Enquête sur le business des femmes de ménage en Arabie Saoudite : Le sale business des étudiants sénégalais

Mbayang Diop, dit-on, est promise à l’échafaud en Arabie Saoudite. La jeune femme sénégalaise, accusée d’avoir tué l’épouse de son patron pour mettre fin aux sévices qu’elle vivait dans ce royaume, a servi de prétexte à EnQuête pour mener des investigations sur les conditions de vie des domestiques sénégalaises envoyées en Arabie Saoudite. Il ressort de nos investigations qu’elles sont recrutées par des étudiants sénégalais établis là-bas. Ensuite, la réussite promise se transforme rapidement en cauchemar qui a pour noms : viol, séquestration, exploitation, sévices corporels.


En Arabie Saoudite, contrairement au Sénégal, avoir une domestique dans sa maison est un indicateur social. Cela permet de montrer son rang social, sa place au sien de la bourgeoisie. C’est pourquoi le pays reçoit constamment des jeunes filles qui aspirent à devenir des domestiques. Seulement, dans ce pays, la domestique n’est pas loin d’être assimilée à une esclave. Les bonnes y sont considérées comme des objets sans valeur. Le patron a la possibilité de faire travailler son employée dans les maisons de ses proches.
 
Il fut un temps où c’étaient les Indonésiennes qui étaient à ces travaux de bêtes de somme. Mais les choses allant de mal en pis, elles ont fini par saisir leur gouvernement pour mettre fin à cette exploitation. ‘’En Arabie Saoudite, il fut un temps où toutes les bonnes étaient de nationalité indonésienne. Dans les maisons, on les exploitait comme pas possible. Celles qui étaient bien traitées, ce sont celles qui avaient la possibilité de manger le reste de la nourriture qu’elles avaient pourtant cuisinée. Sans parler des salaires misérables qu’on leur payait. Elles y vivaient dans des conditions inhumaines’’, renseigne une source établie en Arabie Saoudite. Selon notre interlocuteur, dans ce pays, il est inconcevable de vivre dans une chambre sans climatiseur. Pourtant, dit-il, c’était le lot de ces bonnes. Pour les empêcher de s’échapper, certains patrons les gardaient dans des cachots.
 
‘’Ne pouvant plus supporter tout cela, les travailleuses indonésiennes ont saisi leur gouvernement qui a pris langue avec le chef du royaume saoudien. Ainsi, une clause de contrat a été signé entre les deux parties’’, informe notre source. Les clauses de ce contrat stipulent que les domestiques doivent désormais être mises dans de bonnes conditions, c’est-à-dire être respectées, avoir à manger de la nourriture saoudienne ou indonésienne. Qu’elles bénéficient de congés de travail. Mais, dans la réalité des faits, rien de tout cela n’a été respecté. Le calvaire de ces Indonésiennes continuant de plus belle, elles ont décidé de rentrer chez elles. Par la suite, les Saoudiens ont jeté leur dévolu sur les Ethiopiennes. Ces dernières ont tôt fait de plier bagages. Il y en a quelques-unes qui se sont suicidées, pour échapper au cauchemar qu’on leur faisait vivre, poursuit notre interlocuteur.
 
Un million F CFA par bonne démarchée
 
Après le départ des Ethiopiennes, les domestiques se sont faites rares dans le pays. Mais puisque les bourgeois saoudiens ne sauraient vivre sans bonnes, le marché du domestique est devenu lucratif. Et beaucoup de vocations sont nées. Des étudiants sénégalais vivant en Arabie Saoudite sont entrés dans la danse. Ils sont allés voir les Saoudiens, leur ont demandé de fortes sommes pour leur trouver des bonnes. Nos compatriotes, qui sentaient qu’ils pouvaient faire des affaires avec ce marché, se sont mis à demander un million F Cfa par domestique.
 
