Guy Drut, membre du CIO : « De Kéba M'baye à Diagna N'diaye, le Sénégal a toujours eu d’importants membres au CIO »


Guy Drut, membre du CIO : « De Kéba M'baye à Diagna N'diaye, le Sénégal a toujours eu d’importants membres au CIO »
Guy Drut avait annoncé les couleurs avant même que la fumée blanche ne confirme l’acceptation de la candidature de Mamadou Diagna Ndiaye au sein du Comité international olympique (CIO) le 3 août dernier à Kuala Lumpur. Champion olympique français sur 110 m haies en 1976, 2ème en 1972, ce membre de la commission de la trêve olympique, de l’entourage et les affaires publiques (ancêtre des relations internationales) ne tarit pas d’éloges sur les cardinaux sénégalais. Selon lui, de Kéba Mbaye à Mamadou Diagna Ndiaye en passant par Youssoupha Ndiaye et Lamine Diack, le Sénégal a toujours eu des membres importants.

Le CIO combat de plus en plus l’opacité dont on lui reproche. Récemment, la commission éthique a décidé de jouer la carte de la transparence en publiant les différentes indemnités de ses membres, notamment de son président Thomas Bach. Qu’est ce qui explique ce changement ?

Ce n’est pas un changement. Par rapport au contexte international, nous avons jugé utile et nécessaire de modifier certaines règles et de renforcer d’autres. L’action avait été initiée avec Juan Antonio Samaranch avec «CIO 2001». Ça a été confirmé par Jacques Rogge. Et Thomas Bach est arrivé avec ses idées, en adaptant les règles du CIO au 21ème siècle. Il y a des modifications nécessaires dans tous les domaines, sportifs, politiques, économiques etc. Il faut savoir s’adapter aux conditions nouvelles pour pouvoir avancer. J’ai voté l’agenda 2020 sans aucun problème et je trouve que tout ce qui se fait actuellement, va dans le bon sens.

Le cas de la Fifa ne vous interpelle pas ? La transparence y est comme un vain mot ?

Bien sûr ! Nous avons vécu la même chose à la fin du siècle dernier. C’est la raison pour laquelle, Juan Antonio Samaranch a jugé utile de modifier certaines règles et d’en créer d’autres. Ce qui se passe à la Fifa m’interpelle parce que ce n’est jamais une bonne image pour le sport. C’est un fait. On ne peut que le regretter. Je ne suis pas particulièrement pas footballeur. Mais, je sais qu’au niveau de l’UEFA, il y a peu de chances que ça arrive. Parce que ne serait-ce que pour le fair-play financier, Michel Platini a pu s’adapter pour éviter tous ces dangers qui nous menacent. Mais le problème entre le CIO et la Fifa, c’est qu’au CIO, il y a plus de 100 membres qui votent, alors qu’il y en a beaucoup moins à la Fifa. C’est plus facile de sérier. Ce n’est pas parce qu’il y a deux voire mauvais éléments, qu’il faut tout jeter à la poubelle. Le football étant une discipline olympique, l’année prochaine, ils sauront prendre toutes les dispositions pour éviter ce genre de problème.

Avec Platini comme président ?

Je l’espère ! Michel est un ami. Il était dans les tribunes à Montréal quand j’étais champion olympique (JO 1976 sur 110 mètres haies, Ndlr). Je pense, je suis sûr même, qu’il a fait ses preuves. D’abord de très grand joueur de football. Et depuis quelques années, il fait ses preuves de stratège, de président efficace. En tant que français, en tant qu’ami, je souhaite qu’il soit élu président de la Fifa.

L’autre problème pour nous qui avons la langue française en partage, c’est son usage dans les instances internationales sportives. Elle perd de plus en plus du terrain par rapport à l’anglais.

Avec l’anglais, le français est une langue olympique. Hein (il hésite). C’est mondial ! Il y a de plus en plus de pratique de l’anglais. L’essentiel des réunions se fait en anglais. Personnellement, j’ai posé quelques questions dont une en anglais parce qu’il fallait que je prouve que je sais parler anglais (rires). Mais, il y a beaucoup plus de membres étrangers qui comprennent le français, mais qui parlent anglais par facilité de communication, d’une part.

D’autre part, j’ai constaté que beaucoup de directeurs se sont exprimés en français.

Le Sénégal est certes un petit pays de par la taille. Mais, il a souvent eu de grands dirigeants au sein de CIO.

Vous avez toujours eu de membres importants. Il y a eu Kéba Mbaye, Lamine Diack, Youssou Ndiaye. Mais, il y a aussi Mamadou Diagna Ndiaye que nous allons introniser (l’interview est réalisée à la veille de l’intronisation du président du CNOSS au sein du CIO, Ndlr).

Quelles sont les chances de la candidature de Paris pour les JO 2024 ?

S’il y a quatre candidats, il y aura une chance sur quatre. S’il y en a cinq, il y aura aussi une chance sur cinq. C’est comme au départ d’une course. Tout le monde peut gagner. Mais, il faut qu’on soit suffisamment préparé.

Il y a quand même toujours des favoris dans une course. Vous l’étiez en 1976 à Montréal.

Oui, j’étais favori en 1976. Mais, il ne faut pas oublier que je n’ai pas été bon en demi-finale. Pour Paris, il faut faire le chemin inverse de ce que nous avons fait la dernière fois. Autrement dit, tout en étant favori au départ, on perd dans les derniers mois. Cette fois, il faut gagner au dernier moment. Et vous avez certainement compris, que cette fois, le leadership est assuré par le monde sportif et non par les politiques.
Ce changement par rapport à 2012 où Paris a été battu par Londres, peut-être déterminant.

Ça peut être important.

 
Vendredi 7 Août 2015
Dakaractu




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