Do Black lives really matter ? (par Djiby Ndiaye Gaynde)


Do Black lives really matter ? (par Djiby Ndiaye Gaynde)
Black Lives matter ! Ce cri de ralliement sans concession, sans circonvolution, émerge haut et fort, du fond du coeur des Afro-américains dans l’espoir de générer un écho, voire une onde de choc, à travers le monde entier. 

Ceci dit les consciences sont-elles assez mûres pour en comprendre la tonalité ? 
Trayvon Martin, Eric Garner, Michael Brown, Freddie Gray, Sandra Bland, et des centaines d’autres noms, certains connus, d’autres pratiquement effacés, sont inscrits sur des pierres tombales, comme sur des tableaux de chasse, après avoir été  ‘’ accidentellement ’’ exécutés au nom de la loi. Les noms de Alton Sterling, de Philando Castile, d’Alva Braziel viennent d’être ajoutés à la longue liste, la semaine dernière. Les images ont circulé, des questions restent sans réponses cependant. C’est à croire que la loi ne serait pas toujours le reflet de la justice. 

Revenons en arrière. Pourquoi et surtout comment est-ce que la  ‘’ Southern strategy ‘’ élaborée pendant la période de la lutte pour les droits civiques a contribué à la criminalisation de l’image sociale des Afro-américains ? 

Pourquoi est-ce que Malcolm X a été tué alors qu’il annonçait son intention de créer une Organisation de l’Unité Afro-Américaine, en soutien à l’Organisation de l’Unité Africaine ? 

En 2015 d’après une récente étude du Guardian, un Afro-américain avait 9 fois plus de chance d’être tué par la police que n’importe quel autre Américain. Pourquoi ? 

Pourquoi est-ce qu’Etats-Unis, un Afro-américain sur trois est incarcéré ? Pourquoi est-ce qu’un Afro-américain a de six à dix chances de plus que son compatriote blanc d’être en prison pour un même crime ? 

Pourquoi est-ce qu’entre 1990 et 2010 le nombre de prisons privées a augmenté de 1600%, et que les corporations qui les gèrent génèrent des milliards de dollars de profits ? 

Pourquoi est-ce que les Afro-américains, pris dans le piège social du ‘’ Prison Industrial Complex ‘’ ou complexe industriel carcéral, constituent la majorité de la population sous les verrous, de la ‘’ première démocratie au monde ‘’ ? 

Pourquoi est-ce qu’un jeune Afro-américain vivant dans la précarité a aujourd’hui plus de chance de se retrouver en prison qu’à l’université ? 

Pourquoi est-ce que les Africains considèrent la question raciale aux Etats-Unis comme un problème américain, et non comme une urgence panafricaine ? Ils se sont pourtant bien battus pendant des siècles pour que des nègres esclaves qu’on a voulu faire des captifs descendus du navire, ils se fassent désormais appeler: Africain-américain. Pourquoi est-ce que ’’ Black Lives matter ‘’ ?

Si Cheikh Anta Diop devait réapparaitre dans nos consciences qu’aurait-il murmuré; après avoir dédié son combat à l’éveil des peuples d’origine Africaine, après avoir défendu scientifiquement les thèses d’une Egypte noire, mère-porteuse de civilisation ? Qu’auraient pensé les chantres de la Négritude dont nous récitons les vers avec nos accents polyglottes et controversés, à la manière d’automates instruits ? 

Que penser des rues du cœur de la capitale sénégalaise arborant les noms de Sarraut, de Carnot, de Faure, de Ferry ou d’Hugo; principaux artisans des thèses de la hiérarchisation des races et de l’ impératif colonial ? 

De toute évidence, le débat du colloque des Artistes et Ecrivains Noirs de 1956 sous la direction de feu Alioune Diop (Présence Africaine) n’a toujours pas été résolu. 

Quelle réalité devrait primée: Etre Noir, Africain, Afro-descendant ? 