Depuis, ces démarcheurs viennent au Sénégal trouver des filles à qui ils promettent du travail en Arabie Saoudite. Ils leur font miroiter des salaires de 200 000 F Cfa le mois. Enfin, pour les ferrer, ils leur font signer des contrats libellés en Arabe. Mais, une fois en Arabie Saoudite, elles sont rattrapées par la réalité saoudienne. Elles se rendent compte qu’elles ont été manipulées. ‘’En Arabie Saoudite, après quelques jours, elles se rendent compte qu’elles ont été manipulées et bernées. Rien de ce qu’on leur a fait croire n’existe. Elles travaillent tous les jours, pour se coucher très tard et se réveiller très tôt le matin. Elles ne dorment pas assez. Dans les maisons, on les maltraite. On les viole. Elles sont mal nourries et logées. Elles n’ont aucun droit. C’est comme si elles étaient des esclaves. C’est des conditions inimaginables qu’elles vivent dans ces maisons-là. Elles sont battues. Les fils de leurs patrons leur font vivre des choses que notre morale nous interdit de relater sur la place publique’’, confie un Sénégalais qui vient de faire son Oumra au lieu saint de l’islam.  
 
Traqués par la police, les démarcheurs transitent par la Mauritanie
 
Notre informateur de poursuivre que lors d’un de ses voyages en Arabie Saoudite, le Président Macky Sall a été informé de l’exploitation de nos compatriotes dans les maisons saoudiennes. Sur le champ, il avait donné des injonctions à son ministre de l’Intérieur d’interdire le passage de ces filles par l’aéroport Léopold Sédar Senghor. Cette décision a été exécutée. Mais les démarcheurs qui ont plus d’un tour dans leur sac ont trouvé des voies de contournement. Désormais, ils font transiter ces filles par la Mauritanie. Une source policière informe : ‘’Depuis un certain temps, les démarcheurs de bonnes, qui ont visiblement quitté les amphithéâtres pour se consacrer à ce business lucratif, passent par la Mauritanie pour éviter d’avoir des soucis à l’aéroport LSS. Ainsi, malgré le fait que les autorités les ont à l’œil, il leur est difficile de leur mettre la main dessus. Les forces de l’ordre sont en train de les traquer.’’
 
‘’Une fois, une Sénégalaise s’est échappée nue de son cachot…’’
 
Un autre interlocuteur niché au Consulat du Sénégal en Arabie Saoudite raconte l’histoire d’une femme qui a failli mettre le feu à l’ambassade. ‘’Dans le passé, une Sénégalaise est venue ici pour nous attaquer, prétextant que nous sommes méchants, dans la mesure où on devrait leur faciliter l’accès à ce pays et non le contraire, vu que le travail se fait rare au pays. On lui avait dit que dans quelques mois, elle allait revenir pour changer de discours. Ce qui fut le cas. Elle est revenue en catastrophe nous dire le calvaire qu’elle vit dans le domicile de son patron. L’ambassade les surveille de près, mais ce n’est pas une chose facile si elles ne quittent pas le pays dans des conditions légales’’, renseigne la source diplomatique. Qui précise que certaines parviennent à se sauver.
 
Par contre, d’autres se suicident ou continuent de supporter la vie d’enfer dans les domiciles de leurs patrons.  ‘’Une fois, une Sénégalaise s’est échappée de son cachot toute nue pour courir dans les rues. Quand nous avons été avertis, on est allé la récupérer et faire ce qu’on doit faire, en tant que Consulat. La tâche serait plus facile si nous savions combien elles sont. Une chose que le Consulat ne sait pas, vu que depuis un certain temps, elles ne passent plus par les voies normales’’, ajoutent ces diplomates.
 
Selon d’autres sources, le chef de ce réseau de recruteurs est connu. Mieux, une descente inopinée chez lui par les services de l’ambassade du Sénégal en Arabie Saoudite a permis de trouver plusieurs voitures de marque pour quelqu’un qui n’a d’activité que son statut d’étudiant. L’argent qui a servi à acheter ces véhicules proviendrait de cette traite des domestiques sénégalaises.
Mercredi 20 Juillet 2016
Dakaractu




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