du quartier. Ce fut un plaisir de le voir jouer à ce qu’on appelait les « penaltys ». Il s’agissait de tirer et de loger le ballon de football dans un cadre restreint, distant d’une dizaine de mètres du joueur. Il les marquait tous, facilement et recevait son lot de cadeaux. Incroyable ! Aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de m’en souvenir et d’en parler à mes rejetons, à chaque fois que j’y vais avec eux. 
J’ose dire que c’est chez lui que j’ai vu pour la première fois un footballeur jongler avec une balle, d’une épaule à l’autre, dans une aisance sans précédent. Un spectacle extraordinaire ! C’était au jardin public qui, à l’époque abritait une pelouse au centre et des toboggans et bancs publics à la périphérie. Mais, il faut reconnaître, tout de même, que c’est l’époque où notre pays comptait de très grands footballeurs, dont certains ont eu à jouer avec lui, à bas âge, d’abord, à l’«Olympia », puis en équipe nationale, comme « Grand MBODJ ».
Ce dernier, un doué, qui lui habitait la cité Castors, qui fit les beaux jours de l’Union Sportive de Gorée et de l’équipe nationale ; tous deux petits de taille mais grands par le talent. «Grand MBODJ» a écrit une des plus belles pages de l’histoire du football de la ville de Besançon, en France où, il vit. Je fis une partie de mes études coraniques à son domicile familial, surnommé « Mbodiène », une mythique maison de footballeurs, dans cette cité.
Parmi ses partenaires du club « Olympia », on peut citer : le gaucher magique Moussa DIALLO, le véloce Mame Gougna DJIGO de la cité « Castors », Vieux Kéba, Cherif SÈNE, devenu international par le truchement de la J. A., Henry Pierre, Moulaye MASSALY, Mame Cheikh FAYE et j’en passe. Leur coach, le doyen Ousmane SAGNA, vivant toujours dans le quartier, en parle aujourd’hui, avec nostalgie. Le hasard a voulu que j’habite, présentement au carrefour de Dieuppeul qui abritait leur grand ‘place et auquel est attribué le symbolique nom du club : « Olympia » 
Souvenirs pour souvenirs, je me rappelle de cette matinée de grandes vacances, où, comme à l’accoutumée, toutes les classes d’âge convergeaient au jardin public du quartier, pour discutailler sur sa première proposition de contrat professionnel, émanant de l’ASEC d’Abidjan. Ce fut inédit ! Avant qu’il n’opte pour la France, ce qui le mènera au CS Penmark, au Stade Lavallois, à l’EA GUINGAMP, au Stade Quimpérois et à l’US Malo, et où il écrit son nom en lettres d’or dans l’histoire de ces clubs. 
Je témoigne de ses différents succès glanés au « concours du jeune footballeur » qui prédestinaient la naissance de futures stars du football national, à l’image  de lauréats comme Boubacar SARR Locotte, Jules François  BOCANDE, Babacar Sédikh NIANE dit « Vieux », Pape Idrissa THIAM…
De ses exploits, on peut retenir le segment de sa carrière, à la Jeanne d’Arc de Dakar, où il fera exploser de mille feux son talent phosphorescent, aussi bien dans le championnat national qu’en équipe nationale de football. Il intègre la tanière et étrenne sa première sélection, en 1974, lors d’un match « Sénégal / Nigéria », où il partageait l’attaque avec un certain Mbaye FALL du « Jaraaf » de Dakar, un « extra-terrestre », face au capitaine nigérian Chritian CHUKWU, un géant d’un mètre quatre vingt dix, défendant la cage de son célébrissime compère, le gardien de but, Okala Emmanuel, grand de deux mètres.
