Dur de porter une petite compagnie


Dur de porter une petite compagnie
Le partenariat qui rapproche depuis 2009 les compagnies dubaïote et sénégalaise est toujours d’actualité, mais les tares congénitales que traîne le « petit » (Sénégal Airlines) handicapent quelque peu l’envol de la grande (Emirates Airlines) dans l’exploitation du ciel africain.

«Ni au début ni à l’heure actuelle, la compagnie Emirates n’a jamais été actionnaire dans Sénégal Airlines». La précision faite ce week-end par Ernest Dikoum, le directeur régional de la compagnie aux 132 destinations dont 24 en Afrique, se veut claire relativement à la question qui a souvent été agitée. Aussi, le rapprochement entre les deux compagnies qui remonte à 2009, s’est-il limité dans les échanges de systèmes, les systèmes de la compagnie dubaïote étant utilisés par beaucoup d’autres compagnies aériennes comme Air Canada ou encore British Airways.

En somme, le partenariat entre la compagnie sénégalaise et Emirates est « stratégique, technique et commercial », précise encore M. Ernest Dikoum qui rencontrait la presse pour décliner les perspectives de sa compagnie. Toujours est-il que les accords « interlines » établis entre les deux compagnies permettent à la compagnie sénégalaise de faire, pour le compte de Emirates, du ramassage dans la sous-région.

Ces accords dits de « compensation » stipulent que sur un secteur bien déterminé comme Nouackchott, Conakry ou Bamako, par exemple, les deux compagnies se fixent des tarifs qui n’ont rien à voir avec ceux pratiqués par Sénégal Airlines dans les mêmes zones et, sur la base de plateformes électroniques, les passagers sont transportés avec le seul billet de Emirates tout en incluant le coupon du secteur opéré par Sénégal Airlines. En moyenne par mois, ce sont environs 1000 passagers qui viennent de la sous-région, mais qui ne sont pas seulement transportés par Sénégal Airlines et pour cause. Avec deux ou trois avions dont dispose la compagnie sénégalaise, «il est très difficile d’avoir une couverture normale », concède M. Dikoum.

Difficultés, c’est justement ce qui suscite la question aujourd’hui du partenariat avec les deux compagnies, la compagnie sénégalaise ayant récemment frôlé le dépôt de bilan. L’incidence des difficultés de Sénégal Airlines sur l’exploitation de Emirates n’est pas neutre, comme le reconnait M. Dikoum selon qui, «C’est vrai qu’aujourd’hui, ce n’est que Emirates qui émet les billets sur les secteurs exploités par Sénégal Airlines. » Se voulant un peu plus précis, M. Dikoum confie qu’ «une difficulté affectant un partenaire affecte forcément l’autre » et tout étant pas en mesure de se prononcer sur la stabilité voire les difficultés de la compagnie sénégalaise, il indique qu’ «Au niveau opérationnel, lorsqu’un passager achète un billet de Nouackchott, ce billet est un billet de Emirates et à ce titre, celle-ci est autant responsable en cas de manquement dans le transport de ce passager, autrement dit, la responsabilité ultime incombe à la partie qui a collecté les fonds.»

Au constat, ces manquements qui sont souvent le lot de Sénégal Airlines ont pour nom, retards, panne d’appareil, entre autres.
Dans ces cas de figure, Emirates arrive à pallier ce genre de problèmes en utilisant la flexibilité avec les autres compagnies.

Toujours est-il que les opérations de Emirates au niveau de la plateforme de Dakar, statistiquement, dépendraient en partie, à près de 35 à 40% des passagers de la sous-région.

Le déséquilibre
Cependant, la destination sénégalaise se porte bien pour la compagnie aérienne Emirates airlines, malgré une concurrence assez rude. La compagnie dubaïote, en trois ans d’opérations sur la plateforme de Dakar, affiche de bonnes performances, avec des taux de remplissage en croissance. D’une moyenne à la première année de l’ordre de 60%, le taux de remplissage a progressé à 75% en moyenne en 2012. Ce qui, pour le type d’appareil (gros porteurs), est plutôt important, même si le directeur régional concède que «cela ne satisfait pas du tout nos attentes, les secteurs étant très longs d’un point à un autre, avec des coûts d’exploitation élevés.»

Dans ce contexte, la rentabilité d’une destination ne dépendant cependant pas du nombre de passagers qui partent mais aussi qui viennent vers Dakar. Et à ce sujet, le déséquilibre est réel dans la mesure où le point de vente du Sénégal supporte la destination de près de 75%, ce qui signifie que sur le nombre total de passagers transportés, seuls 24% proviennent de l’autre côté. En plus clair, la plupart des passagers entre Dubaï et Dakar sont en grande partie les mêmes passagers qui sont partis de Dakar. Aussi, l’optimisation de rentabilité procède-t-elle de mécanismes plutôt complexes dans la tarification.

Il n’empêche, la présence d’Emirates rapporterait annuellement au Sénégal près de 350 millions de dollars (soit environ 175 milliards de F Cfa).

Les difficultés du partenaire sénégalais de Emirates n’entame en tout cas en rien la bonne santé de la compagnie dubaïote qui, selon le rapport 2012-2013, affiche un bénéfice net de 845 millions de dollars US (plus de 422 milliards de FCfa), en augmentation de 34% sur l’exercice précédent. Malgré les défis externes, le chiffre d’affaires du Groupe atteint 21,1 milliards de dollars US, en augmentation de 17 % sur les résultats de l’exercice précédent

Visa
Si les problèmes de visa sont des questions de souveraineté, le directeur régional de Emirates, en tant qu’acteur du secteur du tourisme, n’en pense pas moins que « La réciprocité des visas ne devrait pas avoir d’impacts négatifs sur la destination sénégalaise. » Dans d’autres pays comme le Vietnam qui reçoit 30 fois plus de touristes que le Sénégal, « il y a un système simplifié d’obtention de visa », indique-t-il. Selon M. Dikoum, « Il ne faut pas que les gens confondent la peine éprouvée pour venir dans un aéroport et le fait d’aller dans une ambassade pour obtenir le visa avant d’arriver dans un pays. »
Le seul souci du directeur régional d’Emirates reste ainsi la mise en place des aménagements nécessaires à l’aéroport pour faciliter les nouvelles transactions qui vont se faire. Et d’ajouter qu’ « on devrait plutôt penser à la gestion du changement qu’au principe de la réciprocité. »

Aux Emirats, indique encore M. Dikoum, « Il a été mis en place un système de visas qui est facilité par la mise en place d’un dispositif électronique. Ainsi, les visas sont déjà dans le système au moment de l’arrivée des passagers qui passent le service d’immigration sans difficultés. »

Sudonline.sn
Mardi 18 Juin 2013




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