Discours du Président Moustapha Niasse prononcé lors de la séance d’ouverture de la session ordinaire unique 2016- 2017 de l’Assemblée nationale.


Discours du Président Moustapha Niasse prononcé lors de la séance d’ouverture de la session ordinaire unique 2016- 2017 de l’Assemblée nationale.

Honorables Collègues Députés de la 12ème Législature,

Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs les Vice-Présidents,

Madame, Messieurs les Secrétaires Elus,

Madame, Monsieur les Questeurs,

Messieurs les Présidents de Groupes Parlementaires,

Mesdames, Messieurs les Présidentes et Présidents des Commissions Permanentes,

Monsieur le Rapporteur Général du Budget,

Monsieur le Représentant des Non-Inscrits,

Madame la Secrétaire Générale,

Monsieur le Directeur du Cabinet,

Mesdames, Messieurs les Conseillers, Directeurs et Chefs de Service,

Mesdames, Messieurs les Hauts Fonctionnaires des ministères accompagnant les membres du Gouvernement,

Mesdames, Messieurs les journalistes,

Chers Concitoyens,

 

Nous voici, ce jour saint du Vendredi 14 octobre 2016, au seuil d’une nouvelle Session ordinaire unique de l’Assemblée nationale, qui se terminera, si Dieu le veut, au plus tard le 30 juin 2017.

Ainsi, pendant huit mois et demi, notre Assemblée travaillera, sans interruption, et va accomplir ses fonctions essentielles, qui sont de voter la loi, d’examiner, de discuter et d’adopter le Budget de la nation pour l’année 2017.

Cela, dans le cadre de la Loi de Finances initiale, qui sera suivie, lorsque le Gouvernement en aura éprouvé le besoin, de plusieurs Lois de Finances rectificatives, à la mesure des urgences qui interpelleront l’Exécutif, dans la conduite des programmes d’actions pour un développement harmonieux de notre pays. 

Ce sont là, les deux premières missions de l’Assemblée nationale.

La troisième mission de l’Institution parlementaire, après son rôle législatif, est de suivre et de contrôler l’activité gouvernementale, selon les mécanismes prévus par la loi. 

A cet égard, la réforme de la Constitution, issue du Référendum du 20 mars 2016, a accru les responsabilités de l’Assemblée nationale, en lui confiant de nouvelles prérogatives, précisément dans le domaine du contrôle des politiques publiques. Ce dossier, déjà pris en charge par le Bureau de notre Institution, évolue positivement.

Un document approprié est en cours d’élaboration, dans ce cadre. Il s’agit d’une feuille de route qui va sérier les politiques, par secteurs et qui indiquera, pour chaque secteur, ce que devra faire la Représentation nationale.

En quatrième lieu, il relève des missions de l’Assemblée nationale, de représenter les populations, collectivement, par des Députés, pendant la durée de leur mandat. 

Les Députés entendent ainsi observer une présence effective, et plus fréquente auprès des populations des 612 Collectivités locales – 557 Communes et 45 Conseils départementaux -, et, en concertation permanente avec ces collectivités, prendre en charge, in situ, leurs préoccupations.

Sous l’éclairage de ces données, il nous attend beaucoup de travail : légiférer, représenter les populations, suivre et contrôler l’activité gouvernementale, et, de manière quotidienne, à travers des échanges réguliers avec le Président de la République, le Premier ministre et les membres du Gouvernement. Il en est de même dans les travaux des Commissions permanentes et dans les débats, en séances plénières, entre les Députés et les Ministres.

Dans le cadre que voilà, vont reprendre, dans les semaines à venir, les séances publiques consacrées aux questions-réponses, entre le Premier ministre et les membres du Gouvernement, d’une part, et les représentants du peuple, que nous sommes, d’autre part, conformément au Code de conduite qui détermine les modalités pratiques de déroulement de ce type de débats Gouvernement – Assemblée nationale. D’aucuns ont pu, de bonne foi, souhaiter une plus grande fréquence de ces rencontres. 

Il me revient de rappeler que ces rencontres n’obéissent pas  à une nécessité  temporelle, mais se tiennent quand il vient le temps, pour les Députés et pour le Gouvernement, d’échanger sur les sujets de l’actualité nationale, de manière à permettre à l’opinion publique de suivre et de comprendre les réponses à des questions d’intérêt national.

