Des bas-fonds aux robinets : L’histoire de l’eau potable à Ya Moussa


Ya Moussa (Dindéfélo), 15 mars (APS) - L’image est symbolique à plus d’un titre : une petite fille qui offre un pot d’eau au directeur général du Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC). Un instant qui marque une nouvelle ère pour les habitants du village de Ya Moussa, situé la commune de Dindéfélo (est).
 Le geste de la fille fait ressurgir aussi le souvenir du problème d’accès à l’eau dans ce village de quelque 300 habitants. Cinq mois auparavant, l’image de la même fille partie chercher de l’eau dans des conditions difficiles avait marqué l’équipe du PUDC.
 Dans cette localité nichée au milieu de la végétation et au pied des montagnes, le ravitaillement en eau est un parcours du combattant. Il faut creuser dans les endroits où la nappe phréatique affleure rapidement et recueillir une eau boueuse et impropre à la consommation.
Pour rallier Ya Moussa, à partir de Kédougou, soit 25 kilomètres environ, il faut emprunter une piste en latérite avant d’atteindre les cases aux toits en paille.
Rares sont les voitures qui peuvent s’y aventurer. Le vélo et la moto sont les principaux moyens de transport. Pendant l’hivernage, l’accès devient encore plus difficile.
 Ici, il n’y a pas d’école. Pour étudier, les enfants vont à pied à Ségou, un village situé à quatre km, ou à Afia Thiabi Carré, à 1,5 Km. Lorsqu’on tombe malade, il faut aller à Dindéfélo pour se faire soigner.
 Les habitants de Ya Moussa vivent de la culture du mil, de l’arachide et du coton. Ils pratiquent aussi l’élevage et l’orpaillage, une activité connue ici sous le nom de "dioura" et très répandue dans cette zone aurifère. Mais depuis sa création en 1977, Ya Moussa était confronté à un problème crucial : celui de l’accès à l’eau potable.
 
Le problème était tellement sérieux qu’il menaçait l’existence du village. « L’existence du village commençait à se poser sérieusement. Des habitants l’ont quitté », témoigne Mamadou Ba.
 « Les femmes ont beaucoup souffert. Il fallait se lever très tôt et aller creuser le sol, afin de recueillir une maigre quantité d’eau. Quelle eau ! C’était très difficile », se souvient une déléguée de femmes du village, Fatou Traoré.
 La consommation de cette eau boueuse a eu des conséquences sur la santé des populations. Au poste de Dindéfélo, les habitants de Ya Moussa viennent régulièrement se faire soigner de maladies diarrhéiques. Cela emmène le responsable de l’établissement de santé à profiter de la visite d’une équipe du PUDC pour attirer son attention sur l’enjeu de l’accès à l’eau à Ya Moussa.
 Les études préalables à la réalisation d’un forage sont faites et la conduite des travaux confiée au Génie militaire. Résultat : pour la première fois, depuis sa fondation en 1977, le village boit de l’eau potable, grâce au forage construit dans le cadre de l’exécution du PUDC. D’un coût de 20 millions de francs CFA, l’ouvrage réceptionné lundi en présence du maire de Dindéfélo et du directeur général du PUDC, Cheikh Diop, a été réalisé en cinq mois.
 Fonctionnant à l’énergie solaire, ce forage d’une capacité de 3,5 mètres cubes par heure est équipé d’un réservoir d’une capacité de cinq mille litres. Pourtant, le village n’était pas inscrit dans le programme initial.
 Pour le maire de Dindéfélo, Kikala Diallo, qui salue cette réalisation, le PUDC est un « programme de justice sociale », qui met les Sénégalais « sur un pied d’égalité ». Une façon pour lui de dire que le développement ne concerne pas seulement les villes.
 Avec ce forage, les habitants de Ya Moussa s’approvisionnent désormais en eau aussi potable que celle consommée dans les quartiers de Dakar, se réjouit le directeur général du PUDC. « L’eau est un droit (…) Ces populations souffraient d’un manque d’infrastructures. Ce forage rétablit une justice sociale ».
 Il renforce le sentiment d’appartenance des bénéficiaires à la nation sénégalaise », ajoute M. Diop, évoquant déjà la possibilité pour les femmes de pratiquer le maraichage.
 Pour le village de Ya Moussa, dont l’existence était menacée, une nouvelle ère s’annonce. Selon Ibrahima Sory Cissé, 28 ans, et Fodé Cissé, 39 ans, des habitants du village, le nouvel ouvrage aura l’avantage de mettre fin aux maladies liées à l’eau. Surtout, ajoutent-ils : « Les femmes vont désormais pouvoir se reposer ».
Mercredi 16 Mars 2016
Dakaractu




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