Diabète au Sénégal : Sur les 400 000 diabétiques, seuls 60 000 cas officiellement diagnostiqués au centre Marc Sankalé de l’hôpital AbassNdao de Dakar


Diabète au Sénégal : Sur les 400 000 diabétiques, seuls 60 000 cas officiellement diagnostiqués au centre Marc Sankalé de l’hôpital AbassNdao de Dakar
La prise en charge effective des 400.000 diabétiques que compte le Sénégal est une préoccupation pour le ministère de la Santé et l’Association sénégalaise de soutien aux diabétiques (Assad). En effet, sur les 400 000 diabétiques, plus de 300.000, soit les 80 %, ne sont pas suivis médicalement. L’information a été donnée par le directeur du centre de diabétologie Marc Sankaléde l’hôpital AbassNdao de Dakar, le professeur Saïd NourouDiop, qui est lui-même un spécialistedu diabète. Conscient de cette situation grave de dangers pour les malades qui ne sont pas suivis, le président de l’Association sénégalaise de soutien aux diabétiques (Assad), notre confrère Baye Omar Guèye, invite les autorités sanitaires à protéger les populations contre les dangers inhérents à la consommation de certaines denrées alimentaires. En effet, soutient-il avec force, « la démocratie, ce n’est pas seulement la politique, elle doit aussi être sanitaire, économique et sociale pour permettre aux populations d’accéder aux soins ».
Le diabète est une maladie chronique qui apparaît lorsque le pancréas ne produit pas suffisamment d’insuline ou que l’organisme n’utilise pas correctement l’insuline qu’il produit. L’insuline est une hormone qui régule la concentration de sucre dans le sang. L’hyperglycémie, ou concentration sanguine élevée de sucre, est un effet fréquente dans le sang du diabète non contrôlé qui conduit avec le temps à des atteintes graves de nombreux systèmes organiques et plus particulièrement des nerfs et des vaisseaux sanguins. Près de 347 millions de personnes sont diabétiques à travers le monde. En 2004, on estimait à 3,4 millions le nombre de personnes décédées des conséquences d’une glycémie élevée à jeun. En 2010, le nombre de décès a été du même ordre et plus de 80% des décès par diabète se produisent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.

En Afrique francophone, le Sénégal fait, certes, figure de pionnier dans la lutte contre cette pathologie. Mais les statistiques, d’après le professeur Saïd NourouDiop, directeur du célèbre centre Marc Sankalé créé en 1965, spécialisé dans le traitement du diabète à l’hôpital AbassNdao de Dakar, font état de 350.000 à 400.000 diabétiques diagnostiqués. La plupart d’entre eux ignorent qu’ils sont porteurs de la maladie. A l’heure actuelle, le centre Marc Sankalé, comme l’indique le directeur du centre, Professeur Saïd NourouDiop, a diagnostiqué officiellement 60 000 cas de diabète soit 10% seulement de la population diabétique. Une situation de la maladie qui corrobore les données de la Fédération internationale du diabète et celles de l’Organisation mondiale de la santé qui estiment que, dans les pays comme le Sénégal, 80% des diabétiques ne sont pas suivis dans les structures sanitaires du pays. Ce sont donc autant de malades qui souffrent en silence dans des conditions de laissés-pour-compte.

Selon le professeur Diop, une insuffisante sensibilisation serait à l’origine de cette situation, les populations n’étant pas au courant des méfaits de cette maladie et des conditions dans lesquelles elle peut apparaître. « Il est important de continuer à sensibiliser les populations pour qu’elles aillent se faire dépister en faisant attention aux termes du bon Sénégalais qui dit : ‘’Je préfère ne pas savoir, parce que quand tu vas voir un médecin, il te découvre toujours quelque chose’’. Pourtant, il vaut mieux découvrir le diabète tôt et le prendre en charge correctement avant que les complications ne surviennent », a-t-il expliqué. Et encore si une sensibilisation continue n’est pas mise en œuvre pour informer les populations des risques encourus, « il y aura encore beaucoup de cas » déjà estimés par l’Organisation mondiale de la santé (Oms) à 552 millions de diabétiques dans le monde d’ici 2030 dont 75% des cas vivront dans les pays à faible revenus comme le Sénégal. Il s’agit, pour le diabétologue, de non seulement mettre les moyens — « ce n’est pas beaucoup d’argent » —, mais aussi parler avec les populations pour qu’elles prennent les dispositions nécessaires pour éviter la maladie. L’Oms, justement, incite encore et encore les pays à organiser des activités de sensibilisation.

