Entretien exclusif avec Abdou A. Seck Maire de Bargny : « Il n'existe pas un camp du oui et un camp du non à Bargny. Ma position est… »

Le Samedi 13 Avril, des populations de Barngy se sont levées pour exprimer leur opposition à la présence de la centrale à charbon dans leur ville. Un cri du cœur aux allures d’un référendum qui avait fini de faire croire à une opposition entre un camp du OUI et un camp du NON.

Dakaractu est allé à la rencontre du maire de Bargny, M. Abdou Amath SECK qui nous a livré les vérités liées à cette affaire et apporté des clarifications. Car à Bargny, « il n’existe qu’un seul camp et c’est celui du NON »


« Il n’existe pas un camp du OUI, il n’existe qu’un seul camp et c’est celui du NON »
Interpellé sur sa position et celle du conseil municipal par rapport à la centrale à charbon, la position du Maire de Bargny est sans équivoque.  
« Nous souhaitons un changement de combustible, du gaz à la place du charbon. Il n'existe pas un camp du oui, et un camp du non à Bargny. Il existe une grande majorité de bargnois soucieux du devenir de leur commune et des politiciens manipulateurs cachés, très soucieux de leur devenir avant tout. Notre positionnement est clair : Bargny, la ville qui a su intégrer son industrie". Ma position en tant que Maire et celle du conseil municipal est très clair et je l'ai exprimé à maintes occasions, que ça soit par voie de presse ou à l'occasion des réunions publiques dont les vidéos sont disponibles partout. Depuis mon arrivée à la mairie, je participe tous les 5 juin, à la journée de l'environnement, aux rassemblements organisés chaque année à Bargny. J'ai toujours profité de ces journées pour m'exprimer sur la centrale, la SOCOCIM... Simplement pour vous dire que j'ai été trés clair sur cette question,  mais vous savez, il y a certains qui passent leur temps en expliquant que c'est nous qui avons autorisé l'implantation de la centrale à Bargny. Vous comprendrez aisément pourquoi ils passent leur temps à essayer de brouiller les esprits, mais c’est peine perdue. Revenons un peu sur la genèse de ce projet pour saisir les enjeux précis. Le 6 mars 2008, la DEEC a validé les termes de référence de l'étude d'impact social et environnemental. La même année, l'étude d'impact a été validée. Lors de la seule audience publique, l'écrasante majorité des bargnois présents a rejeté le projet. Le régime libéral de l'époque à fait du forcing et a décidé d'installer le projet sur les lotissements de MINAM 1 et 2, déjà attribués aux victimes de l'érosion côtière sans aucune indemnisation. C'est ainsi que Oumar Sarr, ministre de l'urbanisme d'alors, a signé le permis de construire en 2009. A ce stade du projet, il était possible de saisir le juge pour attaquer le permis de construire. Ce ne fut pas le cas. Et depuis, les travaux se poursuivent et la mise en service est prévue en octobre de cette année. Dès notre arrivée aux responsabilités en fin 2014, nous avons initié une série de rencontres avec le préfet, la SENELEC, le promoteur du projet, les associations, les délégués, conseils de quartiers. J'ai organisé des réunions publiques. Ces concertations ont permis de dégager un très large consensus autour des 3 points suivants : le changement de combustible, le suivi environnement au travers de la création d'une maison de l'environnement dotée d'outils de mesure de la qualité de l'air et de la température de l'eau de mer et le règlement de la question foncière. Pour le premier point, de loin la plus importante, il est clairement indiqué dans le document signé "la SENELEC et le promoteur s'engagent à diligenter une étude de faisabilité technique et financière du passage au gaz. De 2008 à 2016, les associations se sont battues pour aller vers le gaz sans succès. Enfin, on obtient une inflexion dans la vie de ce projet. Tout n'est pas réglé, loin de là, mais un petit pas franchi tout de même. Et je suis déterminé à toujours porter la plaidoirie pour parvenir à l'objectif fixé ensemble dans le cadre des réunions, à savoir du gaz à la place du charbon. Quant à la maison de l'environnement, elle sera outillée et sera la cheville ouvrière de notre action. Sur la question foncière, la SENELEC a consenti pour la première fois depuis 2008 une "indemnisation" à hauteur de 600 millions pour l'ensemble des attributaires. Ce