Chers Collègues,

Vous savez tous que, depuis le mois d’août 2012, un train de réformes a été entrepris, dans le cadre de la présente Législature. Plusieurs d’entre elles ont déjà été conduites jusqu’à leur terme.

Ces réformes se poursuivent méthodiquement et avec rigueur, dans l’esprit qui avait inspiré leur conception et leur mise en œuvre.

Les résultats sont là, visibles, palpables, incontestables. Au-delà de janvier 2017, un Symposium sera organisé, à l’initiative du Bureau, pour une évaluation de ces réformes et pour engager les mesures qui conviennent, afin d’en tirer le plus grand profit.

Il y a, aussi, la réforme en cours portant sur la Loi organique qui tient lieu de Règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Les modifications intervenues dans le texte de la Constitution, et qui résultent du Référendum du 20 mars 2016, concernent le contenu du Règlement intérieur.

Lors de la clôture de la dernière session, le 30 juin 2016, j’avais expliqué la procédure qui préside à cette réforme qui empruntera, rigoureusement, l’itinéraire annoncé, étape après étape, pour lui conférer un saut inclusif. Car nous avons le devoir de nous projeter, avec lucidité et générosité, sur le long terme.

     
Mes chers Collègues,

Quid de la rupture ou des ruptures ?

L’option pour la rupture, qui avait été prise avec résolution, dès le début de cette législature, continue de se traduire sans violence, ni dans la parole, ni dans l’action. Pour nous, rupture ne signifie évidemment pas un affrontement ininterrompu avec l’Exécutif et encore moins des séances d’imprécations, de philippiques  ou d’hostilités inutiles. 

La rupture ne peut être celle qu’auraient souhaitée les partisans d’une atmosphère délétère, d’échanges violents et vides de sens, dès lors que la démocratie fonctionne sur la base immarcescible de rapports organisés et volontaires entre une majorité et une minorité, constituant une instance au sein de laquelle la liberté des opinions est sacrée, où celle-ci est protégée, au nom de la recherche sincère de consensus successifs sur les grandes décisions à prendre pour diriger, avec sagesse et sérénité, les affaires d’une communauté humaine.

Il est juste de souligner que la rupture est faite d’innovations originales et de réformes qui portent  le mieux-faire et le meilleur résultat en termes de progrès et d’efficacité dans le travail accompli par l’Assemblée nationale. Elle est dans la méthode, dans les comportements, dans le contenu du travail entrepris et dans la recherche partagée des résultats visés.

C’est dans cet esprit que notre pays connaît et poursuit une expérience démocratique, singulière et généreuse, qui cultive la diversité et les complémentarités qu’elle induit. 

Cette expérience n’est ni simple, ni évidente, mais elle doit être poursuivie, car c’est là que réside l’avenir du Sénégal, dont le drapeau flotte avec fierté dans l’espace des libertés individuelles et collectives sans le respect desquelles l’existence des sociétés ne peut revêtir le sens qui doit être le sien, celui d’un engagement consensuel vers le mieux-être et le plus être, dans la paix et dans la concorde, au profit de tous, et sans exclusive.

Cette volonté et cette réalité expliquent que la conjoncture nationale est marquée, présentement, et nul ne peut le passer sous silence, par le débat sur les libertés, d’un côté, et par le débat, de même intensité, sur les ressources nationales, celles du sol, notamment sur le pétrole et sur le gaz, dans le cadre et dans la perspective des rêves légitimes d’un changement organisé, planifié, conduit avec sérénité, ce changement espéré de la situation économique de notre pays étant du domaine du possible, par rapport à ce pétrole et à ce gaz, découverts au Sénégal, et en grande quantité, selon l’avis des Experts.

Il faut d’abord dire que sans pétrole et sans gaz, le Sénégal, depuis son accession à l’indépendance nationale, a tenu le cap. Et cela, malgré les affres du sous-développement, malgré les crises qui frappent le monde, dans le domaine de la production de biens et de services, dans celui des échanges entre les pays de l’hémisphère Nord, qui ont atteint un niveau d’industrialisation très élevé et ceux de l’hémisphère Sud, souffrant de précarité et de dysfonctionnements cumulés. La plupart de ces derniers ont porté la charge, pendant des décennies, de construire la base d’Etats viables, de créer et de protéger des Institutions respectant les droits humains et les libertés qui s’y attachent. 

