ELECTION DU MAIRE AU SUFFRAGE UNIVERSEL DIRECT : LE VRAI DÉBAT !


ELECTION DU MAIRE AU SUFFRAGE UNIVERSEL DIRECT :  LE VRAI DÉBAT !
Le vrai débat ! Jamais, débat n’a été aussi opportun que celui axé sur ce type d’élection. En combien d’occasions, a – t il été posé par l’opinion publique, à chaque fois qu’il s’est agi de solliciter le suffrage des populations locales ? A cette question, les prétendants à la magistrature municipale ont toujours eu du mal à opposer une réponse pertinente.  Très salutaire que le dialogue national, à travers  la commission présidée par l’édile Robert SAGNA,  vingt cinq ans de magistère, ait engendré la crevaison de cet abcès dont le peuple sénégalais a tant souffert, notamment depuis l’entrée en vigueur de la loi 96 –  06 du 22 mars 1996, portant code des collectivités locales.
C’est une nécessité que de rappeler le mode d’élection du maire et ses conditionnalités. L’article 95 du code général des collectivités locales stipule : « Le conseil municipal élit le maire et les adjoints parmi ses membres sachant lire et écrire.
Le conseil municipal est convoqué par le représentant de l’Etat dans les quinze jours qui suivent la date et la proclamation des résultats.
L’élection du maire et de ses adjoints a lieu au scrutin secret et à la majorité simple. 
Si après deux tours de scrutin, aucun candidat n’a obtenu la majorité absolue, il est procédé à un troisième tour de scrutin et l’élection a alors lieu à la majorité relative. En cas d’égalité de suffrages, le plus âgé est déclaré élu. »
Dans le même sillage, l’article 98 du même code s’intitule ainsi : « Le maire et les adjoints sont élus pour la même durée que le conseil municipal. ».
Est-ce que la lourdeur de cette tâche ne nécessite pas des conditionnalités plus sévères quant au choix de l’organe exécutif de la collectivité ? Est-ce que savoir lire et écrire suffisent pour pou voir présider les destinées d’un conseil municipal ? Une enquête de moralité sur la personne de l’aspirant à ce poste, ne devrait elle pas être un préalable à tout, comme cela a toujours été de rigueur, autrefois, dans ce pays, surtout du temps du Président SENGHOR ? Est ce qu’un profil inhérent au poste ne devrait pas être défini par les pouvoirs publics afin de décourager certains plaisantins qui voudraient s’amuser avec l’avenir de milliers de personnes ? Quid d’un niveau d’études minimal exigé pour ce dernier, lui permettant de pouvoir comprendre et de faire comprendre tout cet arsenal de textes réglementaires, je parle aussi des comptes administratifs, de gestion, du processus budgétaire. A mon humble avis, il faut impérativement que le peuple, à travers sa représentation,  se prononce sur ce point précis qu’il faut discuter sérieusement et évacuer pour de bon.
Sous ce rapport, selon moi, le postulant doit avoir un minimum de temps de vie dans la localité qu’il prétend diriger, à défaut d’y être né, d’y  avoir grandi, d’y avoir un titre foncier, ou qu’un de ses parents y soit titulaire d’un titre de propriété. Cela est très important ! Et ce temps vécu dans le territoire en question, doit être bien défini par le législateur. A mon sens, même le conseil de quartier dont il relève devrait même pouvoir se prononcer sur l’éventualité de sa candidature.
Aujourd’hui que celle de tout citoyen est légitimée par la consultation référendaire du 20 mars 2016, quelques garde – fous capables d’éviter les fanfaronnades d’énergumènes, à la recherche de notoriété sur le dos des populations et qui ne font qu’amuser la galerie, devraient, aussi, baliser tout ce processus ; ne serait ce que par respect aux populations, et par souci d’éviter le gaspillage des ressources de l’Etat, eu égard à la confection de bulletins de votes en quantités industrielles, que cela requiert. Car c’est un combat de haute portée,  interdit aux simples d’esprit et aux chercheurs de profits qui se prennent trop au sérieux, se permettant de faire fi de l’ ignorance de leurs propres limites.      
Selon une bonne partie de l’opinion publique, cette élection n’est qu’un leurre. Parce que présenter aux populations une liste de potentiels élus municipaux  afin de solliciter leur onction pour briguer la majorité des sièges d’un conseil municipal local, et en sortir le futur maire, comme une aiguille tirée d’une botte de foin, à l’insu de leurs mandants, frise l’irrespect à leur l’endroit. Compte tenu du sérieux qui sous – tend la conduite des affaires de la localité, les populations méritent autre chose que de se faire berner par une de ces sortes de duperie dont certains hommes politiques sont orfèvres en la matière.
