De la nécessité de réformer notre système éducatif afin qu’il soit plus compétitif (par El Hadji Thierno Gueye)


De la nécessité de réformer notre système éducatif afin qu’il soit plus compétitif (par El Hadji Thierno Gueye)
Pays pauvre très endetté, le Sénégal qui figure parmi les pays au plus faible PIB semble à des milliers de kilomètres du quai d’où part le train de l’économie du savoir. Cependant, même s’il serait pessimiste, voire défaitiste, d’assigner l’ancienne « Grèce noire » à résidence dans le hall de la gare réservée aux recalés et aux retardataires, il n’en demeure pas moins que la baisse du niveau des enseignants dans nos écoles, toutes catégories confondues, le manque d’infrastructures pédagogiques ainsi que le manque d’intérêt manifeste de nos élèves pour les sciences et la technologie, constituent de réelles difficultés. Pourtant le Sénégal, au même titre que tous les pays sous-développés, ne peut espérer réduire le gap qu’avec une main d’œuvre bien formée en quantité et surtout en qualité suffisante.
De ce point de vue, il serait saugrenu, à notre humble avis que des millions de Sénégalais qui s’identifient à Serigne Touba ne s’approprient pas sa philosophie sur le savoir de manière à créer un déclic ou une révolution dans ce domaine. N’est-ce pas lui, notre maitre, qui a dit dans son illustre œuvre intitulée « Les itinéraires du paradis » que la réussite n’est possible que si l’action repose sur une connaissance avérée ? Pardi ! De cette maxime universelle, prenant ses racines dans les huttes de Mbacké Kadior  , qui nous enseigne que seul le savoir, mère de l’innovation et de la créativité, peut élever ou rabaisser une société, nos enfants ne retiennent que les Eskeuy  retentissants qui l’ont suivie. 
Aujourd’hui, tous les pays qui ont boosté leur croissance économique et qui se sont hissés au niveau des pays dits émergents ont un système éducatif des plus performants au monde.
Cependant, redonner à l’école sénégalaise et à notre système éducatif leurs lustres d’antan et les aligner aux normes internationales revient à faire un état des lieux exhaustif et un diagnostic sans complaisance. A moins d’être porté à l’aventure, il serait illusoire, à mon sens, de faire le diagnostic de notre système éducatif sans, au préalable, en avoir identifié les acteurs et leurs rôles dans son fonctionnement. 
Malheureusement, le même syndrome dont souffrent nos gouvernants en ce qui concerne tous les autres secteurs ne les épargne pas pour ce qui est de la question de l’éducation. En effet, les pays pauvres très en retard dans maints domaines se voient préconiser une thérapie de choc par les bailleurs de fonds en lieu et place d’un remède incrémentale plus réaliste. Nous sommes une économie en rattrapage avec une population jeune et un taux de scolarisation jusque-là faible. Par conséquent, nous ne pouvons prétendre au leadership, dans l’enseignement supérieur et la recherche. L’éducation de base devrait alors être privilégiée si nous espérons réduire le gap en matière de formation et donc de progrès.
Le régime politique précédent (2000-2012) semblait comprendre l’enjeu mais il s’était attaqué aux symptômes, qui nourrissaient les slogans politiques, tout en ignorant la vraie problématique et ses causes. 
En effet, derrière les symptômes de l’école sénégalaise qui ont pour noms : marasme pédagogique, marquée par une faible capacité d’innovation et une approche peu pertinente, relations hyper tendues entre les syndicats des enseignants et l’Etat et enfin « sous-alimentation », pour un secteur déjà jugé budgétivore alors que les résultats escomptés ne suivent pas, la thérapie savante de l’ancien régime avait prescrit la case des Tout-petits et l’érection de collèges et de lycées dans les confins les plus oubliés du pays où l’identité commune se résume à « laissés-pour-compte ». Or, au moment où les réalisations ambitieuses du Président Wade sortaient de terre et ses édifices scolaires poussaient comme des champignons, l’insuffisance de résultats dans nos écoles enfonçait la tête de tout le pays dans un fossé de honte et d’amertume. Tenez-vous bien!, pour un pays jadis appelé la « Grèce noire » pour non seulement la qualité, le niveau et  l’engagement de ses intellectuels mais surtout pour la performance de ses potaches dans les grands rendez-vous scolaires et estudiantins tels que les concours internationaux   et les grandes rencontres académiques. 
Seulement, le gouvernement de l’époque accordait une attention particulièrement quantitative à l’éducation primaire- l’éducation pour tous étant une exigence, quoique noble des bailleurs de fonds- alors que l’attention d’ordre qualitatif revenait à l’enseignement supérieur. Ça se comprend aisément dans la mesure où même si les enseignants du supérieur sont aussi capricieux que ceux du primaire et du secondaire, il n’en demeure pas moins que les voix des étudiants du supérieur,  plus rauques et ayant plus de portée, noient les cris stridents de leurs petits frères et petites sœurs de l’élémentaire et du secondaire. 
Dans les choix stratégiques, il y’a, comme le disait le Président Dwight Eisenhower : « ce qui est urgent et important ; ce qui est urgent mais pas important ; ce qui n’est pas urgent mais important et ce qui n’est ni urgent ni important ». La logique et le réalisme ne nous laissent pas d’autres options que de nous focaliser, par ordre de priorité, d’abord sur l’enseignement primaire, ensuite sur  l’enseignement secondaire et professionnel et enfin sur l’enseignement supérieur. Notre système éducatif ne nous est d’aucun secours, s’il n’épouse pas les contours de nos réalités socioéconomiques et politiques. 

El Hadji Thierno Gueye, Ph D
Directeur Executive Education 
Institut Africain de Management
thiernogueye0607@gmail.com
Mardi 18 Octobre 2016
Dakaractu



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