ENQUETE SUR LA MORT DE BASSIROU FAYE (Exclusif) : Ces éléments qui plombent l’expertise médico-technique


ENQUETE SUR LA MORT DE  BASSIROU FAYE (Exclusif)  : Ces éléments qui plombent l’expertise médico-technique
Retrouvé mort le 14 août dernier sur les pavés du campus social de l’Ucad (Université Cheikh Anta Diop)  à l’issue de heurts entre forces de l’ordre et étudiants, l’étudiant Bassirou Faye a vu son corps passé au laboratoire de la médecine légale : l’autopsie ! Un examen qui consiste à déterminer scientifiquement les causes exactes de la mort d’une personne. Au délibéré, les résultats du médecin légiste de l’hôpital Le Dantec sont sans appel !  A en croire les conclusions de l’homme de l’art, le défunt étudiant « a été tué par une arme à feu », ce que tout le monde savait du reste. D’après le spécialiste, la balle a atteint le défunt au crâne.  Les compétences de l’homme de l’art s’arrêtent là.  Pour le reste, notamment la détermination du type de balle et le calibre de l’arme utilisée par le tueur, cela relève d’autres compétences. C’est pourquoi, le procureur de la République chargé de piloter l’enquête confiée à la Division des investigations criminelles (Dic) de la Police a fait recours à un expert balistique français officiant au centre hospitalier universitaire (Chu) de Bordeaux. Il s’agit du Dr Alain Miras, médecin légiste doublé d’un expert balistique. De quel type d'armes a usé le tueur de Bassirou Faye ? Quel était le calibre de la munition ? La distance entre le tireur et la victime ? La position du tueur ? Ce sont des questions essentielles auxquelles Dr Alain Miras doit apporter des réponses exactes. Pendant ce temps, l’opinion sénégalaise s’interroge : A qui profite le crime ? Bavure policière ou assassinat ? Infiltration politiquement criminelle ou infiltration policière d’agents hors service ? Représailles préméditées ou accidentelles ?  Inutile de vous dire que ces questions n’intéressent guère l’expert français du fait que son travail se limite à produire un rapport d’expertise balistique médico-technique pour permettre aux enquêteurs de la Dic de localiser le type d’arme ayant coûté la vie à Bassirou Faye, de déterminer le calibre et d’identifier l’auteur. Un exercice délicat mais « impossible » pour un brillant expert en la matière.
D’abord, « Le Témoin » est en mesure de vous préciser que le médecin légiste et la police ont déjà facilité la tâche au Dr Alain Miras en lui remettant toutes les données nécessaires : le cliché scanner de la tête pour lui permettre de déterminer la trajectoire de la balle, la cause médico-légale de décès ou le certificat de genre de mort, les vêtements de la victime, l’audition des témoins, l’examen des blessures (diamètres) c’est-à-dire l'orifice d'entrée (oe) et l'orifice de sortie (os) de la balle, les photos de la reconstitution des faits, le plan de la configuration des lieux du crime etc... 
Quelle arme pour telle balle, M. Minas ?
Au nombre des éléments fournis par la police à M. Minas, il ne manquait que la balle puisqu’elle n’a pas été retrouvée dans la tête de Bassirou Faye. Ce qui laisse supposer que le projectile a  traversé la tête du défunt avant de ressortir. Une chose est sûre, la douille est portée disparue du fait que les enquêteurs de la police ne l’ont pas retrouvée sur les lieux du drame. Or, cet élément (la balle ou la douille)  est essentiel pour déterminer le type d’arme à la comparaison. Parce qu’en matière d’expertise balistique, lorsque l’on ne dispose d'aucun indice au sujet de l'arme utilisée, on peut comparer les  balles ou les douilles ramassées  aux armes et munitions dont sont dotées les forces de l’ordre ou qui sont gardées dans les collections d’armements. Les militaires, notamment les artificiers  de l’Armée, vous le diront :  chaque arme a sa propre  « signature mécanique » ou « empreinte digitale ».  Cette « empreinte »   se caractérise par des sillons uniques ou traces  visibles sur la surface de la balle tirée après avoir frotté la douille. Malheureusement, jusqu’au moment où ces lignes étaient écrites, la balle et la douille n’étaient pas encore retrouvées pour les besoins de l’expertise balistique. 
