Dialogue national : conversion tardive ou ultime duperie ? (par Ibrahima Thiam)


Le mot "dialogue" vient du grec "dialogos" formé à partir de deux préfixes  : "Dia" qui signifie à travers, entre et "logos" qui signifie "la parole, la raison, le discours". Comme l'indique l’étymologie, le dialogue fait appel à la raison et à l’écoute. Le but ultime dans ce type de communication est de trouver une complémentarité des points de vue, de rechercher ensemble et de manière désintéressée, le consensus.

 Le dialogue  permet de résoudre des crises ou des conflits qui menacent les fondements de notre société. Il a donc pour objectif de rechercher la cohésion ou la remise en marche d’un système politique jugé défaillant. 

Le dialogue national révèle ainsi le passage d’un dispositif « vertical», celui où un président s'affranchit du « parti pour la patrie» afin de sortir de l'impasse.

 C'est  un des vecteurs essentiel et nécessaire pour obtenir l’adhésion et sans doute, apporter une contribution constructive et positive de tous les acteurs de la vie politique. Alors, comment associer les leaders politiques et civils sans provoquer leur frustration mais au contraire leur implication et leur engagement ? Comment les solliciter de manière opportune et appropriée ? À ce titre, quels enseignements pouvons nous tirer du dialogue national voulu par le Président Macky Sall ? 

Une des premières réponses - qui semble évidente ! – est de positionner le débat public bien en amont de la décision, de façon à ce que plusieurs options soient encore ouvertes, et qu’il soit encore possible d’en examiner ou co-construire de nouvelles. Cela implique d’une part, que le pouvoir  accepte d’organiser un débat sur le sujet, et d’autre part, qu’il ait la volonté politique de tenir réellement compte des résultats qui en émergent pour élaborer leur décision.

Nous constatons malheureusement qu’il intervient un peu tard. Mais les puristes répliqueront : "mieux vaut tard que jamais". Néanmoins on ne peut s'empêcher de s'interroger. Le président Macky découvre assez tardivement les vertus du dialogue ou de la démocratie dite participative. Il veut aujourd'hui se convertir en  un vaillant défenseur de ce concept, sans réellement y croire. Le passage en force et sans consultation de l’acte 3 de la décentralisation et le référendum précipité du 20 mars révèle l'autoritarisme dont fait preuve Macky Sall dans l'exercice de ses fonctions."Je veux réduire l'opposition à sa plus simple expression". Cette assertion du Président Macky Sall traduit amplement  son sens du dialogue.

Il y a fort à parier que ce dialogue national aux allures d'un  « NDEUPE» politique n'aboutira à rien, mise à part  peut-être à une éventuelle libération de Karim Wade. C'est l'ultime duperie d'un pouvoir en perte de repères et en mal d'inspiration. Il  faut surtout se rendre à l’évidence que ce régime est à bout de souffle. Plus que sa méthode, c’est l’homme politique qui est en cause. 
 
Alors même qu’ils ont déployé beaucoup d'énergie pour un véritable changement de gouvernance, les Sénégalais peuvent se demander si les dieux ont conspiré pour leur offrir un chef d'etat aussi incompétent que médiocre. Lorsqu'on sème l'illusion,  on récolte la désillusion et le mépris. 

Ce dialogue national sur fond de « deal » politique n'honore en rien la république. En effet, cette mascarade orchestrée par Macky Sall exclut toute réflexion fondée sur des principes d'une concertation citoyenne et démocratique.

Le Président Pape Diop, très attaché aux vertus du dialogue a eu raison de ne pas participer à cette concertation « Mackyllée».

Ibrahima Thiam
Bokk Gis Gis France
Dimanche 5 Juin 2016
Dakar actu




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