Des intellectuels sénégalais bénissent l'engagement de Lilian Thuram


Des intellectuels sénégalais bénissent l'engagement de Lilian Thuram
(APS) - Des universitaires et intellectuels sénégalais ont salué, samedi à Dakar, l’engagement de l’ancien international français Lilian Thuram pour la reconnaissance de l’apport des peuples noires dans l’histoire universelle, une démarche intellectuelle matérialisée, selon eux, par son livre "Mes étoiles noires: De Lucy à Barack Obama".
 
Thuram était venu présenter le même jour, dans la capitale sénégalaise, son ouvrage récemment réédité dans le cadre d’un partenariat liant 11 maisons d’édition africaines dont la sénégalaise Papyrus de Seydou Nourou Ndiaye. Cette coédition vise à mettre ce livre à la disposition du grand public à un prix accessible. 
 
Introduisant la rencontre, l’ancien ministre et écrivain Cheikh Hamidou Kane, auteur du célèbre roman "L'Aventure ambiguë" (1961), a déclaré que la lecture de l’ouvrage de Thuram lui a causé "un choc" similaire à celui qu’il a ressenti en lisant pour la première fois "Le Cahier d’un retour au pays natal" d'Aimé Césaire.
 
Or, a-t-il fait valoir, c’est cet ouvrage de Césaire qui l’a fait se sentir noir, tout en l’aidant à s’ouvrir et à ne pas s’enfermer. Il a fait part de son admiration et de sa gratitude pour Thuram pour sa publication ‘’ brillante, érudite et intelligente". 
 
"Tous ceux qui le liront le compteront parmi les étoiles les plus élevées de la constellation", a-t-il souligné, en parlant de cet ouvrage de portraits de femmes et d’hommes, fruit des lectures de l’ex-footballeur et de ses entretiens avec des spécialistes et des historiens.
 
"De Lucy à Barack Obama, en passant par Esope, Dona Béatrice, Pouchkine, Anne Zingha, Aimé Césaire, Martin Luther King et bien d’autres encore, ces étoiles m’ont permis d’éviter la victimisation, d’être capable de croire en l’homme, et surtout d’avoir confiance en moi", écrit l’auteur. 
 
L’historien sénégalais Iba Der Thiam, intervenant lors de la conférence de présentation de la nouvelle publication, a rendu hommage et félicité son auteur qui, selon lui, s’inscrit par son orientation dans la lignée de pionniers tels que le animateurs de la négritude.
 
Il a loué un "travail monumental d’identification, de repérage, de collecte (…) présenté dans un style simple avec une iconographie stimulante (...)", en parlant de cet ouvrage dont l’ambition est, selon lui, de rappeler que les ancêtres des peuples noirs "ont joué un rôle essentiel dans la civilisation universelle".
 
Selon Iba Der Thiam, député à l’Assemblée nationale du Sénégal, ce livre se présente comme une contribution à la tâche de ‘’désaliénation’’ des élites intellectuelles, de la jeunesse, des artistes et hommes politiques noirs, dans un contexte où "la mondialisation crée la pensée unique (…)".
 
"Vous êtes restés fidèles au message de Césaire et de Frantz Fanon (écrivains antillais). Vous venez d’un pays qui a toujours combattu pour la dignité de l’homme noir", a lancé l’historien sénégalais en s’adressant à l’ancien footballeur. 
 
Lilian Thuram, 42 ans, a connu une carrière prestigieuse de football qui l’a conduit dans plusieurs grands clubs européens dont Monaco (France), Parme (Juventus) et le FC Barcelone (Espagne). Le natif de Guadeloupe qui a pris sa retraite internationale en 2008 est à ce jour le recordman des sélections chez les Bleus.
 
Il s’est vu décerner en 2010, par la chancellerie des universités de Paris, le prix Seligmann contre le racisme, pour l'ouvrage qu'il a présenté à Dakar. Ce prix venait récompenser un engagement de plusieurs années notamment au sein de la Fondation Education contre le racisme qu’il a lancée après sa retraite.
 
Dans son ouvrage Lilian Thuram "ne perd jamais de vue une certaine idée de l’homme, l’humanité à laquelle il nous invite, n’est pas un racisme contre un autre racisme, mais démontre ce qui fait l’unité de l’homme sans nier les différences", a pour sa part analysé le philosophe Abdoulaye Elimane Kane.
 
Il a présenté l’auteur comme ''un théoricien de la reconnaissance'', dont les positions peuvent relever d’une critique de la société du mépris, en soulignant que la reconnaissance passe par l’amour, le respect de l’individu comme sujet de droits et de devoirs et l’estime de soi et des autres.
 
"Il faut qu’on renoue avec la culture des causes", a pour sa part indiqué l’ancien ministre de la Culture Abdou Fall, estimant que chacune des étoiles évoquées par Thuram rend compte de la volonté d’une personnalité noire de se battre pour faire avancer la cause du peuple noir.
 
Selon lui, cette perspective doit être rapportée au contexte actuel qui rend compte d’un besoin d’égalité, de fraternité et de coresponsabilité.
BK/AD
Samedi 19 Juillet 2014




Dans la même rubrique :