De la Famille, des valeurs et du projet de société (par El Hadji Thierno GUEYE)


Aujourd’hui, nos pays s’urbanisent de plus en plus, nos peuples s’embourgeoisent et nos enfants s’identifient plus à l’individualisme européen qu’au collectivisme africain.
Dans ce contexte de manque criard de référentiel moral où les repères sont souvent les valeurs les plus compatibles à la culture des sens qui ne vise que l’assouvissement de nos instincts les plus bas, notre société à peu de chance de former des patriotes épris de ses valeurs cardinales et capables de porter un projet de société qui réponde à nos vraies aspirations.
Nos enfants regardent alors le film de leur avenir en duplex. D’une part, ils sont confrontés à la réalité crue de leur existence qui appelle en eux un regain d’originalité, d’effort, de créativité et de fidélité à nos valeurs ancestrales pour espérer prendre leur destin en main. D’autre part, ils sont subjugués par les artifices d’un monde hollywoodien où charme, richesse et puissance se côtoient au grand dam des valeurs qui fondent une société juste et humaniste. Hollywood vend un produit à la fois fini et insoumis aux pesanteurs et à la dure réalité de la vie ; elle raconte une belle histoire et possède tous les leviers lui permettant de coloniser les esprits. Par contre, la vraie éducation inculquée par nos parents, avec comme soubassement nos valeurs, forge des esprits perspicaces et combatifs, balise l’itinéraire de citoyens conscients de leur rôle et nous libère de l’aliénation pour toujours.
Un projet de société est une affaire d’hommes et de femmes riches de leur culture, fiers de leur histoire, optimistes et engagés quant à leur avenir. Par conséquent, il ne saurait y avoir de place ni pour la naïveté, ni pour le complexe d’infériorité, encore moins pour l’acculturation. La famille a un rôle sacré à jouer dans l’établissement, la vivification et la pérennité du lien entre l’individu, son milieu social et le devenir d’une nation.
Malheureusement, l’image que reflète l’éducation dans les familles sénégalaises porte à croire que nos particularités et nos différences ont pris le dessus sur ce qui nous unit. Le Sénégalais lambda s’identifie plus à sa classe, sa caste, sa confrérie et son terroir qu’à l’un et l’indivisible Sénégal que nous partageons. Là où la main d’une fille est refusée à un prétendant de caste considérée inférieure, fut-il un Sénégalais de plusieurs générations, cette même fille est souvent poussée par ses parents dans les bras d’un vieil expatrié dont on ne connait aucun membre de la famille. Des mariages d’intérêt qui fluidifient le passage d’une classe à une autre et produisent des miracles jusque-là inconnus de la médecine moderne. A la place du cœur, les intérêts du moment enfilent la blouse blanche de l’opportunisme pour y greffer une calculatrice dont la seule unité de compte semble être le milliard. Aussi, ce nouveau cœur artificiel est doté d’un nombre incalculable de battements cardiaques qui n’a d’égal que l’insatiabilité de la femme et sa famille.
L’université qui devrait être le lieu de rencontre entre l’étudiant et les valeurs universelles, le lieu de familiarisation avec les idéologies et pensées de tout temps et le lieu de raffermissement de l’identité de soi est pour les étudiants tout sauf une étape d’acceptation des différences. A travers les associations à caractère religieux et chauvin on sème le cloisonnement des forces et entretient les divergences sociales les plus profondes. Les sujets de dogmes et de passion prennent le dessus sur les débats d’idées et de concepts au mépris total des bases de l’unité nationale et du progrès social.
A ce rythme de la déliquescence des valeurs et des perspectives identitaires, nous pouvons présager sans risque de nous tromper, d’une fragilisation des fondements-mêmes de notre société.
Si nous voulons réaliser le rêve sénégalais d’une société juste et prospère, nous devons revisiter notre façon de fonder nos familles, réévaluer les valeurs morales que nous inculquons à nos enfants et enfin restaurer la fibre patriotique, seul gage d’un Etat de droit, d’un progrès social et d’une émergence économique.  
Il est aujourd’hui plus qu’urgent pour toutes les forces vives de la nation de ne pas se limiter à condamner les comportements qui contreviennent aux principes du vivre-ensemble mais d’aller plus loin en les bannissant et les combattant afin de hisser notre pays au rang des nations qui sont en droit d’espérer une émergence économique. 
El Hadji Thierno GUEYE
Tel : 772871749
Vendredi 16 Septembre 2016
Dakaractu



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter



Dans la même rubrique :