De l'injustice sociale au Sénégal


Le niveau des élèves du Sénégal est toujours de plus en plus lamentable. C'est un fait. Parmi les multiples causes de cette baisse de niveau se trouve le manque de motivation et de passion des enseignants, qu'explique une injustice dont ils ont toujours été victimes, mais qui, aujourd'hui, est encore plus accentuée. 

L'enseignant qui vient de finir sa formation, quel que soit son niveau, demeure longtemps sans bénéficier de salaire, encore moins de la bourse qui lui était allouée pendant sa formation. Il se trouve ainsi dans une vulnérabilité financière inouïe. Au même moment, un fonctionnaire de l'État qui termine sa formation dans un autre corps de la fonction publique, l'ENA par exemple, continue de percevoir, avant son affectation, sinon son salaire, du moins sa bourse jusqu'à sa prise de service effective. 

Le grand écart qui existe dans le traitement salarial entre les différents corps de la fonction publique est seulement révoltant. L'enseignant titulaire du CAES, le magistrat, l'inspecteur des impôts et domaines, ou encore l'inspecteur de la douane, sont tous de la même hiérarchie (A) dans la fonction publique. Le professeur, titulaire du CAES, en début de carrière, perçoit moins de 210.000 fr, alors que les autres agents de la même fonction publique ne touchent pas moins de 900.000 fr en début de carrière. 

Je ne parle même pas de toutes ces lenteurs administratives autour des questions d'intégration, de validation, d'avancement , de reclassement, de rappel... Rien qu'à y songer, l'on sent à quel point ce métier peut être dégoûtant. 

 Qu'est-ce qui pourrait  bien justifier cette grande  différence pour des fonctionnaires qui ont le même niveau, qui ont fait les mêmes années d'études? La seule explication, sans fondement logique aucun, serait que l'enseignant est dans un milieu ou la corruption est moins perceptible alors que les autres sont susceptibles d'être corrompus au gran dam de l'État. Mais que dire donc du professeur qui échangerait les épreuves de devoir ou d'examen contre quelques sous afin de boucler ses fins du mois? Dans ce cas de figure, l'intérêt de l'État n'est aucunement menacé; mais que deviendront alors les enfants des pauvres qui n'ont point les moyens de s'acheter des épreuves pour réussir à leurs examens? La culture de la tricherie se verrait ainsi soutenue par les gouvernants. Or, lorsque le magistrat ou le douanier est corrompu, ce sont les caisses de l'État qui en patiront. Celui-ci ne peut prendre le risque de voir baisser son budget annuel, quant au niveau de ses élèves, il ne s'en rit pas mal. 

L'autre explication reposerait sur le fait que le corps enseignant a un nombre d'agents trop élevé. Mais cette raison non plus n'est nullement acceptable. 

Donc, on le voit, les gouvernants sont plus préoccupés par la thésaurisation du lucre que par l'éducation de leurs enfants, ou, pour ne pas confondre, des enfants du peuple. Il n'est pas méconnu que les gouvenrnants n'enverront jamais leurs enfants dans les écoles du pays, très conscients qu'ils sont du niveau navrant de ces écoles de la "patrie". 

Mais ne nous eloignons pas de notre propos, qui est de faire état de la cause de cette baisse avancée du niveau des élèves du pays de la terranga. 

Devant toutes ces injustices, l'enseignant demeure constamment frustré, sa dignité bafouée, son honneur blessé, son importance sociale réduite à néant. Comment voulez-vous qu'un homme qu'on ne prend pas au sérieux prenne lui même au sérieux la tâche qui lui est confiée. Comment voulez vous qu'un homme dont le moral est au point mort puisse donner le meilleur de lui-même? Comment prétendre, que dans un pays où les transmetteurs du savoir sont traités en ennemis publics, l'on puisse avoir une éducation de qualité qui garantisse l'égalité des chances? 

ussi, l'on assiste à la prolifération des écoles privées qui, par le passé, furent les  derniers refuges des têtes les moins douées, des enfants dont l'intelligence ne pouvait être développée à l'école publique. Aussi, l'État tente une dernière comédie qui consiste à instituer le prix du meilleur enseignant... 

Le gouvernement actuel n'est certes pas à l'origine de cette injustice, mais force est de constater qu'il a puisé jusqu'à ses derniers efforts pour l'accentuer. On menace l'enseignant de radiation, on effectue des ponctions sur son salaire de misère, on le maintient de force dans son poste par des contrats qui constituent une entosrse grave au droit du travail. Les manquements de l'État du Sénégal sont pléthore. 

Au moment où l'État soutient n'être pas en mesure de revaloriser le salaire des enseignants, il instaure des institutions budgetivores telles que le Conseil économique et social et environnemental (CESE), Le haut conseil des collectivités territoriales  (HCCt), qui n'ont pour autre but que donner leur part du gâteau aux valeureux guerriers de l'APR. Le gouvernement revalorisre l'indemnité de logement des députés de la diaspora à hauteur de 150.000 FCFA, octroie 500.000FCFA de salaire mensuel aux femmes des ambassadeurs et consuls, crée de nouveaux postes ministériels pour caser ses partisans.

Enseignantes et enseignants du Sénégal, sachez que vous avez entre vos mains un pouvoir plus important que celui des gouvernants: les enfants. Faites de chacun d'entre eux un relai. Qu'ils sachent l'injustice que l'on vous fait subir depuis toujours, afin de pouvoir en faire part à leurs parents et proches.  N'ayez pas honte de leur exposer les motifs de vos incessantes grèves. De la même manière qu'ils arrivent à comprendre les leçons que vous leur expliquez, ils parviendront à saisir la précarité dans laquelle vous vous situez, de sorte que, quand les professeurs iront en grève, les élèves, à travers tout le pays, organisent des marches à travers tout le pays pour alerter l'opinion.

Une correction des injustices sociales pour une meilleure éducation nationale.
Lundi 6 Novembre 2017
Dakaractu



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter



Dans la même rubrique :