Consommé outrancièrement dans la capitale sénégalaise : le “fondé”, Plat Dakar Emergent des familles

La conjoncture a bouleversé le menu du goorgorlou (débrouillard) sénégalais. Jadis consommée comme dessert ou pour le petit-déjeuner chez les Socé (ethnie du sud Sénégal), la bouillie de mil, communément appelée « fondé », est devenue le menu dinatoire très prisé de nombreux habitants de Dakar.
A cet effet, de capitale du Sénégal, Dakar s’est muée en capitale du “fondé”.

Et pour justifier ce nouveau statut, la diva fragile invoque la pauvreté qui ne cesse de culminer à cent dans les ménages, entre autres raisons. Actusen.com vous propose une petite promenade au coeur de la vente de ce repas.


Consommé outrancièrement dans la capitale sénégalaise : le “fondé”, Plat Dakar Emergent des familles

A Dakar, difficile, pardon impossible de se promener, dès la tombée du crépuscule, sans apercevoir à l’angle des rues et autres ruelles, des vendeuses avec un saut rempli de bouillie de mil. Il est 20 heures dans le populeux quartier de Grand-Dakar. Mère Sonko, la cinquantaine, installe sa table devant la devanture de sa maison.

Dans son environnement, des pots en plastique installés çà-et-là. Mère Sonko excelle, depuis cinq ans, dans un commerce : la vente de bouillie de mil. Que les Dakarois appellent, affectueusement, “fondé”. Affectueusement, parce que ce plat est devenu un allié incontournable de bon nombre de ménages.

“Les prix varient entre 100 et 200 francs”, confesse la vendeuse. Selon ses dires, la vente de bouillie de mil est génératrice de revenus. Mais elle déplore, par la même occasion, la cherté du kilo sucre. «La vente de mon fondé me permet de subvenir aux besoins de ma famille.

Car, depuis le licenciement de mon mari, les charges financières me reviennent. Et, avec le bénéfice de mon commerce, chaque mois, je participe à une tontine. Laquelle tontine me permet de payer les frais de scolarité de mes enfants et gérer les frais inhérents aux fêtes de tabaski ou korité », confesse-t-elle.

Bref, si Macky Sall mise sur son Plan Sénégal Emergent, pour tirer notre pays des bas-fonts du sous-développement, nombreuses sont les familles caricaturées “have not” (très démunies) qui font du fameux “fondé” leur Plat Dakar émergent.

Avec le bénéfice généré par son “fondé”, Mère Sonko résout les frais de scolarité de ses enfants et fait face aux charges de “tabaski, korité…”

Au plan historique, la consommation du “fondé” est à placer à l’époque de l’empire Mandingue. En effet, ici, il a été introduit cet aliment, au Sénégal à travers les guerres d’annexion. Cependant, la bouillie de mil connait un essor fulgurant avec la conjoncture qui sévit en ce moment.

La préparation requiert une certaine habilité, les  graines utilisées pour la bouillie se font traditionnellement à la main. Il s’agit de former de minuscules graines, en frottant la farine de mil à l’intérieur d’une calebasse. Ainsi, par frottement et adjonction minime d’eau, de petites boules se forment.
Le “fondé” est un aliment riche en vitamines. Fait à base de blé, de mil ou de maïs, cet aliment fait partie des bouillies les plus prisées à Dakar et est aussi recommandé dans l’alimentation des nourrissons à partir de 6 mois. Mais aujourd’hui, ces derniers se sont vu arracher ce produit. Pour un plat de résistance. Et non plus pour le dessert.

Trouvé devant son étal en train de préparer le lait caillé qui accompagne la bouillie de mil, Rama est prise d’assaut par une clientèle qui attend avec impatience d’être servie. Talla, avec son physique impressionnant qui renvoie à celui d’un gladiateur, est un habitué des lieux.

Pour le lutteur Talla sans moyens, “fondé”, égal aliment riche en valeurs nutritives

Inutile de lui demander les raisons de son goût prononcé pour le “fondé”. Car sa réponse tombe sèche en ces termes : “mon métier de lutteur nécessite de consommer des aliments riches en valeurs nutritives”, invoque-t-il.

Poursuivant, Talla souligne : “le fondé me permet de régler deux problèmes, c’est-à-dire résoudre mon incapacité à me payer les repas copieux et emmagasiner des vitamines, dont mon corps d’athlète a besoin ».

Dans notre jargon sénégalais , on dit souvent qu’il n’existe pas de perte dans la vente du bouillie de mil. Dans la mesure où si on n’y gagne pas d’argent, les fessiers s’en sortent plus grossis.

Même Point E, quartier jadis réputé huppé, est tombé dans les bras de “fondé”

Lissa, une jeune fille de 25ans, trouvée au Point E, dit en avoir la certitude, clé en main. Svelte, sanglée dans un jean slim et body débardeur, en cette période de chaleur, elle nous reçoit dans ce quartier jadis réputé huppé de Dakar. Et qui, au fil des années, a sombré dans les travers de la pauvreté. Pardon du “fondé”.

«J’ai toujours envié les filles qui ont des poitrines généreuses et les fesses à la KIM. Avec ma petite taille, j’ai développé un complexe par rapport à mes copines. D’ailleurs, c’est sur recommandation de l’une d’entre elles que je consomme chaque soir du fondé.

Et je ne regrette pas d’avoir suivi ses conseils, parce que les résultats commencent à me satisfaire », souffle Lissa. Conjoncture ou tendance, la consommation du «  fondé » risque de perdurer au grand bonheur des vendeuses qui se frottent les mains.

(Actusen.com)

Jeudi 28 Mai 2015
Dakaractu




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