Les égards dus aux populations  par leurs élus, et la foi de ces derniers à leur épanouissement, à une gestion correcte des affaires de leur cité, à leur profession de foi, doivent, aujourd’hui,  inciter tous les citoyens qui aspirent à siéger dans les assemblées délibérantes de leur localité, à applaudir dès l’évocation de l’idée de l’élection du maire au suffrage universel direct, et se battre pour qu’elle soit chérie et proposée par les pouvoirs publics à l’assemblée nationale, pour son  examen et son adoption. Comme le principe de retenir officiellement que la tête de liste majoritaire de telle ou telle liste sera, d’office, élu maire, en cas de victoire de celle – ci, par exemple.  Là, les populations choisiront librement et c’est le début de toute démarche de transparence et d’application de la démocratie.
En revanche, il faut le rappeler, le type d’élection du maire au suffrage universel indirect est un moment opportun où souvent, des hommes politiques sacrifient leurs homologues sur l’autel des caniveaux, car ces derniers ont eu l’outrecuidance d’ambitionner d’être à la tête de collectivités publiques comme eux. C’est le lieu d’étalage d’un cortège de vilénies inhérentes à la politique. Entourloupes, achats de conscience, reniements, trahisons, hypocrisie sont les choses les mieux partagées durant cette épreuve. Je dis, tout sauf la vertu.
 C’est un moment solennel où la nature humaine se dévoile, à travers ses  facettes multiples. Ceux qui l’ont vécu savent de quoi je parle. L’histoire a démontré  qu’il est arrivé qu’un prétendant à ce poste soit tombé en  syncope, après la publication des résultats, parce que pensant qu’il avait verrouillé le nombre de voix acquises à sa cause, alors qu’au finish, l’argent, arme de destruction massive, est passé par là. C’est des instants où la corruption ravageuse est déployée par les candidats plus ou moins nantis, prêts à faire feu de tout bois pour, juste, se faire élire. Le prix de l’achat de conscience oscille : trois – cents, cinq – cents milles francs par voix, c’est selon.
En vue de sécuriser leur élection au poste de maire, quelques leaders politiques sont allés jusqu’à instruire les conseillers de leur bord, de jurer, devant eux, sur le livre saint de leur religion, quant au respect des consignes de votes de leur parti politique ou coalition, la veille du scrutin. Idem pour cet homme politique expérimenté qui a réussi à se faire élire, en invitant le groupe de conseillers qui lui sont favorables à passer la nuit chez lui, avant de regagner la salle qui devait abriter la tenue de ces élections, le lendemain matin, très tôt. Et ce, pour être à l’abri d’une quelconque forfaiture !
  Une fois élu, parfois, par défaut, quelques fois inconnu par ses administrés, et  malheureusement, si par hasard, il s’agit d’un maire qui est aux antipodes du profil de l’emploi, en ce qui concerne le fonctionnement de l’institution dont  il assure la charge de l’organe exécutif, il ne fait que poser des actes d’amateurisme d’un autre temps. Et, dommage pour les pauvres populations obligées de se résigner, durant tout ce mandat !
A fortiori, s’il n’a pas les capacités minimales de management requises pour fédérer les  énergies, faire preuve de dépassement, et  s’élever au dessus de la mêlée surtout, lorsque, face à des adversaires politiques, ou conseillers indépendants d’esprit, ou non manipulables dont les opinions peuvent être en porte - à  - faux avec les siennes, il arrive qu’ on assiste à la naissance de goulots d’étranglements qui, à la longue, peuvent entraver la marche de l’institution. Notamment, lorsque des conseillers thuriféraires de l’exécutif local s’y invitent avec des arguments en dessous de la ceinture. Au grand dam des populations !  Surtout, s’il a du mal à savoir, qu’en dépit de toutes contingences, qu’il est le maire de tous, sans exclusive ! C’est un nœud de réalités.
De mon point de vue, ce processus électoral doit être bien pensé, dès lors que l’opportunité d’en débattre se présente. Cette analyse concerne le choix des organes exécutifs de toutes les collectivités locales. Par cette modeste contribution, je pense qu’en résolvant cette problématique et en mettant l’accent sur la capacitation des élus  et du personnel desdites  collectivités, articulée à l’esprit civique et à la haute conscience  des responsabilités qui  leur incombent, on pourra prétendre sérieusement à des échelons de gouvernance locale viables, compétitifs porteurs de développement durable, surtout avec l’entrée en vigueur de la phase 2 de l’acte 3 de la décentralisation. Loin d’être un réquisitoire, ce papier n’est qu’une simple opinion d’un citoyen sur la question.
 
                                                      Mame Abdoulaye TOUNKA
                                                           Commune de Dieuppeul - Derklé
Samedi 2 Juillet 2016
Dakaractu





Dans la même rubrique :