Les processus historico-culturels ont certes évolué mais les fruits ne tombent jamais loin de l’arbre. Alors allons plus loin, sortons des cases en terre cuite; interrogeons le présent, étrangement sombre. 

Que répondraient les victimes de racisme en Mauritanie, au Soudan, les ressortissants d’Afrique subsaharienne vivant dans les pays du Maghreb, les ‘’abad‘’ éthiopiennes, érythréennes, employées comme bonnes à tout faire, au Moyen-Orient ?  

Qu’en diraient les présumés coupables du délit de faciès dans ces républiques-modèles qui s’interdisent le communautarisme tout haut, mais le pensent tout bas ? 
Et vous, avez-vous peur des ‘’idées noires‘’ ? Est-ce qu’une personne au ‘’cœur noir‘’ vous inspire confiance ? 

N’est-il pas vrai qu’une femme noire est encore plus belle lorsqu’elle a la peau dépigmentée ? 

Tout comme l’appel à l’unité Africaine est né outre-atlantique par l’entremise des Georges Padmore, Henry Sylvester Williams, Marcus Garvey, William E.B Dubois, champions de la cause de la dignité humaine; Black Lives matter résonne de nouveau pour faire réfléchir et inviter à agir avec discernement. 

Depuis les rochers de Gorée, une minorité, un noyau dur pourrait-on dire, répond présent à l’appel, et propose ‘’ African Lives matter ‘’  sans concession, sans circonvolution, en hommage à toutes ces victimes qui meurent dans l’est du Congo pour faire tourner une économie mondiale, à celles et ceux qui bravent l’impitoyable Méditerranée pour chercher une vie meilleure pour eux et leurs familles, sans oublier les Dalits de l’Inde ou hors-castes, de peau noire, rejets de la société, ou encore les minorités afro-latines constamment aux prises avec le racisme institutionnalisé. Pris dans sa singularité, en aucun cas réagir au racisme par la fierté ethno-culturelle permet de féconder de nouvelles perspectives. Ceci étant, si la narration qui nourrit la psychè collective des Africains et Afro-descendants restaure le vrai du faux, restitue au milliard d’Africains et à ces cent millions de descendants historiques, un nouveau sens de leur trajectoire civilisationnelle, et que le débat s’ouvre sur des alternatives constructives; alors le futur sera plus brillant que jamais. 

Do Black lives matter ? La réponse dépendra de l’exemplarité de nos actions, de notre capacité à innover, de la réhabilitation d’une conscience humaine digne, et du sens d’une Histoire que nous voulons conduire, et non plus subir.

Djiby Ndiaye Gaynde, un citoyen qui s’interroge   - gaynde1930@yahoo.com

Djiby Ndiaye Gaynde
Est Enseignant, Auteur, Journaliste 
Dimanche 17 Juillet 2016
Dakaractu 11




1.Posté par TD le 17/07/2016 17:04
bien dit

2.Posté par ASSOUKA le 19/07/2016 13:33
Salut Djibril. Je trouve que nous sommes pris au pièges de nos propres clivages mentaux qui font en sorte qu'en criant "black lives matter" on (Africain) ne se considère pas forcément dans le message et pense d'emblée aux Afro-Américain. De même mon expérience des causes dites africaines (African lives matter pour les multiples génociges) du point de vue de la diaspora trouvait un écho emprunt d'exotisme chez certains caribéens et Afro-Américain. Quelle sera donc l'appelation fédératrice qui fera réagir tout le "Monde Noir" sur tout le globe sur la moindre de nos actions (qui ne doivent pas être limitée ou nous cantonner à de simples cris de victimes mais aussi de rassemblement si ce n'est de guerre quand cela est néçessaire): "Kama as one!?" (suggestion) à vous de statuer sur le cri du coeur le plus adapté à notre marche en avant vers la réappropriation de la destinée de notre civilisation



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