Fonds non moins damnables que de notoriété publique


 

Que sous nos cieux certains élus aient un pouvoir discrétionnaire empirique, d'user et d'abuser de fonds spécialement nébuleux, est de notoriété publique. C'est un problème grave de notre société, parce que ces fonds proviennent de la communauté et le fait qu'un élu les confonde avec son patrimoine, pour en disposer à sa guise et dans ses seuls intérêts, ne peut qu'être condamnable.

 

L'argument << c'est ou noir ou blanc>> n'est qu'un leurre:

Aujourd'hui, le maire de Dakar Khalifa Sall est jeté en prison au motif qu'il en a usé de cette manière condamnable et les commentaires d'aller bon train et dans tous les sens, surtout sur sa culpabilité et l'impartialité des autorités judiciaires. Mais peut-on dans cette histoire se limiter au simple cliché << Khalifa Sall a ou non commis un détournement de fonds d'avance et mérite-il ou pas le sort qui s'abat sur lui>> ? - je ne pense pas. Ce faisant, l'on occulterait l'intérêt de la société quant aux jugements rendus en son nom, par les autorités judiciaires. Parce que dans ces histoires de fonds politiques que nous connaissons depuis belle lurette, ce n'est pas Khalifa Sall qui vampirise notre société. C'est l'existence même de ces fonds, par lesquels nous voyons des centaines d'hommes s'enrichir en milliards de nos francs juste parce qu'ils ont souscrit une allégeance politique, qui pose problème. Condamner Khalifa Sall à la peine la plus infamante et interminable, tandis que d'autres se complairaient,  sans le moindre souci, dans les mêmes pratiques maudites, ne sert en rien notre société en perpétuelle paupérisation. Pire! Le mettre en prison tout en laissant les habitudes subsister, pourrait n'être qu'un moyen grossier du pouvoir en place, d'envoyer à tous un message de sa toute puissance et subtilement contraindre fonctionnaires et élus à faire acte d'allégeance, faute de quoi la damnation est encourue. C'est donc la perpétuation du système qui motiverait le sacrifice de Khalifa Sall,  pas le désir de se débarrasser d'un fléau que désapprouve la société. Alors basta les arguments qui se veulent intellectuels en se fondant sur la supercherie du << c'est ou noir ou blanc >>; c'est à dire : l'utilisation des fonds n'est pas justifiée ou justifiable, alors il a commis un crime financier, donc je me range du coté de ceux qui le damnent.

 

Notre "Maslaa" sert de couverture à d'ignobles habitudes:

L'empirisme ne suffit pas à conférer la légalité à une pratique - et c'est vrai! Mais qu'est-ce qui fait qu'une pratique illégale depuis le départ, puisse se généraliser et se perpétuer au su et au vu de tout le monde des décennies durant, sans soulever la moindre indignation?C'est ça, dans cette histoire de fonds, la question qui doit nous intéresser et non celle de quel poids politique pèse l'agneau de sacrifice à fin électorale. Personne ne veut d'un prévaricateur et/ou voleur de deniers comme élu, mais tout le monde attend de ce dernier une fois installé, faveurs et largesses au delà de ce qui est dans ses capacités, quant à ses revenus licites. Qui plus est, lorsqu'un quidam que tout le monde a vu tirer le diable par la queue sa vie durant, amasse des milliards en seulement quelques mois après avoir été élu, quelques sous distribués à ses pauvres victimes suffisent par la suite, pour qu'il arrive à se dénicher des panégyristes et évangélistes qui lui façonnent une nouvelle généalogie dynastique et une vie de probité trop belles pour être vrai, mais dont tout le monde va s'accommoder. Une forme de politesse coupable bien nichée dans le "maslaa" cher à notre structure sociale et tenu pour être source de la tolérance et exorciste de la violence. Cependant il biaise notre relation avec l'expression sincère et sans ambiguité de la vérité.

 

 

Enfreindre les règles du carcan de paupérisme:

La vérité tragique est que tant que subsisteront nos maudites habitudes vis à vis de la chose publique et du pouvoir, l'élection à un poste donné quelqu'il soit, équivaudra à un baiser de la mort pour l'heureux élu qui ferait fi d'une allégeance au pouvoir.

Bluffés par notre démocratie illusoire que l'on ne cesse d'encenser dans les média publiques, certains en avaient oublié cette réalité et voilà qu'elle nous est rappelée cyniquement et avec, à contrario, la nécessité pour la société de se battre pour une démocratie fondée sur des institutions solides, indépendantes les unes les autres.

Sans quoi rien ne changera, nous resterons sur les mêmes problèmes encore des années, confinés dans ce carcan de paupérisme, de népotisme et de despotisme, par des politiciens qui ont pris en otage la communauté.

 

Chacun de nous a une part de responsabilité:

Si Khalifa et consorts demain étaient sacrifiés, le pouvoir n'aurait été que l'allumettier, là où chacun de nous aurait apporté son fagot et sa pierre pour édifier l'autel sur lequel ils le seraient. Oui! Parce que vouloir le changement et en même temps endurer le statu quo funeste qui se perpétue, en raison de son atteinte d'un syndrome aboulique, revient à assumer plus de responsabilité dans cette marche du pays vers l'apocalypse, que les élus qui le gouvernent. Il faut savoir que si Donald Trump est aujourd'hui au pouvoir, il le doit plus aux millions de démocrates qui ne voulaient pas de lui, mais n'avaient même pas daigné sortir de leurs maisons et aller voter le jour des élections, que ses propres soutiens sortis voter.

Pour la communauté et surtout les intellectuels, Il ne s'agit donc pas dans cette histoire de fonds d'avance politiques ou autres, d'hurler avec les loups. Mais plutôt de voir sereinement ce qui la concerne et qui mérite une action, pour ne mobiliser qu'autour de ça. Focus sur l'essentiel.

 

               
Ibe Niang Ardo
Mercredi 15 Mars 2017
Dakaractu




Dans la même rubrique :