A la  une du quotidien national de ce week end là, de l’année 1974, on pouvait lire : « Le jeune Christophe SAGNA de la J.A. vient d’être appelé en équipe nationale de football. ». De l’allégresse pour les amateurs du ballon ! Le peuple du football s’impatientait de le voir, sous les couleurs nationales. Tellement son talent alimentait les débats chez les puristes. C’est ainsi que cet orfèvre en la matière, se fit très rapidement un nom au niveau africain, avec son équipe fanion, « la grande dame », et l’équipe nationale, dans les différentes compétitions africaines. Ainsi, naquit une star du ballon, en Afrique, où lors des voyages de l’équipe nationale, il arrivait qu’on le confondait à la mascotte de l’équipe du fait de sa petite taille, qui rappelle celle de Lionel MESSI.
Si je ne m’abuse, dans les années 82, 83, sous la direction de l’allemand Otto Pfister, il avait répondu à une sélection en équipe nationale, alors qu’il était blessé à la cheville, ce qu’il avait tenté de dissimuler pour jouer, mais il fallait compter avec la ruse de l’entraîneur européen, qui le piégea avant le match, en y posant subrepticement sa main. Il retira le pied, dans un cri de détresse  et le coach prit son courage à deux mains, et l’écarta de l’équipe. Ce qui fut un tollé indescriptible dans le landernau sportif du pays. Voilà une facette de son esprit patriotique.
Parler de Christophe SAGNA suscitera toujours le rappel de l’épisode de sa participation aux phases finales de la coupe d’Afrique des nations, en 1986, au Caire. Il avait bravé tous les interdits, en quittant son club professionnel de Laval, pour venir honorer le maillot  national. Ce qui lui a valu, à son retour, une suspension de son salaire, de la part de l’administration de l’équipe lavalloise. Fort heureusement, c’est le Président de la République de l’époque, Monsieur Abdou DIOUF, qui était venu à la rescousse, en honorant le paiement de son salaire, durant toute la durée de cette sanction. Le doyen Abdoulaye DIAW peut en témoigner.
Footballeur de renommée, à l’impressionnant talent reconnu de tous, ce dernier quitta le Sénégal en 1976, pour signer un long bail avec des clubs de l’Hexagone, où il fut arraché à notre affection. Hélas! C’est le retour de sa dépouille mortelle à Dakar.
Ce samedi 29 octobre 2016, de sa levée du corps, à l’hôpital Principal de Dakar, au cimetière de Saint Lazare, en passant par la messe, à l’église des Martyrs de l’Ouganda où l’on retrouva toute la famille du football sénégalais, anciens, jeunes et moins jeunes, la communauté chrétienne des quartiers de la SICAP, les actuels joueurs de la J. A. habillés en survêtement bleu-blanc, qui portèrent le cercueil jusqu’au cimetière Saint Lazare, via le corbillard de la commune de SICAP Liberté .
La  famille SAGNA, les anciens de Dieuppeul perdus de vue depuis belle lurette, comme notre grand frère Mame Cheikh FAYE, qui témoignait de leur dernier entretien téléphonique, alors qu’il officiait à Matam, comme  receveur du service de la poste, qui répondit, à la suite d’un appel anonyme et s’entendit dire : « Tu ne peux nullement deviner la personne qui te parle. C’est Christophe SAGNA. Je t’appelle, à partir de votre domicile de Dieuppeul...»
Il est 13 heures. Le convoi funèbre escorté par deux motards de la gendarmerie nationale, digne de l’honneur rendu à un grand serviteur de l’Etat, de la Nation, du sport sénégalais, s’envole vers le cimetière Saint Lazare, pour sa retraite éternelle. Voilà Jean Christophe SAGNA !
Qu’il repose en paix !
Que la terre lui soit légère !
Nos condoléances à tous !
Salut l’artiste !
                                        
           
Un frérot dénommé Mame Abdoulaye TOUNKARA
                     
Ex premier adjoint au maire de la commune d’arrondissement de Dieuppeul - Derklé
Jeudi 17 Novembre 2016
Dakaractu




1.Posté par Amir-Soultan le 18/11/2016 14:54
Un talent pur comme le Sénégal en regorgeait: Christophe, Mbaye Fall, Grand-Mbodji, Yamagor Seck, Leopold Diop... J'en ai les larmes aux yeux.

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