Ces pays du Sud, dont le Sénégal fait partie, ont également eu, plus d’un demi-siècle durant, à relever les défis de la recherche du progrès dans la paix et sans contraintes, ce défi s’accompagnant, nécessairement, de politiques publiques à conduire et à rendre efficace, dans un environnement qui n’a pas été toujours facile. 

Jusqu’à présent, les Sénégalais ont vécu et survécu dans la foi, avec dignité et un sens élevé de la conscience qu’ils ont prise de leur propre destin. 

Encore une fois, sans pétrole ni gaz. 

Alors, prenons garde de tomber dans le piège des miroirs aux alouettes et de l’idée prématurée selon laquelle un eldorado étincelant nous attend au bout des recherches, et va mettre fin à nos soucis, en matière de développement.  

Le facteur organisation et travail opiniâtre sera toujours là, présent et lancinant, comme un pré-requis impératif. 

Sans aucun doute, avoir du pétrole et du gaz, c’est souhaitable et c’est bien.

Mais attention, chers Compatriotes ! Car, disposer de ces gisements et redoubler d’ardeur dans le travail, c’est encore mieux.

Des pays ont ces richesses, et, certains d’entre eux n’ont pas vu leurs problèmes se résorber.

S’entendre, se tenir la main, avancer avec lucidité et bien comprendre les bases et les mécanismes de l’économie pétrolière et gazière sont les impératifs auxquels chaque Sénégalais doit porter une attention particulière. Nous pouvons, nous devons réussir dans cette expérience.

Ce pétrole et ce gaz sont,  pour notre pays, et sans doute aucun, un atout important. 

Mais, ils sont aussi le signal d’un défi à relever, avec lucidité et réalisme, le défi d’une planification rationnelle, comme le fait déjà le Chef de l’Etat, Son Excellence M. Macky Sall, pour prendre en compte et en charge les réalités objectives de l’économie pétrolière et celle de l’économie gazière.

Nous lui faisons confiance et nous devons la lui renouveler, sans aucune réserve, car il s’est engagé sur la bonne voie.

Une bonne preuve de la pertinence des choix du Chef de l’Etat, pour une exploitation et une gestion transparente et vertueuse des ressources naturelles de notre pays, est la création, il y a quelques jours, du Comité d’Orientation Stratégique du Pétrole et du Gaz (COS-PETROGAZ).

Cette nouvelle structure, qui sera présidée par le Président de la République, est destinée à prendre en charge ce grand dossier de l’Energie, autour de l’axe Pétrole-Gaz, précisément pour une direction opérationnelle de l’ensemble des aspects et contours, au plan administratif et au plan technique, de l’économie pétrolière et  gazière dans notre pays.

Faut-il rappeler, que les ressources que recèle le sous-sol sénégalais, outre le pétrole et le gaz, qui sont à l’ordre du jour présentement, intègrent aussi les sables titanifères de Djiffer, le zircon, dont notre pays est le troisième producteur mondial, les gisements de phosphate que l’on retrouve autour de Matam, dans le Cayor, notamment à Mboro, Taïba, Pire Gourèye, Kaolack, Linguère et en Casamance, pour le moment.

Il y a aussi, dans la zone de Diogo, non loin de Ngaye Mékhé, des gisements d’ilménite et de rutile. 

Dans la zone de Bakel, à Koussène et Kanomère, dans la zone de Kédougou, des indices de cuivre ont été découverts.

C’est que la question du pétrole-malédiction et celle du pétrole-bénédiction, relèvent - et l’expérience l’a prouvé - du génie créateur des peuples et des dirigeants des pays producteurs, pour faire les choix qui conviennent, quand vient le temps des décisions. Dans la même perspective, notre pays doit former, sans tarder, les élites et les acteurs – techniciens qui s’investiront, avec une maîtrise confirmée, dans la gestion, à tous les niveaux, de ces ressources naturelles.

Pour toutes ces raisons, c’est le moment de lancer un appel solennel à tous nos compatriotes, en leur rappelant que la question des ressources naturelles relève de l’espace et des données économiques et techniques, à maîtriser, avec rigueur et compétence. 

Les secteurs concernés par l’économie pétrolière et gazière sont au nombre de 1.000 au moins. 

Le débat est donc plutôt économique que politique. 

Pour finir sur cette question, je veux souligner que, si Dieu le veut - et les spécialistes du secteur pétrolier le savent pertinemment - entre l’annonce et la confirmation technique des gisements de pétrole et de gaz, géographiquement situés et évalués quant à leurs volumes respectifs et aux types d’hydrocarbures découvertes et l’extraction des produits, il y a des étapes qui sont incontournables.

