El Hadji Ayé Boun Malick Diop, secrétaire général du Sytjust : " Certains juges insultent la Justice (...) Ceux qui prétendent remplacer les Greffiers ne sont que des secrétaires parce que... "


LE RÔLE DU GREFFIER 

Expliquer le rôle du Greffier mériterait un cours à l'Amphithéâtre. Le Greffier a un rôle très important dans la Justice mais malheureusement, beaucoup ne le savent pas. On dit souvent que toute chose doit avoir témoin et c'est vrai. Quand le tribunal juge quelqu'un, il faut qu'il y ait des témoins. Le juge a des devoirs qu'il doit satisfaire, mais aussi les accusés ont des droits. Si les droits des uns et des autres ne sont pas respectés ou quoi que ce soit d'autre, il y a quelqu'un dans un coin isolé qui prend note de ce qui se passe dans la salle d'audience. 
 Après chaque verdict, le dossier est remis au Greffier qui protège la décision de Justice. 
Le Greffier est un officier public. Ce qu'il dit ou écrit, tout le monde le conçoit comme la pure vérité jusqu'à ce que la Justice elle-même dise le contraire par une procédure dénommée instruction de faux, ce qui n'arrive pratiquement jamais. Le Greffier est comme le notaire, il a les prérogatives de garder les documents de décision de justice qui restent inchangés. Il est toujours témoin pour noter ce qui se passe dans une salle d'audience. 

EN GRÈVE : L'INTERIM ASSURÉ PAR DES GENDARMES 

Il y a des gens qui commencent à faire n'importe quoi dans la justice. Ce sont les travailleurs de cette même justice qui font n'importe quoi avec. Je le dis parce que quand le Greffier, qui est censé être le témoin, est en grève, le Juge ne doit pas prendre d'affaire à juger. Ce qui se passe actuellement dans la justice c'est n'importe quoi! Quand les Greffiers sont en grève, les Juges s'en vont prendre leurs cousins ou des vendeurs de cacahuètes ou des gendarmes retraités pour jouer le rôle de Greffier dans la salle d'audience. 
Cela montre juste que certains juges insultent la Justice et manquent de respect à l'appareil. Quand le Greffier est en grève, le Juge ne doit pas assister. Cela ne sera pas de sa responsabilité mais plutôt celle du gréviste. Mais à chaque fois qu'on part en grève, ces juges qui sont à la limite des complices de l'exécutif, ne reconnaissent même plus la valeur de la justice. Ces juges qui mettent ces gendarmes à la retraite à la place des Greffiers, ne sont pas libres. Avant de parler de l'indépendance de la justice, on doit parler de la liberté des travailleurs de la Justice. Il faut que les juges affirment leur liberté. Aujourd'hui, toute décision rendue n'est que théâtre. Ces gendarmes là ne peuvent pas dire ce qu'ils pensent des décisions rendues par les juges en l'absence du Greffier. Ils ne peuvent pas intervenir parce qu'ils ne sont pas des greffiers. Seule une décision de justice rendue devant le Greffier est sécurisée. Mais ceux qui jouent ce rôle là actuellement sont juste des secrétaires. 
Et cela a des conséquences certaines car les actes qui sont rendus doivent être traités, mis dans des registres, corrigés et réécrits afin d'assurer leur délivrance. Quand il y a grève des greffiers, les audiences doivent être suspendues. S'ils pensent que n'importe qui peut faire le travail du Greffier, cela équivaut à dire que la Justice est n'importe quoi et que le juge qui assiste l'audience est aussi n'importe qui. 

REVENDICATION DES GREFFIERS.

