De quoi la Place de l'Obélisque est-elle le nom?

Ce que la politique nous a donné, l’histoire ne peut nous le dérober. Les levées populaires, ancrées dans la mémoire active du 23 juin, donnent la preuve tumultueuse que la capacité politique du peuple sénégalais est loin de l’épuisement. Le noyau indestructible de cette capacité exprimée reste intact : le respect de la Constitution, notamment dans son versant limitatif des mandats, et le retrait de la candidature du président sortant, malgré la décision du Conseil constitutionnel.


De quoi la Place de l'Obélisque est-elle le nom?
Nous sommes, pour la première fois de façon radicale et massive, face à une double « légitimité ». La première peut être dite « légitimité formelle », ou encore « institutionnelle », ou encore « étatique ». Elle est encadrée par des textes et, dans le réel des processus politiques, elle requiert la force répressive pour exister. Nous endurons ainsi les morts, à Sangalkam, Fanaye, Podor et Dakar, que la légitimité formelle considère comme un simple « brise » nécessaire, par ailleurs, à sa survie.
Pour qui veut comprendre les enjeux d’une séquence historique, il est toujours utile de considérer les grandes actualités dans le monde. Ben Ali en Tunisie, Moubarack en Egypte, Saleh au Yémen, Assad en Syrie sont les noms mêmes d’une telle logique qui s’accroche à une « légitimité institutionnelle » pour tenter de noyer dans le sang les hystéries populaires. Ils auront, jusqu’à la caricature, soutenu leur obsession en alliant répression et démonstration de « force » grâce à d’immenses foules … forcées, expression concentrée du simulacre dont se soutient tout pouvoir voué à la seule légitimité formelle.
Au bout du compte, nous avons assisté à la décision populaire, expérimentée dans des manifestations vivantes, et dont la conclusion fut l’effondrement de régimes qui, après tout, n’ont tiré leur force que de la peur panique du risque qui a immobilisé longtemps ces peuples magnifiques. L’invention de nouvelles séquences politiques résulte avant tout de l’irruption, sur la scène imprévisible de l’histoire, d’une légitimité autre, celle qui peut être dite légitimité exceptionnelle. Elle est concurrente à la légitimité formelle. Elle est surtout très concurrentielle par sa puissance créatrice, sa force épuratrice, sa charge de nervosité populaire, son enthousiasme débordant, son courage épique, son idéal héroïque, ses joies multipliées dans la maîtrise des angoisses qui s’emparent des acteurs lorsque l’histoire en arrive à un point de rupture irréversible.
Cette légitimité concurrente et concurrentielle s’est exprimée sans ambages, très rudement et radicalement, le 23 juin 2011 lorsque, debout et décidées, de formidables vagues de Sénégalais, saisies par la révolte, et mues par une volonté révolutionnaire extraordinaire, ont opposé un Non imprescriptible au fameux projet de la fameuse loi sur le ticket présidentiel.
Au cérémonial de l’auguste Assemblée nationale, faisaient face les gigantesques salves de protestataires unis contre l’obsession compulsive d’un pouvoir qui a perdu tous les ressorts de l’intelligence politique, voire de l’intelligence tout court. Ils ne savaient pas, les stratèges en retard d’une guerre, que les lignes avaient bougé, que l’histoire prenait un nouveau virage. A quoi ils répondront, un mois plus tard, le 23 juillet notamment, par un vaste rassemblement qui aurait réuni « trois à quatre millions » de personnes, reprenant la mystique du nombre qui, Tunisiens et Egyptiens l’ont su d’un savoir certain et prouvé, n’a jamais signifié que la puissance illusoire d’un instant.
Le 23 juillet de la légitimité formelle fut, en souvenir de la légitimité inattendue du 23 juin, une scène sans enjeu parce que n’existant que par la répétition, pâle copie de ce qui a déjà eu lieu un mois auparavant et dont la nouveauté est déjà inscrite dans le dictionnaire des événements cruciaux qui jalonnent l’histoire de notre pays. Après tout, c’est du 23 juin que l’on parle encore, côté manifestants comme côté pouvoir, la Place de l’Obélisque étant désormais l’autre nom de cet événement capital, mais aussi la grande scène vivante d’un récit de gloire et de victoire.
Oui, les stratèges du nombre n’ont pas su tenir sur le principe de la généalogie de cet événement crucial qu’est le 23 juin, figure d’une logique insurrectionnelle pacifique ! Le 23 juin confirme en effet les Assises nationales, moment de rencontre entre des gens qui n’avaient pas l’habitude de se rencontrer, comme ce matin-là des milliers de Sénégalais sans lien préalable ont tenu le pari d’une intelligence collective contre l’infâme. Le 23 juin confirme le 22 mars, nom du basculement des villes et des zones semi-urbaines, mais aussi de nombreuses collectivités rurales qui ont pris le visage de ce que Mao appelait les « zones libérées ».
La leçon de l’histoire est que le corps de la légitimité inattendue est indifférent au nombre, étant dans la science intacte qu’elle est l’asymptote de ce qui surgit comme vérité. Toujours. Contre la surpuissance de l’Etat, contre la force neutre de l’agent, contre les amarres de la peur panique !
Il faut, pour rendre justice à l’histoire et être fidèle à ces inventions populaires contre l’infâme, maintenir le pari sur la légitimité inattendue et exceptionnelle. , accentuer la pression pour que le président sortant et le groupuscule anarcho-pouvoiriste autour de lui, majoritairement étranger au Pds et aux autres partis de l’opposition de 2000 historique, abdiquent.
Il faut, pour rester fidèle aux aspirations et inspirations des insurgés pacifiques, conférer au M23 une dimension véritable de convergence minimale autour des impératifs qui fondent l’unité des différents groupes populaires : le respect non négociable de notre charte fondamentale.
Il faut, enfin, pour limiter les dérives du pouvoir, combiner le maintien de la pression et la construction d’un puissant front anti-fraude électorale qui doit impérativement étendre ses tentacules dans les hameaux les plus reculés du pays sur lesquels les tenants de la légitimité formelle comptent pour procéder aux bourrages d’urnes, aux substitutions d’urnes et aux destructions d’urnes défavorables.
Evidemment, ces impératifs s’adressent à ceux qui pensent. Ils sont illisibles pour ceux qui passent. J’ai repris les mots d’un de mes illustres maîtres sénégalais en philosophie.
El Hadj Hamidou KASSE
Ecrivain
A suivre : Petit Dictionnaire de la Légitimité Formelle en Déclin
Jeudi 2 Février 2012
El Hadj Hamidou KASSE




1.Posté par SIMBO le 03/02/2012 09:25
WADE, serait-il aussi bête pour accepter un tel deal ? Arrêtez de nous prendre pour des imbéciles



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