Il y a les montages techniques suivis de schémas financiers appropriés, portant essentiellement sur les modalités et les coûts d’exhaure des produits – pétrole et gaz -, de la mise en place des équipements de « drilling », c’est-à-dire, sur terre comme en mer, la mise en fonctionnement de «derricks» et de plateformes insubmersibles, protégées contre tous les risques d’incendie, équipements à partir desquels pétrole et gaz sont extraits et recueillis, estimés et chargés sur des bateaux appelés « tankers » ou stockés, quand il s’agit du gaz, dans des « méthaniers ».

Il convient également de tenir compte du volet transport, la construction de ports et de raffineries de dernière génération.

Cette ligne d’action s’appelle le développement.

Ce processus, en réalité, est essentiel dans l’économie pétrolière et gazière.

Et, c’est là qu’il convient de situer toute décision, toute négociation, toute idée de contrats de manière à atteindre deux objectifs : d’abord, obtenir, dans des partenariats sûrs et sécurisés au maximum, les moyens financiers et techniques pour extraire et gérer les bassins de pétrole et les gisements de gaz, en reconnaissant aux bailleurs de fonds la juste rémunération de leurs engagements, étant entendu que l’Etat, pour sa part, veille à recevoir, tout au long du processus d’extraction, de transport, de traitement et de commercialisation des produits, ce qui lui revient de droit, au profit de projets porteurs de progrès et de développement pour les citoyens.

Ensuite, il y a lieu de rappeler et de souligner qu’il faut, nécessairement, un minimum de trois à quatre années effectives, voire cinq, pour commencer de recueillir les premiers barils de pétrole, à partir du moment où les données concernant la situation des gisements et leurs caractéristiques techniques sont connues.

Si j’ai évoqué le dossier des ressources naturelles de notre pays, c’est parce que, précisément, il  revient à l’Assemblée nationale, dans sa mission de contrôle des politiques publiques, le devoir éminent, non seulement de s’intéresser à ce secteur de l’économie nationale, mais encore et surtout, celui de s’informer et de disposer, par cette voie, de données précises et de connaissances suffisantes sur toutes les ressources du pays. 

Cela est possible. Et l’Assemblée nationale dispose déjà de toute la documentation nécessaire. 

Le Bulletin hebdomadaire du Parlement, dans ses numéros 26 et 27 d’avril 2016, a consacré deux numéros spéciaux sur le pétrole et sur le gaz, ainsi que sur les autres ressources naturelles.

Mes chers Collègues,

Engageons nous, avec résolution, dans le travail parlementaire, pour accompagner, pour ceux d’entre nous qui partagent les choix du Chef de l’Etat et ses actions décisives au service de notre pays, le P.S.E. et ses séquences successives, car la preuve est déjà administrée de ce que ce Programme apporte au Sénégal, de ce qu’il a apporté et de ce qu’il reste à produire, jusqu’à l’horizon 2035.

Restons ensemble, dans la libre expression des opinions des uns et des autres, dans le seul but de bâtir un élan national, clair et déterminé, pour continuer de construire les étapes d’un développement progressif, ouvert et pacifique, dans notre pays, avec et autour du Président Macky Sall. 

La violence, dans le verbe comme dans l’action, n’a jamais produit que confusion, arriération, retards inutiles et vanité. 

Faisons, sur nous-mêmes, l’effort qui renforce l’unité nationale sur l’essentiel, et qui met, de côté et à l’écart, les temps perdus et les adversités irascibles, pour rester des hommes de pensée et d’action, jouissant de la plénitude de leurs capacités de se dépasser et de s’oublier quand les interpellent les urgences de la nation et les impératifs du progrès partagé.

Mettons-nous au travail. 

Le Sénégal se trouve à la croisée des chemins, sur la longue ligne de l’accomplissement de son destin. 

Cultivons le dialogue, la concertation, les synthèses et les compromis dynamiques et mettons fin, au nom du Seigneur, aux querelles inutiles.

Notre pays mérite mieux. Et il a droit à plus.

Que le Seigneur bénisse le Sénégal, pays de croyants, hommes et femmes de foi.

Je vous remercie de votre attention.

Moustapha Niasse

Vendredi 14 Octobre 2016
Dakaractu



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