Le diabète, comme le définit cette organisation, est une maladie qui résulte de facteurs génétiques héréditaires et de choix de mode de vie, et qui survient lorsque le corps ne produit pas suffisamment d’insuline ou n’absorbe plus le sucre dans le sang. En général, cette maladie nécessite un traitement de longue durée. Elle peut avoir des complications graves pour la santé, comme un arrêt cardiaque, et s’avérer coûteuse. La maladie peut être source de complications liées aux pathologies du cœur, des reins ou des pieds. Parlant justement de complications, le pied diabétique occasionne, le plus souvent, une amputation contraignant ainsi le diabétique à vivre avec un handicap. Ce n’est plus un secret de polichinelle. Le diabétique est, en effet, susceptible de développer une lésion imputable à cette pathologie au niveau du pied qui transcende l’âge, le sexe, le type du diabète ainsi que les spécialités médicales et chirurgicales. Cette entité est constituée de trois composantes (vasculaire, neurologique, infectieuse). Ainsi une prise en charge efficace de cette pathologie est très coûteuse car elle impose un plateau technique permettant de réaliser rapidement des explorations vasculaires et neurologiques ainsi qu’une concertation multidisciplinaire impliquant plusieurs spécialités (diabétologues, cardiologues, chirurgiens vasculaires, orthopédistes, radiologues…). Les complications du diabète, comme le laisse entendre le chirurgien Mohamed Lamine Diao de l’hôpital de Saint Louis, engagent de manière générale le « pronostic vital ». Néanmoins, des facteurs de risque podologiques ont été identifiés. Ces facteurs concernent la présence de neuropathie, d’artériopathie, de déformation du pied et d’antécédents d’ulcération et/ou d’amputation. Devant l’apparition de ces éléments, le patient doit tout de suite bénéficier d’une action de prévention et d’une surveillance rapprochée car l’objectif est d’éviter la survenue d’une plaie qui constitue le « primummovens » ou « première impulsion » du pied diabétique.

Il s’agit ainsi de voir comment les cardiologues, néphrologues, dentistes et neurologues peuvent travailler en synergie pour prévenir de nouveaux cas. Le ministère de la Santé et de l’Action sociale, qui a fait de la maladie une priorité, vient de réceptionner un don de glucomètres et bandelettes offert par la société Carrefour Médical du Sénégal et son partenaire Nipro Europe. Des moyens de diagnostic rapide qui, selon le secrétaire général du ministère de la Santé et de l’Action sociale, M. Moussa Mbaye, constituent une belle façon de contribuer à la lutte contre le diabète, dans la mesure où une bonne partie de ce don de 15 millions de francs Cfa reviendra à l’Association sénégalaise de soutien et d’assistance aux diabétiques (Assad) dirigée par notre confrère de la radio Sud Fm, Baye Omar Guèye, et leur permettra de surveiller régulièrement leur taux de sucre. N’empêche, la prise en charge du pied diabétique est une préoccupation majeure pour les praticiens et pour les malades.

Pour cela, les chirurgiens mettent l’accent sur la prévention de ce pied diabétique qui passe par deux étapes, la première étant le dépistage des « pieds à risque » puis la prévention proprement dite. Cette dernière permet de réduire le coût onéreux d’un traitement curatif et, par la même, diminue de manière drastique le taux des amputations chez le diabétique. Elle est donc un atout majeur dans la lutte contre le pied diabétique. Pour cela, comme chaque année, le maître mot reste, selon le directeur du centre Marc Sankalé de l’hôpital AbassNdao de Dakar, la prévention, à travers la sensibilisation, surtout que le diabète est une maladie qui n’était pas très connue en Afrique il y a une cinquantaine d’années. Pour ce qui est des actions de prévention, le chirurgien de Saint Louis les résume ainsi. « Il y a d’abord une éducation du patient à travers l’auto-examen des pieds et une prise de conscience des facteurs de risque. Le personnel de santé aussi doit être ciblé par une formation médicale continue. Il y a ensuite les soins de pédicure –surtout ne pas couper les ongles à ras — et l’appareillage orthopédique voire chirurgical pour pallier aux déformations du pied, éviter ainsi les « faux appuis » et enfin la re-perméabilisation vasculaire pour l’obtention d’un flux circulatoire correct et l’équilibre de la glycémie ».

Le diabète constitue un véritable problème de santé publique, surtout dans la région de Saint-Louis où sa prévalence, d’après les estimations du chirurgien, le docteur Mohamed Diao de l’hôpital de Saint Louis, a atteint le taux record de 10,4%. Les changements alimentaires opérés ces dernières années semblent en grande partie responsables de ce fort taux de diabétiques enregistré dans cette région de Saint Louis. Aujourd’hui, en effet, les Sénégalais mangent gras, sucré et salé. Pour le secrétaire général de l’Association sénégalaise de soutien aux diabétiques (Assad), Baye Omar Guèye, il y a « un réel problème de contrôle et de surveillance des aliments consommés par les populations ». Par conséquent, il invite les autorités sanitaires à protéger les populations contre les dangers inhérents à la consommation de certaines denrées alimentaires, évoquant au passage la prise en charge des diabétiques dans des hôpitaux « confrontés à un problème de soins adéquats pour les complications diabétiques ». « La démocratie, ce n’est pas seulement la politique, elle doit être aussi sanitaire, économique et sociale pour permettre aux populations d’accéder aux soins », a-t-il plaidé.

En tout cas, si rien n’est fait pour changer les régimes alimentaires et enrayer l’épidémie mondiale de diabète, une personne sur dix, d’après les estimations de la Fédération internationale du diabète, pourrait souffrir de la maladie d’ici à 2030.

Maïmouna Faye
LE TEMOIN N°1147 - HEBDOMADAIRE SENEGALAIS / DECEMBRE 2013

Samedi 21 Décembre 2013




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