ET SI ON PHILOSOPHAIT ENCORE…

Le pouvoir fait sans doute autant fantasmer que l’anneau de Gygès. Celui qui le détiendrait serait tout puissant et pourrait « faire ce qui lui plait ».


 ET SI ON PHILOSOPHAIT ENCORE…
Evidemment, la réalité prouve, tous les jours, que tel n’est pas le cas. Dans son dernier ouvrage « Jours de pouvoir », Bruno le Maire, ancien ministre de l’Agriculture de Sarkozy et ancien normalien affirme à juste titre que l’expérience du pouvoir est d’abord celle de ses limites : « la vie du pouvoir est une expérience de ses limites ; et plus le pouvoir est haut, plus les attentes sont grandes, plus les limites sont fortes » (P254, Gallimard 2013). Cela est vrai pour  tous les pouvoirs et particulièrement des pouvoirs dans les systèmes démocratiques.
Même en France ou au Sénégal où existe un « régime présidentiel » fort où le chef de l’Etat est une sorte de « monarque républicain », celui-ci n’a pas une marge de manœuvre illimitée. Ni politiquement et encore moins économiquement.
La France profite des avantages de l’Union économique européenne et subit les contraintes qui vont avec. L’Allemagne, première puissance de la zone pèse d’un poids déterminant et la France doit faire avec.
Et l’Allemagne, toute puissante qu’elle est en Europe n’est que la 4ème économie du monde et doit donc tenir compte des rapports de force réels avec les autres géants que sont les USA, la Chine et le Japon. Lesquels pays n’étant pas cependant assez puissants pour se passer des pays producteurs de pétrole, de certains minerais, de produits agricoles et / ou technologiques, etc.
Bref, dans la mondialisation, tout pouvoir, aussi fort soit-il, est aussi relatif. Ce constat de bon sens permet de jeter un regard lucide sur les difficultés auxquelles font face les présidents Hollande et Macky Sall, à des degrés divers.
Après un an de pouvoir, l’un et l’autre restent «  dans le dur ». La crise perdure et les actions courageuses entreprises ici et là-bas tardent à générer des résultats probants. Conséquence : les populations s’impatientent et les déceptions s’expriment de plus en plus ouvertement. Les opposants profitent de l’occasion et cherchent à faire oublier le débat sur l’héritage.
Pourtant celui-ci ne peut être occulté. En France, l’endettement massif laissé par la Droite (600 milliards d’euros) en 10 ans et, au Sénégal, la gestion gabégique de Wade pendant 12 ans, sont des causes majeures de la situation économique difficile que traversent les deux pays.
Mais si tout analyste objectif reconnaît qu’on ne peut changer la donne en un an, les citoyens – électeurs eux, dans leur immense majorité, ne veulent voir qu’une chose : un changement réel qui se traduit par une situation économique meilleure pour les ménages, les consommateurs, les travailleurs, etc. Pour eux, les promesses sont une dette. Elles doivent être tenues. Ils ont raison.
Lorsqu’on s’engage à convoiter le pouvoir, il faut, une fois qu’il est conquis, prouver ses capacités à changer positivement le réel. Et c’est possible. Sans doute n’est-il pas possible de tout faire ; mais il faut obtenir des résultats majeurs voire spectaculaires pour pouvoir aspirer à un second mandat.
OBAMA a réussi à relever le défi en permettant à plus de 30 millions d’Américains à obtenir une assurance – maladie. En sauvant l’industrie automobile américaine et en ralliant massivement les votes africains – américains, latinos et asiatiques. Mais ce sont ses résultats économiques qui ont fait la différence ; même si les « flops » de son rival républicain ont aussi pesé sur la balance.
Alors Hollande et Macky Sall doivent se le tenir pour dit : seuls les résultats sur le terrain appréciés positivement ou non détermineront le choix des électeurs. On peut penser pour Hollande qu’il est tombé tellement bas dans les sondages avec moins d’un français sur quatre satisfait  de son action qu’il ne peut plus que rebondir. Cependant la question est de savoir d’où viendrait l’embellie ?
Quant à Macky Sall, il a, au moins, deux bottes secrètes à savoir le projet de « bourse familiale » et la couverture maladie universelle qui devraient booster sa popularité au sein des couches sociales les plus défavorisées.
Il doit aussi prier pour un « bon hivernage sans inondation ». Et pour accompagner les prières, il faut veiller à l’approvisionnement en semences de qualité et prendre les mesures idoines pour prévenir les inondations.
C’est sur le terrain que le rendez-vous décisif aura lieu. Non sur les plateaux-télé, les arènes de lutte, les salles de spectacles, etc.
La communication prépare, accompagne et met en lumière une action efficace sur le terrain. Elle ne peut ni se substituer à l’absence de  résultats ni exorciser un échec patent.
Bien sûr qu’on peut faire de la propagande ou du « griotisme » ; mais l’efficacité de telles pratiques, en démocratie, est douteuse. Si elles permettent à certains flatteurs de vivre aux dépens de ceux qui les écoutent ; elles finissent toujours par se retourner contre ceux qui s’en délectent.
Le pouvoir ne peut pas tout ; mais il peut beaucoup pour servir d’abord et avant tout l’immense majorité des populations. Par exemple, les 65% d’électeurs qui avaient voté pour Macky Sall au deuxième tour.
 
Mouhammadou M. DIA
Prof de Philo - Journaliste
 
Lundi 6 Mai 2013
Dakaractu




1.Posté par Le neveu le 06/05/2013 19:08
Monsieur Dia,

Bravo pour votre article pertinent avec une analyse lucide et objective.

Je suis fasciné par la cohérence de vos écris sur Macky Sall et son régime. Prions tous pour une hivernage avec beaucoup de baraka

2.Posté par Mouaha le 06/05/2013 22:09

Bravo Monsieur Dia. Sauf que "faire de la propagande ou du griotisme" c'est exactement la pratique dans laquelle vous excellez Monsieur Dia. Et flatter ceux qui avaient eu le malheur de vous prêter un bout d'oreille pour vous permettre de mettre de l'huile d'olive sur vos épinards secs français est tout ce que vous avez pu offrir.
C'est avec beaucoup d'amusement que nous observons vos petites manigances et minauderies pour rentrer dans les grâces.

Philosopher, Monsieur Dia, c'est autre chose que d'essayer de donner un habillage "technologisant" à un discours inconstant et inconsistant. Les "cadres de la Génération du Concret" que vous avez essayé d'impressionner puis de manipuler en savent quelque chose. N'est ce pas Astou Dienf Ka, n'est ce pas Chimère ???

Philosophe et journaliste? Humm situationiste et griot à louer plutôt.





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