ETUDIANT A LA FAC DE MÉDECINE AVANT DE DEVENIR JIHADISTE : " Sa décision a été soudaine et inattendue" (son père)

Boucar Gassama, père de l'étudiant en médecine Sadio Gassama qui a quitté le Sénégal pour rejoindre Daesh en Libye, précise que la décision de son fils de rejoindre les militants a été soudaine et inattendue.


Lorsque Sadio Gassama a décidé d'entrer à la faculté dans la médecine, il a commencé par donner des soins gratuits à la mosquée de son village en Casamance, au sud du Sénégal. A 25 ans, l'étudiant en médecine traite maintenant les combattants de Daesh en Libye.
Jusqu'à récemment, beaucoup pensaient que les confréries soufis pacifiques et tolérantes dans des pays tels que le Sénégal pourraient prévenir l'implantation de versions plus conservatrices et radicales de l'Islam dans les régions pauvres de l'Afrique de l'Ouest, comme le Mali et le Niger.
Mais les experts en sécurité disent que l'histoire de Gassama montre combien la pénétration de la ligne islamique salafiste, couplée avec l'argent du Golfe et la propagande militante, a eu un sérieux impact sur le recrutement de combattants, même au Sénégal pourtant réputé stable et démocratique.
En effet, pour faire appel aux jeunes Africains, les propagandistes de Daesh appellent les médecins à faire le "Hijrah", ou pèlerinage, dans leur fief de Syrte, en Libye.
Avant de rejoindre Daesh, les photos publiées sur la page Facebook de Gassama le montraient étreignant sa jeune nièce. Maintenant, il brandit une mitraillette, son nom cousu sur son uniforme militaire.
Ses amis et sa famille disent que la décision de Sadio Gassama de rejoindre les milliers de militants en Libye en Décembre, au cours de la cinquième année de ses études de médecine, a été soudaine et inattendue.
Son père, choqué, le décrit comme un «humaniste» motivé par le désir d'aider les autres. Un de ses anciens professeurs le qualifie «d'étudiant brillant, incapable de blesser quelqu'un."
Cependant, une interview avec Gassama le montre sous un visage peu reluisant, déclarant depuis Syrte, qu'il avait prévu une attaque à Dakar.
« Le Sénégal a de la chance! Je prévoyais de commettre une attaque dans le pays au nom de l'Etat islamique, avant que l'un de leurs recruteurs m'aide à aller en Libye ", a t-il déclaré à Reuters, le mois dernier via Internet. 
Un de ses amis a déclaré qu'il a rejoint la Libye à bord de camions en passant par le Mali et le Niger, accompagné d'un autre sénégalais;  il a lui même payé son voyage avec sa bourse d'études.
« Je suis parti du Sénégal un an après avoir embrassé l'idéologie de Daesh », a encore déclaré Gassama. « Rejoindre l'Etat Islamique en Libye été relativement facile et accessible. Je voulais contribuer à l'établissement d'un califat en Libye. "
Interrogé sur ce qu'il faisait là-bas, il a répondu : « Je suis un médecin djihadiste! »
" Des sources de propagande et de sécurité de Daesh confirment que des combattants de pays comme le Tchad, le Ghana, le Sénégal et le Nigeria sont déjà en Libye, où le groupe consolide sa présence.
Le nombre de jeunes Subsahariens présents en Libye n'est pas encore précisé, mais ils sont une minorité parmi le groupe de combattants qui tourne entre 3 000 et 6 000, la plupart provenant de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
" La Libye est plus proche et plus facile à atteindre que la Syrie pour certains combattants africains. Le chaos politique qui y règne a ouvert l'espace aux combattants qui y entrent facilement », a déclaré Andrew Lebovich, chercheur associé au Conseil européen des relations étrangères, spécialisé sur l'Afrique du Nord et le Sahel.

Dons du Golfe
Les diplomates occidentaux notent une augmentation du conservatisme tout au long des pays bordant le Sahel, sans doute sous l'influence des dizaines de millions de dollars par an que les Etats du Golfe leur allouent au titre de charité.
Au Niger, certains chefs religieux appellent même à une «ré islamisation» pour contrer la laïcité imposée par l'ancienne puissance coloniale, la France.
Les signes sont déjà visibles dans la capitale, Niamey, où certaines femmes portent le voile intégral et paient même des tarifs plus élevés pour éviter de partager des taxis avec les hommes.
Les organismes de charité du Golfe nient tout lien avec des groupes radicaux et précisent que leur argent est alloué à la nécessaire solidarité entre musulmans, mais des sources locales disent qu'il se peut que cet argent servent à d'autres fins. 
" Les contributions sont certes destinées aux pauvres et à construire des mosquées, mais sont souvent détournées dans la mauvaise direction», a déclaré Bakary Sambe, directeur de Timbuktu Institute et coordinateur de l'Observatoire sur le radicalisme religieux et les conflits en Afrique.
A Ziguinchor, ville natale de Gassama, la mosquée du quartier des HLM qu'il habitait, est financée par une agence koweïtienne appelée Musulmans d'Afrique (AMA).
Le directeur de AMA, Almany Badji nous rapporte que cette mosquée fait partie de la centaine de mosquées qu'il a financées en Casamance. La mosquée que Gassama fréquentait à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar avait aussi des penchants salafistes. 
Bakary Sambe déclare : " Gassama n'a pas dit qui l'a aidé à se joindre à Daesh il y a plus d'un an, se référant uniquement aux «directives» reçues au Sénégal. "
" Grâce à des rencontres avec des chercheurs locaux, il est devenu clair que le djihad était mon devoir musulman", a t-il déclaré à Reuters.
Ses amis et la famille ont déclaré que le seul changement qu'ils avaient remarqué avant son départ était un code vestimentaire plus salafiste.
"Son pantalon était plus court et n'atteignait pas la cheville, a déclaré son père, Boucar Gassama, un fonctionnaire à la retraite, entouré des frères et sœurs de Gassama dans la cour ombragée de sa maison. Mais je ne pouvais pas savoir qu'il avait été radicalisé."

Appel à des réformes
L'Afrique de l'Ouest est de plus en plus préoccupée par les recrutements opérés par Daesh et d'autres groupes militants après les attaques subies au Mali, au Burkina Faso et en Côte-d'Ivoire.
Modou Faye, professeur de Gassama, affirme que les étudiants ont besoin de plus d'encadrement dans l'apprentissage du Coran. 
La Mauritanie a fermé plusieurs écoles coraniques pour des raisons de sécurité, ont indiqué des responsables.
Au Mali, où une insurrection islamiste s'intensifie, certains réclament des contrôles sur les mosquées et les ONG.
« Nous devons faire le point sur les risques potentiels de collusion entre la société civile et les terroristes. Pour mieux surveiller les endroits où la radicalisation se produit, il faut garder un œil sur tous les individus suspects comme les prédicateurs radicaux et tracer leurs fonds », avait déclaré l'ancien Premier ministre, Moussa Mara.
Mais d'autres disent que la stigmatisation des groupes islamiques jihadistes est risqué. Priver les communautés pauvres de services tels que des orphelinats et des voyages d'études gratuits vers l'Arabie Saoudite pourrait provoquer une réaction.
" Un homme politique qui tente de juguler ce risque peut perdre son électorat ", selon Moulaye Hassane, chercheur à l'Institut de recherche et des sciences humaines du Niger, et ancien ambassadeur du Niger en l'Arabie Saoudite. " Je pense qu'ils ont peur! "
Jeudi 31 Mars 2016
Dakaractu




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