qui est trop peu. A partir de là, le conseil municipal a décidé d'octroyer une parcelle à chaque attributaire de MINAM 1 et 2 qui se trouve confronté à l'avancée de la mer. Et les 600 millions promis par la SENELEC serviront, avec le concours financier de l'état, au relogement. Nous travaillons sans relâche sur ce dossier et je sais toute la sensibilité du président de la République sur cette question. C'est le seul président du Sénégal à venir chez nous, constater de visu les dégâts et les risques liés à l'avancée de la mer. Je suis confiant et optimiste. J'ai trouvé plus d'une centaine de lettre d'attributaires de parcelles de 2008 à notre arrivée. L'ancienne équipe a adressé plus d'une dizaine de courrier à différentes institutions de la République pour la prise en charge de la question foncière en vain. Mais avec l'engagement de tous (conseillers, membres du C3D, des conseils de quartiers et de toutes les forces vives) des avancées peuvent être notées. Et nous allons poursuivre dans la voie du dialogue pour le changement du combustible, le relogement et le suivi environnemental.
"NOUS AVONS TENU PLUSIEURS RÉUNIONS PUBLIQUES SUR CE PROJET. CETTE PROPOSITION D'ALLER VERS LE GAZ EST TRÈS LARGEMENT PARTAGÉE... LA CONCERTATION A BIEN EU LIEU"  
  De 2008 à 2015, les bargnois n'ont eu qu'une seule occasion publique pour se prononcer sur la question. Et c'était lors de l'unique audience publique tenue en 2009, en présence du préfet et du cabinet chargé de l'étude d'impact. Une seule rencontre en 7 ans. Depuis 2014, quatre réunions publiques ont été organisées en présence du préfet, du directeur des grands projets de la SENELEC, de l'administrateur de la compagnie d'électricité du Sénégal. Sans compter les nombreuses réunions du comité de veille, la quinzaine de réunions d'informations tenues dans les quartiers. J'ai saisi le C3D, conseil consultatif communal de développement. Et le conseil municipal, bien évidement,  s'est penché sur ce projet lors de différentes séances et a voté le protocole. Le débat permet de partager l'information, de favoriser une fertilisation croisée, de renforcer les convictions afin de trouver des stratégies communes sur les questions de l'heure. Voilà ce que cette dynamique de concertation, de manière modeste, a participé, avec toutes les forces vives, à créer. Dans ces circonstances, vous comprendrez aisément pourquoi je n'ai pas le temps de répondre aux politiciens qui prétendent qu'il n’y a jamais eu de concertation, ou que le conseil n'a jamais délibéré, ou qu'il n’ y a pas eu de quorum le jour du vote, ou je ne sais quoi d'autre. Tout au moins, je leur dirai que nous avons perdu beaucoup de temps et raté une période cruciale dans la vie de ce projet, celle où la loi nous offrait la possibilité d'attaquer le permis de construire devant le juge. Mettons nous au travail au lieu de vouloir faire de la politique sur cette affaire. Les bargnois méritent mieux et ne sont pas dupes.
  POURQUOI SIGNER UN PROTOCOLE ?
 Pour inscrire les points d'accord sur un papier. Les hommes passent et les institutions demeurent. J'ai voulu des garanties en signant un accord public pour que nul n'en ignore. Le document signé reprend exactement les points évoqués plus haut, précise les modalités de mise en œuvre des actions, l'échéancier de réalisation et les outils d'évaluation et de suivi. Il a été publié dès le soir sur le site de la commune. Et nous en avons envoyé plusieurs versions papier à des bargnois qui en ont fait la demande. La transparence et la concertation sont deux piliers majeurs de notre action.
CERTAINS PARLENT DE CORRUPTION ?
Les choses sont trop sérieuses pour que je me laisse divertir. Parler de corruption dans un accord signé entre la SENELEC, la mairie de Bargny et la compagnie d'électricité du Sénégal en présence du ministre de l'énergie est tout simplement scandaleux. Je préfère passer mon temps à développer une politique d'insertion sociale et environnementale de ces industries dans notre tissu urbain. Nous avons trois défis environnementaux majeurs : la centrale, la SOCOCIM et l'érosion côtière. Et croyez moi, j'ai assez à faire pour me lancer dans des polémiques stériles. Je suis au service de Bargny et des bargnois.
 
Jeudi 18 Mai 2017
Dakaractu




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