Entendre Sankara... ( Par Aliou Gabou Cissé)


Entendre Sankara... ( Par Aliou Gabou Cissé)
Le 15 octobre 1987, le réveil à Ouagadougou fut percutant et choquant, macabre et sombre. Sur les visages, se lisaient des regards larmoyants pour les patriotes et flamboyants pour les Traitres. Pleurs et Rires se mêlaient dans la journée du 15 Octobre 1987, où Autochtones et Étrangers se regardent en chien de faïence tant le meurtre du Colonel ne se résumait, qu'en une question d'heure dans les salons tous douilleux des comploteurs et colporteurs de ragots sur le dos du Colonel Sankara. 

En effet, l'homme dérangeait et agaçait. Son caractère subversif vis à vis du paternalisme hypocrite blanc lui a certainement joué des tours. 

Bref, il s'agit d'une étude, ici, non historique mais constructive et pédagogique de l'oeuvre immensément riche de Thomas Sankara.

Sankara demeure inéluctablement un modèle de Patriotisme achevé et de Courage Politique opiniâtre au service d'une seule et unique Cause: être un Tabernacle dans la quête de solutions  pour abréger la souffrance du peuple. Chez lui et avec lui, la Vérité et la Dignité humaine ne sont pas des guenilles à vendre. 

Par ailleurs, l'homme était, dans un élan perpétuel d'engagement politique désintéressé, au dessus de des petits comme grands instincts matériels, et est sans nul doute Un des plus distingués Serviteur Public hors pair parmi ses paires qui ne versaient pas de tous temps et tous lieux dans la prise en charge effective et objective des maux du peuple. Ils étaient et sont comme toujours pour parler comme un frère sankariste" des préfets ou sous préfets affectés par la France en Afrique ".

Son action traversa et continue de servir de fer de lance à une Afrique réglée à l'horloge d'un Panafricanisme à tous points de vue. Il est, avec la génération Lumumba et Nkrumah, l'un des Phares de Guidance pour sortir des ténèbres du faux et hypocrite paternalisme occidental teinté d'un agenda scélérat et secret de pillage et de saccage des ressources de l'Afrique. 

Son bâton de pèlerin s'orientait vers l'impérieuse nécessité de prôner un " Développement africain par et pour les africains ". 

Il aurait certainement applaudi son grand et brillant compatriote historien Joseph Ki-Zerbo qui reste incontournablement le Pôle de la théorie du " Développement Endogène ". Ses travaux  sont largement inspirés de l'héritage culturel et intellectuel de Cheikh Anta Diop qui a, urbi et orbi, montré la Voie du Salut par la maitrise des Sciences, l'appropriation de la Culture avant de prétendre à L'unification politique de l'Afrique.

Le rêve de Sankara s'est malheureusement heurté à une Afrique en Gésine, pour parler comme Felwine Sarr. 

Sankara n'aurait pas reconnu l'image d'une Afrique aux croisées des chemins avec des leaders corrompus de la tête aux pieds. 

Il n'aurait pas déjeuné avec des leaders qui s'agrippent au pouvoir, soit par un défaut criard de discernement des dangers des méandres de la Soif de pouvoir ou soit par un proche environnement familial ou politique qui exerce malheureusement des lobbies pour garder et conserver le Pouvoir.

Sankara n'aurait pas reconnu l'image d'une Afrique dépossédée de son Socle : l'identité nègre. 
L'Afrique orpheline du Colonel Sankara demeure un continent qui subit une Agression culturelle voulue ou imposée. Le mondialisme culturel témoignant de nos jours d'un Agenda de diffusion de la culture occidentale en vue de conquérir des peuples et leurs marchés de consommation, Sankara n'aurait pas laissé " ses enfants s'asseoir sur la Natte des Autres".  À l'Afrique donc de s'inspirer des réussites des modèles Chinois ou Indien qui ont bâti le socle de leur essor socioéconomique à partir de la Culture. 

Le Colonel aurait certainement voulu que l'Ivoirien mange du "athiéké" et non du riz thaï pour ne pas appauvrir le Paysan ivoirien. 

Il aurait voulu que le Fatickois porte le " Thiaya du Fouta", plutôt que le Costume-cravate importé de l'Italie.

Il aurait voulu qu'on enseigne à nos potaches les gloires de Cheikh Anta Diop, Cheikh Ahmadou Bamba, Nkrumah, Mandela, Achebe Chinua. 
Il aurait mené la vie dure aux programmes scolaires qui s'arc-boutent à reproduire, pompeusement et honteusement, le Modèle Occidental. 

Au total, l'oeuvre se résume ainsi: former un Modèle d'Africain décomplexé, savant, vertueux, courageux, engagé au service d'une mission on ne peut plus noble : Servir.

Sankara aurait invité au petit déjeuner l'activiste Kémi Seba pour avoir eu le courage de mettre en ridicule la pire et plus vieille Servitude monétaire au monde qui est le système dangereux et inconsciencieux du Franc CFA. 

Sankara nous aurait demandé, nous jeunes, de donner aucun grain à moudre à la lucide réflexion de Cheikh Aliou Ndao qui montrait que " l'action effraie les intellectuels qui passent Docteurs es diagnostic, critiques et analyses ". 

Sankara aurait conseillé à sa jeunesse de s'engager au service du Développement du continent qui passe par la Culture, la Science, la Vertu et surtout le Culte du travail. 


Au finish, il aurait soufflé à mes oreilles : " la Patrie ou la Mort, nous vaincrons ! "


Aliou Gabou Cissé

UFR SJP/ Gaston Berger de Saint Louis/ Droit Public International. 
Mercredi 25 Octobre 2017
Dakaractu



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