Débat présidentiel : ce qu'il faut retenir de l'affrontement Macron-Le Pen

VIDÉOS - Le débat d'entre-deux-tours entre les candidats a été submergé d'invectives pendant 154 minutes. Le Figaro a listé les points clés de ces échanges musclés.
• Des échanges acides d'entrée


Première à s'exprimer, comme le tirage au sort en a décidé, Marine Le Pen tire d'entrée à boulets rouges sur son adversaire: «Monsieur Macron est le candidat de la mondialisation sauvage, de la guerre de tous contre tous (...) tout cela piloté par monsieur Hollande qui est à la manœuvre de la manière la plus claire qui soit (...) Les Français ont pu voir la vraie nature de Monsieur Macron, la bienveillance a laissé place à la médisance, le sourire a laissé la place à un rictus, et la machine de communication du PS a repris les choses en main. (...) La froideur du banquier que vous n'avez jamais cessé d'être a fait surface». Après avoir rétorqué à la présidente du FN qu'elle n'était pas «la candidate de l'esprit de finesse», Emmanuel Macron revendique «l'esprit de conquête» français. Avant d'attaquer à nouveau: «Je ne vais pas vous dire que vous êtes la véritable héritière d'un nom, de l'extrême droite française. (...) La question qui se pose, c'est cet esprit de défaite que vous portez.»




 Dialogue de sourds sur le droit du travail
Interrogée sur sa vision du droit du travail, Marine Le Pen s'en prend à son adversaire en faisant référence à son ancien statut de «ministre de l'Economie». «Pourquoi vous n'avez pas fait profiter le président Hollande de vos recettes? Si vous n'avez pas de recettes, pourquoi vous présentez-vous à l'élection présidentielle? Vous avez fait ce que vous savez faire, vous avez aidé les grands groupes», déclare-t-elle. Puis elle critique la philosophie politique d'Emmanuel Macron : «Vous n'avez pas d'esprit national, vous ne pensez pas à l'intérêt supérieur de la nation».
Le candidat sort de ses gonds et répond vivement aux accusations de sa rivale: «Ce qui est extraordinaire, c'est que vous ne répondez jamais aux questions. Vous ne proposez rien! Moi, je réponds précisément: les TPE-PME veulent plus de visibilité. Je propose donc un accord collectif en entreprise, cela permet une flexibilité afin de garder les emplois. Je suis aussi favorable à ce qu'il y ait des accords de branche pour les petites entreprises», ajoute-t-elle. Le débat dérive ensuite sur Whirlpool. «Vous partez du principe que le Code du travail crée du chômage, c'est ce que me disent les patrons de TPE», assure Marine Le Pen. «C'est clair que vous avez passé du temps sur le parking de Whirlpool à faire des selfies», lui lâche le candidat d'En marche!». «Non, ne méprisez pas encore les salariés», lui répond-elle alors. «Ils vous ont hué!»






La «candidate du pouvoir d'achat» attaque le «candidat du pouvoir d'acheter»
Marine Le Pen détaille ses propositions fiscales et économiques pour redresser l'économie française. «J'ai des mesures pour rendre l'argent aux Français: avec 10% de baisse sur les trois premières tranches d'impôts sur le revenu (...), par la défiscalisation des heures supplémentaires, une baisse du prix du gaz et de l'électricité de 5% car il y a eu des hausses successives (...), et une hausse des petites retraites car vous tapez dessus monsieur Macron. Je suis la candidate du pouvoir d'achat, vous êtes le candidat du pouvoir d'acheter, car dans votre société, tout est à vendre et à acheter, les hommes, les ventres. Chez moi, tout n'est pas à vendre et tout n'est pas à acheter. La France c'est bien autre chose que ça».
«Moi je prends les Français pour des adultes, je ne leur mens pas, répond du tac au tac Emmanuel Macron. Vous faites une liste à la Prévert que vous ne financez pas. Vous faites des cadeaux de baisse d'impôts que vous ne financez pas. Soit vous augmentez les impôts soit la dette et là, c'est nos enfants qui paieront. Marine Le Pen voudrait que je porte le fardeaux des vingts dernières années.» «Les quatre dernières années suffiront», réplique son adversaire, dans ce débat sans aucun temps mort.





• Le ton monte encore d'un cran sur le terrorisme
Pour le candidat d'En marche!, «le terrorisme, c'est la priorité des prochaines années». «Mettre tous les fichés S en prison ou hors du territoire n'aurait pas de sens, tous les professionnels du renseignement vous le diront. Je suis pour une mesure chirurgicale et pas générale comme madame Le Pen», détaille-t-il. Et interpellé par sa concurrente à l'Élysée sur ses liens supposés avec l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), il se veut clair: «Si l'UOIF prononce, invite, mène des activités interdites, je la démantèlerai. Je ne connais pas ses dirigeants, je n'ai pas de relation avec eux». Sur la question des jeunes Français radicalisés sur le territoire, Emmanuel Macron estime que la France a sa «part de responsabilité». «Il faut qu'il y ait une guerre intraitable à l'étranger.»
La sécurité est «totalement absente» de (son) projet, juge au contraire Marine Le Pen. «Il faut qu'on expulse les fichés S étrangers de notre territoire». Elle veut «mettre en œuvre la déchéance de nationalité, fermer les mosquées salafistes, expulser les prêcheurs de haine». Elle accuse son rival d'avoir «une complaisance pour le fondamentalisme islamique». «Ils vous tiennent», lance-t-elle à l'ex-conseiller de François Hollande, citant «l'affaire Mohamed Saou». «On doit créer 40.000 places de prison et expulser les détenus étrangers qui feront leur peine dans les pays d'origine», rappelle également Marine Le Pen.



 



 Rupture totale sur l'Europe
«Avec l'euro, le pouvoir d'achat a diminué», estime Marine Le Pen, favorable au retour du franc dans le porte-monnaie des électeurs. «Les Français auront une monnaie nationale, et il y en aura une autre qui servira aux banques centrales et aux grandes entreprises afin de commercer entre elles. Ça a existé juste avant l'euro», détaille la candidate frontiste. «Ah bon? Mais pourquoi? Donc les grandes entreprises payaient en euros avant?», l'interroge Emmanuel Macron, avec l'air de ne pas comprendre. «Oui, entre 1993 et 2002, cela a fonctionné dans le cadre du ‘serpent monétaire européen', et vous le savez très bien». L'ex-ministre de l'Économie la qualifie de «grande prêtresse de la peur», regrette son «impréparation crasse» et dénonce un «bidouillage dans le week-end avec Nicolas Dupont-Aignan» sur les sujets européens.
Emmanuel Macron se veut au contraire le «candidat d'une France forte dans une Europe qui protège». «Ce que je veux, c'est une France qui fait des réformes, prend ses responsabilités. Beaucoup de pays s'en sortent très bien dans l'euro. Ce que vous proposez, c'est la guerre des monnaies», ajoute-t-il. Marine Le Pen reproche au candidat sa proximité avec la chancelière Angela Merkel: «Vous êtes allez voir Merkel. Vous avez déclaré ‘je ne serai pas face à elle, mais avec elle'. De toute façon la France sera dirigée par une femme. Si ce n'est pas moi, ce sera Merkel». Emmanuel Macron ne se démonte pas: «Avec votre élection, ce serait une sortie de l'Histoire». «Vous êtes tellement arrogant, vous avez déjà fêté la victoire à la Rotonde avant la fin du second tour!», lui assène son adversaire.



 
Mercredi 3 Mai 2017
Dakaractu




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