Evaluation de la dette souveraine : Moody’s juge stable la perspective de la note Ba3 du Sénégal / Le pays de la Teranga talonne la Côte d’ivoire et devance le Nigéria, l’Egypte et le Gabon


Selon une note du ministère de l’Economie, des Finances et du Plan, dont Dakaractu détient copie, le 01 novembre 2017, l’agence de notation Moody’s, après évaluation a maintenu la notation du crédit souverain du Sénégal à Ba3 avec une perspective stable. En termes de comparaison, le Sénégal et la Côte d’Ivoire restent les deux pays subsahariens à atteindre cette notation. Il devance des pays comme  le Ghana, le Nigéria, le Gabon et l’Egypte qui  sont mieux pourvus en ressources naturelles. 
Ce rang du pays de la Téranga est le couronnement d’un travail de Titan abattu par le gouvernement, notamment les services du ministère de l’Economie et des Finances, pour améliorer la notation souveraine. 
Pour preuve : la méthodologie de notation utilisée par Moody’s repose sur une approche séquentielle transparente basée sur un classement par facteurs. Les quatre principaux facteurs de notation pour Moody’s sont la solidité économique, la solidité institutionnelle, la solidité fiscale et la vulnérabilité au risque événementiel. Ainsi, la notation du Sénégal à Ba3 résulte de la combinaison de notation sur ces facteurs.
 
Ainsi, la solidité économique du Sénégal est évaluée à "Low (+)", un niveau partagé avec la Bolivie (stable Ba3), le Botswana (A2 stable), le Paraguay (Ba1stable) et en Tunisie (B1 négatif). L’économie sénégalaise est contrainte par sa petite taille et la faiblesse du revenu par habitant (2,541 USD en 2016), malgré une amélioration de la compétitivité. Toutefois, à la faveur de la mise en œuvre du PSE, la croissance s’est consolidée pour atteindre environ 6% par an en 2014-16, contre 4% en 2011-14. A moyen terme, Moody’s prévoit une croissance annuelle moyenne de 6,5%.
 
La solidité institutionnelle du Sénégal est considérée comme «modérée (-)», un classement partagé avec l'Arménie (stable B1), le Ghana (stable B3), le Sri Lanka (B1négatif) et la Turquie (Ba1 négatif). Le score de la résistance institutionnelle du Sénégal demeure plus élevé que la moyenne et la médiane de l'Afrique subsaharienne. L’instrument de soutien à la politique économique conclue avec le FMI a contribuer à renforcer le cadre institutionnel du pays, avec l’amélioration de la gouvernance et de la transparence par les autorités (exemple compte unique du Trésor, réforme dans les agences). En outre, l’appartenance à l’UEMOA améliore le degré de prévisibilité à travers les politiques monétaires et de change, réduisant ainsi les risques inflationnistes. 
 
La solidité fiscale est «faible (-)», un classement partagé avec l'Angola (B2 stable), le Costa Rica (Ba2 négatif), la Serbie (Ba3). Cette évaluation reflète le niveau relativement élevé du taux d’endettement (60% du PIB), ainsi que du risque de change. Toutefois selon Moody’s, l'adhésion du Sénégal à l'UEMOA limite dans une certaine mesure l'exposition du gouvernement au risque de change. Pour cette raison, la solidité fiscale se situe au-dessus du score indicatif «très bas (+)».
De plus, le coût de la dette reste maîtrisé (coût d'intérêt moyen  de 3,5%), reflétant  la part importante, quoique décroissante, de la dette à des conditions. En outre, le Gouvernement poursuit la réduction du déficit budgétaire (de 5,5% du PIB en 2013 à 3,7% en 2017).
 
La vulnérabilité au risque événementiel  est «faible (+)». Le risque politique interne est faible grâce à la tradition démocratique et la solidité des institutions. Le risque géopolitique est «très faible» étant donné les bonnes relations du Sénégal avec ses voisins ainsi qu'avec la communauté internationale. Le Sénégal joue un rôle de premier plan au sein de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). 
 
Ombres au tableau : le niveau élevé de la dette publique, la faiblesse du PIB / habitant, l’insuffisance des Ide… 
 
Les défis proviennent principalement du niveau élevé de la dette publique d'environ 60%PIB, qui limite la capacité d'absorption des chocs budgétaires. Le Sénégal a réussi à améliorer son environnement d'affaires, mais les investissements directs étrangers demeurent insuffisants et le secteur privé peine à prendre le relais de l’Etat dans la consolidation de la croissance. Le PIB / habitant demeure faible et la faiblesse de la compétitivité par rapport aux normes internationales,  font que l'économie sénégalaise est moins résistante aux chocs.
 
La croissance annuelle d'environ 6,5% sera maintenue à moyen terme (trois-quatre ans)
La perspective stable indique que les risques pour le profil de crédit du Sénégal sont équilibrés. En particulier, Moody’s prévoie que la croissance annuelle d'environ 6,5% sera maintenue à moyen terme (trois-quatre ans) et que la dette publique se stabilisera voire baisser à la faveur de la réduction continue du déficit et des perspectives de croissance. 
Ainsi, la notation pourrait être améliorée si le gouvernement réduit significativement sa dette, et améliore sa capacité à absorber les chocs et à stimuler l'investissement privé, tant étranger que domestique, augmentant ainsi le potentiel de croissance du pays et réduisant les vulnérabilités externes. 
En somme, le Sénégal devra poursuivre les réformes visant à améliorer la résilience de l’économie, la solidité institutionnelle et la transparence. Par ailleurs, la récente découverte du pétrole constitue un atout important.
 
Samedi 4 Novembre 2017
Dakaractu



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