Cop12 contre la désertification : Ouverture de la 12ème Conférence des Nations-Unies sous haute surveillance policière.


La 12ème session de la conférence  des parties à la convention des nations unies sur la lutte contre la désertification s’est ouverte ce lundi dans la capitale Ankara, en Turquie qui a connu ces dernières 48 heures un attentat mortel qui a fait plus de 97 morts et 500 blessés graves. Malgré cette situation de terreur et d’émotion vives les délègues des 192 pays parties ont répondu présents considérant que la lutte contre la désertification et la dégradation des terres sont des défis aussi importants que la lutte contre le terrorisme.
 
Le professeur Veysel Eroglu, Ministre des forêts et des eaux de la République de Turquie, a dit dans son allocution d’ouverture:" 1,5 millions de personnes sont menacées par la désertification, 500 millions d’hommes sont déplacés dans le monde et 9 millions de personnes vont souffrir de la désertification et du manque d’eau. Il faut aussi s’attendre  à une augmentation du nombre de personnes qui vont souffrir de malnutrition." Le président de la Cop12, dans une approche alarmiste, a souligné que: " nous perdons un million d’hectares de terre par an soit 500 millions de dollars us par an." Notre vie et notre évolution dépendent des sols, il nous faut changer de comportement pour s’assurer d’une eau de qualité et de la sécurité alimentaire. La seule façon de lutter contre la dégradation des terres c’est d’avoir une coopération internationale" a t il fini de dire avant de rassurer les pays les moins avancés de la volonté de la Turquie de les accompagner dans la lutte contre la dégradation des terres. Veysel Eroglu a annoncé que "la Turquie est prête à accompagner financièrement, politiquement et techniquement les décisions qui sortiront de Ankara".
 
Les décisions de la cop12 vont contribuer à la cop21 sur le climat, une assertion qui est revenue dans les différentes interventions invitant ainsi Paris 2015 dans la plénière.
 
Monique Barbut, Secrétaire exécutive de la convention de lutte contre la désertification a annoncé que la convention est « une organisation en mouvement ». Elle a souligné les « ambitieuses décisions » requises de la part de la Cop12 pour faire de la Neutralité de la dégradation des terres (le Sénégal étant le premier pays à signer un mémorandum d’entente avec la CLD) une cible quantifiable servant de guide à la convention dans les 15 prochaines années. Mme Barbut a aussi formulé le souhait d’aller vers un nouveau paradigme de management de la convention et à noter l’importance de caler certaines rencontres aux moments des rapports qui eux-mêmes sont liés aux aspects d’inertie des projets de l’environnement. « Il nous faut mettre en place de meilleurs moyens de mesurer les progrès accomplis, y compris la fréquence des rencontres », a-t-elle fini de dire.
 
L’occasion était belle pour la France de communiquer sur les liens indispensables entre la désertification et le changement climatique. Nicolas Hulot, Conseiller spécial du président Hollande a souligné que le succès de la conférence de Paris dépend de trois facteurs : l’humilité, la solidarité et la vérité. Il a souligné que la plus grande menace n’est pas sa faiblesse mais sa force. Il a rappelé que «  deux milliards de personnes vivent dans les zones touchées par la dégradation des terres et la désertification ». Hulot a également souligné «  le besoin de reconnaître  qu’un modèle économique fondé sur la coopération, la justice et le commerce équitable doit être développé ». Il a fini par insister sur les déclarations du Pape François à l’assemblée générale des nations unies le 25 septembre dernier sur les besoins primaires de l’homme  « le travail, le logement et la terre ».
 
Le groupe des 77+la Chine, au titre des groupes régionaux a considéré toute l’importance de retrouver les questions liées à la dégradation des terres et à la désertification dans les objectifs du développement durable ODD. Pour le G77+la Chine, l’objectif de la neutralité de la dégradation des terres  d’ici 2030 va «  changer la donne », en signalant que cela permettrait aux pays de travailler  sur d’autres objectifs comme la sécurité alimentaire, la pauvreté, la santé, la biodiversité et le changement climatique. Le délégué qui a pris la parole au nom du groupe a estimé que la convention peut désormais se présenter comme un instrument rentable et efficace pour relever les défis.
 
Rappelons que la Convention de lutte contre la désertification est née le 17 juin 1994 à Paris. Elle vise à enrayer les tendances de dégradation des terres. Malgré les efforts fournis depuis vingt ans sur toute la planète, la situation est restée pire. Les pays sahéliens sont les plus vulnérables face à ce phénomène. Au Sénégal, la dégradation des terres ne cesse de s’exacerber surtout dans les zones agricoles et pastorales. Au-delà des causes liées aux changements climatiques manifestées par les irrégularités pluviométriques et l’intrusion saline, il faut se rendre compte que l’action anthropique  y participe pour beaucoup.  GLASOD a trouvé que 15% des terres étaient dégradées par l’action humaine. Le Sénégal a largement dépassé cette moyenne avec 34% et dégradation physique notoire.
 
 Le ministère de l’Environnement et du Développement durable a mis en place une politique hardie de lutte contre la dégradation des terres, la désertification et les sécheresses avec des actions fortes de restauration, de lutte contre les érosions éolienne et hydrique dans les zones touchées surtout dans le bassin arachidier et la zone sylvo-pastorale. Malgré les efforts notés, les menaces sont aujourd’hui persistantes.
La Cop12 est partie pour être un tournant décisif dans le choix des options majeures politiques de gestion globale de la dégradation des terres dans le contexte des changements climatiques.
 
Jeudi 15 Octobre 2015
Dakar actu




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