On a beaucoup de revendications. On ne s'est pas levé pour aller en grève directement. Le 30 Juillet 2013, le Gouvernement du Sénégal a signé un protocole d'accord avec le Sytjust. Depuis, on ne l'a plus entendu. Le bureau qui avait signé le protocole a été changé entre temps. Lorsque le nouveau bureau est arrivé, on a écrit une plateforme revendicative qu'on a déposée au ministère de la Justice et on a longuement parlé avec le ministre de la Justice qui est aussi un avocat. On a discuté puis décidé d'écrire le projet de réformes c'est à dire le projet de décret et les projets d'arrêtés. Nous, au Sytjust, on avait des intérêts dans ces textes donc nous les avons écrits. On les a ensuite remis au ministère de la Justice et on a travaillé dessus. Il ne restait qu'à les exécuter, mais depuis lors, on n'est au courant de rien. Depuis le 31 décembre, date à laquelle on avait remis ces projets de décret au ministère, nous sommes en attente. On lui a écrit des lettres, sans réponse. Quand on demande des audiences en tant que travailleurs de la Justice, on a aucune réponse. Alors que le ministre de tutelle doit écouter les travailleurs de la Justice et doit aussi répondre à leur appel quand ils ont besoin de lui. C'est ce que le président Macky Sall lui a dit et cela je l'ai lu dans un communiqué du conseil des ministres. Le président a demandé aux ministres de dialoguer avec les syndicats. On lui a envoyé une autre lettre le 26 mai dernier pour lui dire qu'on venait aux nouvelles. Mais toujours pas de réponse. 
Je lui ai envoyé un SMS personnellement, il ne m'a pas répondu. On a fait un préavis de grève qu'on a déposé. On a demandé aussi aux autorités de lui parler. On est resté plus d'un mois sans réponse. C'est par la suite qu'on a été appelé au ministère de la fonction publique, mais depuis rien. Il ne nous respecte pas ou il croit qu'il n'y a pas de situation d'urgence, raison pour laquelle il ne nous répond pas. Quand on sera sûr qu'il ne veut pas nous parler, nous irons chercher un autre interlocuteur. Nous sommes toujours en attente qu'il nous rencontre pour qu'on parle. On garde donc notre mot d'ordre de grève. 

L'ACCÈS INTERDIT AUX JOURNALISTES LORS DE LA CONFÉRENCE DE PRESSE DU SYTJUST

C'est une chose honteuse qu'on va dénoncer. Ils nous surveillent pour qu'on ne parle pas aux journalistes. On a organisé une conférence de presse dans nos locaux et en tant que syndicat, les gendarmes du palais de justice ont interdit l'accès aux journalistes. Ce n'est pas normal! Les ordres de ces interdictions venaient du Premier président de la Cour d'Appel de Dakar. On est allé voir président de la Cour d'Appel et sa secrétaire nous a dit qu'il était pas là. Je l'ai personnellement appelé deux fois de suite, il ne m'a pas répondu. Je suis allé voir un autre de ses collègues dans la Cour d'Appel et qui a les mêmes responsabilités que lui. Je lui ai expliqué la situation, mais il m'a répondu qu'il n'avait pas le droit d'outrepasser la décision qui a été déjà prise, car cela ne serait pas élégant. Il m'a profondément déçu en nous sortant cette réponse en présence de ma délégation. D'ailleurs,nous sommes sortis de son bureau sans même lui dire au revoir. Ici, c'est notre siège! Nous travaillons pour la Justice, donc nous avons les mêmes droits que tout le monde qui travaille ici. La liberté syndicale est un droit conféré par la Constitution du Sénégal alors qu'ils nous laissent l'exercer. On fera face à quiconque voudra nous barrer la route. Personne n'a le droit d'interdire nos réunions dans nos locaux. Les autorités judiciaires qui devaient être nos alliés sont l'ennemi numéro 1 des travailleurs de la Justice. Nous sommes déçus, mais c'est la vie et chaque pouvoir connaîtra une fin. 

DERNIER MOT

Nous nous battons pour notre dignité. Celui qui travaille dans la Justice, doit être mis dans de bonnes conditions de travail et on doit pas laisser cette justice se faire envahir par des malfaiteurs ou des corrupteurs. 
Nous qui travaillons dans la Justice, on doit être clean. On appelle le Gouvernement à venir en aide aux travailleurs de la Justice pour un service de Justice de qualité. Je vous remercie pour le soutien et l'assistance... 




 
Mardi 2 Août 2016
Dakaractu




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