Gouverner le Sénégal autrement après le 25 Mars 2012: de l’utopie ou de la probabilité ?


Gouverner le Sénégal autrement après le 25 Mars 2012: de l’utopie ou de la probabilité ?
Jamais le Sénégal n’a connu dans son histoire des échéances électorales avec des enjeux aussi grands, une mobilisation extraordinaire sur le plan national et international et sous une maturité citoyenne non négligeable.
L’aspiration du peuple au changement est aussi intense à telle enseigne que l’on se demande si celui qui viendra après Wade sera à même de réaliser cette alternative à l’alternance de 2000, vue les urgences sociales du moment et la gravité du degré de détérioration de notre Etat de droit.
S’agira t-il simplement « d’un lève toi je veux m’asseoir » ou plutôt laisse moi faire la différence pour répondre à l’aspiration du peuple ?
Mais en réalité la question est de savoir : quelle lecture faisons-nous de l’idée de gouverner le Sénégal autrement ? Est-ce qu’il va s’agir de :
- remplacer les théories de socialisme et de libéralisme par une nouvelle idéologie ?
- changer le régime présidentiel par semi-présidentiel ou parlementaire ?
- diminuer les prix des denrées de première nécessité ?
- diminuer le nombre de ministres et les dépenses de l’Etat ?
- rebâtir nos institutions ? assainir notre diplomatie ?
- trouver du travail à tous les chômeurs ?
- remodeler notre système de santé et notre système éducatif ?
- améliorer l’agriculture, la pèche et l’industrie ?
- pendre en charge les préoccupations de la diaspora ?
- sanctionner sévèrement les détourneurs de deniers publics
- veiller au respect des droits de l’homme ?
C’est bien beau de promettre aux populations tout ceci et d’affirmer que cela va se réaliser du jour au lendemain.
S’agit-il d’une utopie ou plutôt d’une possibilité?
Certains me diront que c’est un rêve irréalisable donc simplement de l’utopie.
Le Sénégal ne peut être gouverné autrement car depuis 1960 c’est pratiquement la même classe politique qui gouverne et qui aspire encore à gouverner demain après Wade. Autrement dit nous remplaçons les hommes et les femmes qui gouvernent mais pas le type de personnes.
Cependant nous pouvons positiver cette utopie en suivant le philosophe Thomas More dans sa réflexion sur ce domaine, considérant : « l’utopie qui se présente comme fiction, affirme néanmoins que l’homme a la possibilité d’influencer son destin. Ou encore l’utopie peut être défini comme une réponse aux injustices du monde réel »
Par conséquent loin de s’inscrire dans une fatalité, osons influencer le destin de notre peuple.
En effet nous devons analyser cela plus profondément car au-delà du fait de poser de simples postulats pouvant résoudre un problème aujourd’hui qui va ressurgir le lendemain ; il faudrait plutôt créer un système qui, en évoluant dans le temps parviendrait à démolir les contre-valeurs, la corruption, la gabegie et la mal gouvernance et à forger graduellement un développement durable sur le plan économique, social, culturel et politique pour un réel épanouissement du citoyen sénégalais. Cependant ce système ne peut voir le jour s’il n y a pas de projet de société bien défini réaliste et réalisable. Heureusement pour nous car ce projet existe et il s’agit du Rapport Général des Assises Nationales du Sénégal et la Charte de Bonne Gouvernance tous les deux œuvres des Sénégalais eux même sans aucune influence étrangère, un produit du peuple par le peuple et pour le peuple. A travers ce projet de société et le projet de constitution des Assises non seulement nous serons à même d’implanter un nouveau et meilleur système de gouvernance mais encore à travers un curriculum éducatif depuis le primaire jusqu’ à l’université en passant par les organisations sociales, religieuses et politiques, nous parviendrons à forger le nouveau type de Sénégalais qui sera un modèle pour l‘ Afrique et pour le monde.
S’agit –il d’une probabilité ?
Vue notre passé politique, force est de reconnaitre que gouverner le Sénégal autrement peut être une probabilité donc une expérience dont on ne peut prédire le résultat.
Loin d’être pessimiste nous pouvons dire que cette probabilité se situe au niveau du degré d’engagement de nos leaders politiques. Est-ce qu’ils sont prêts à sacrifier leurs ambitions personnelles et partisanes au profit de l’amour de la patrie consistant à vouloir servir sans rien attendre en retour. Aujourd’hui toute la classe politique venant de l’opposition et qui s’alignent derrière Maky Sall pour bouter dehors le régime d’Abdoulaye Wade vont-ils réellement faire mieux après le 25 mars en se mettant au service du peuple ou plutôt vont-ils simplement venir se partager le gâteau pour avoir jeûner pendant une décennie ? Une fois MAKY élu n’assisterons-nous pas à des rivalités de leadership pouvant conduire à l’implosion ?
Dans la mesure où nous inscrivons toutes ces interrogations dans un chapitre de probabilité, permettons- nous de rêver tout en étant réalistes et exigeants à la fois envers ceux qui veulent nous gouverner demain.
L'espoir et l'exigence du peuple
Chers citoyens oui l’espoir est permis et comme disait l’autre au pays de l’oncle Sam «Yes we can ».Enfin au moins nous pouvons espérer dire adieux au pouvoir en place dans peu de jours et souffler un ouf de soulagement d’une décennie de souffrance de la majorité du peuple Sénégalais. Allez accomplir votre devoir civique en votant pour sanctionner le régime de Wade champion de la mal gouvernance, mais restez surtout vigilants en sécurisant le vote mais aussi soyez prêts à continuer le combat citoyen après le 25 MARS au moins sur deux axes essentiels : la préparation des législatifs d’une part et d’autre part veiller à ce que les conclusions des Assises Nationales soient appliquées.
En effet nous devons rompre désormais avec l’élection des parlementaires au service d’un Président au lieu d’être au service des populations. Pour ce faire autant que nous nous sommes investis à réfléchir sur les critères du candidat idéal aux présidentielles, faisons de même pour identifier les critères du député idéal. Seul un parlement efficace peut aider le peuple à limiter les dérapages de tout gouvernement et il n’y aurait de parlement efficace sans des députés compétents. Alors soyons vigilants dans le choix de nos députés le moment venu.
Le peuple doit absolument refuser désormais le « wax waxeet » des hommes politiques consistant à faire une démagogie qui transforme les engagements pris devant le peuple en de simples promesses électorales.
Chers compatriotes nul ne pourra plus diriger le Sénégal comme cela se faisait auparavant si nous le peuple restons debout. De la même manière que nous avions défendu notre constitution le 23 juin de la même manière nous devrons défendre demain l’application des conclusions des Assises Nationales. Autrement dit c’est par notre action constante de veille et de contrôle que dépendra la mise en œuvre des engagements pris par les signataires de la charte de Bonne gouvernance à tous les niveaux (de la gouvernance locale jusqu’au plus haut sommet de l’Etat.)Enfin le Sénégal émergeant de demain dépendra aussi de notre détermination pour la refondation de la nation dans le sens préconisé par les Assises Nationales. Par ailleurs si notre problème est plus d’ordre comportemental que structurel cela signifie qu’un grand travail d’éveil des consciences, d’éducation aux valeurs morales pouvant forger le nouveau type de Sénégalais au sens de l’éthique, «du jom et du jomb » ; reste à faire car le changement doit venir aussi bien des gouvernants que des gouvernés.
Denis Ndour AIUSA
denisndour@hotmsil.com


Lundi 12 Mars 2012
DENIS NDOUR




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