La police sénégalaise dispose, en général, d’armes de guerre de 9 mm capables de fendre voire de faire éclater un crâne à bout portant ou à une distance de moins de 25 mètres. Or, pour le cas de Bassirou Faye, la balle a simplement traversé la tête de la victime. Poursuivie par la clameur politique et estudiantine, la police est à tort ou à raison accusée d’avoir tiré et tué… Mais si on vante  l’efficacité et la fiabilité de la science balistique, c’est parce qu’elle a fait ses preuves sur la base d’éléments matériels (douilles, traces, étuis, canons, munitions, calibres, éclats, blessures, cratères etc) et non sur la base de simples témoignages humains.   Et encore, des témoignages obtenus de quelle manière !  Certes, toute perte humaine est douloureuse et regrettable surtout s’il s’agit de celle d’un jeune étudiant lâchement fauché à la fleur de l’âge, mais de là à se précipiter pour désigner des coupables, il y a un pas qu’il convient de ne pas franchir ! Certes, il est difficile de disculper ou de blanchir la police dans ce meurtre puisque c’est à la suite d’affrontements l’ayant opposé à des étudiants que cette mort est survenue. Mais à cette étape de l’enquête et de l’expertise balistique,  il convient encore une fois de faire preuve de la plus extrême prudence. Expertise balistique ? Quant à nous, l’évocation de cette science relative à tout ce qui est balles, projectiles, tirs etc. nous donne la chair de poule depuis l’assassinat de l’étudiant Balla Gaye. A l’époque, l’expert balistique auquel avait fait appel le gouvernement, et qui officiait au laboratoire  de police scientifique de Lyon  (France) avait incriminé un fusil de marque Mas 36 en prétendant que c’est l’arme qui avait tué l’étudiant. Or, le médecin légiste de l’hôpital Le Dantec avait eu à constater sur le corps du défunt des orifices d’entrée de 6,37 et 6,57 millimètres de sortie. Il ressort de l’enquête de la police  qu’après avoir reçu la balle, l’étudiant avait parcouru une distance de 137, 75 mètres avant de s’affaler sur terre. Or, le fusil Mas 36 est une arme de guerre redoutable dont un seul coup suffit pour  écrabouiller un éléphant. Ce sur place à une distance moins de 200 mètres. Mieux, le Mas 36 est une arme capable de percer un blindage de 5 mm d’acier à 400 mètres de distance. On se demandait alors comment le défunt Balla Gaye avait-il pu parcourir plus de 137 mètres  avec une balle aussi destructrice que celle d’un Mas 36 doté d’un calibre 22 ? On se souvient que, durant le procès de l’accusé, c’est à dire le policier Thiendella Ndiaye, le brillant avocat de la défense le commandant Mamadou Wane, expert en balistique non-agréé, avait démonté pièce par pièce l’expertise « douteuse » de l’expert lyonnais en démontrant les capacités et les possibilités des « Mas 36 » qu’avaient les forces de l’ordre lors des affrontements ayant coûté la vie à Balla Gaye. Une plaidoirie payante et convaincante du fait puisque, à l’arrivée, le policier Thiendella Ndiaye avait été acquitté.  En dehors de l’affaire Balla Gaye, le laboratoire de Lyon s’était aussi rendu tristement célèbre par une autre erreur balistique. C’était dans le cadre de l’affaire Grégory, du nom de ce jeune  garçon de 4 ans retrouvé mort et ligoté dans la forêt de Boulogne. L’enfant avait été retrouvé pieds et poings liés par une cordelette tandis qu’un bonnet couvrait son visage. Réquisitionné pour les besoins de l’expertise balistique, le laboratoire de Lyon avait conclu que les fils servant à attacher Grégory étaient identiques à ceux retrouvés dans la cuisine de la famille. Cela avait suffi au juge d’instruction pour inculper et placer sous mandat de dépôt la maman de Grégory. Il a fallu  que deux laboratoires allemands soutiennent le contraire des conclusions du labo lyonnais pour que la maman soit libérée et blanchie, faute de preuves ! 
Souhaitons que l’expert français Alain Minas reconnu pour sa compétence et son expérience avérées nous aidera, cette fois-ci, à élucider l’assassinat de Bassirou Faye afin que l’auteur (ou les auteurs) soi(en)t identifié(s) et puni(s). 

Le Témoin 
Article paru dans « Le Témoin N° 1176 » –Hebdomadaire Sénégalais ( SEPTEMBRE 2014)
 
Lundi 1 Septembre 2014




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