Confidences poignantes de femmes victimes directes du conflit tchadien : Quand vendre des beignets était perçu comme un péril pour le régime...


Confidences poignantes de femmes victimes directes du conflit tchadien : Quand vendre des beignets était perçu comme un péril pour le régime...
Des témoignages des victimes, il ressort souvent des prétextes fallacieux voire rocambolesques saisis comme motifs de leur arrestation. Pour les  femmes que nous avons rencontrées à l’association des victimes  des  crimes du régime de Hissène Habré ou AVCRHH, la condition sociale précaire ou même le fait d'être enceinte ne saurait être un alibi valable pour échapper à des sbires téléguidés. Des fois, même vendre des repas était une menace pour les seconds couteaux du régime…
 
Mme Rahama Djinguimbaye, la première à partager avec nous ses moments difficiles, a indiqué avoir été cueillie alors qu’elle n’était que simple étudiante à l’Ecole nationale des agents technique de l’élevage (ENATE) du Tchad, qui plus est,  enceinte de trois mois. En prison, elle avait trouvé d'autres femmes dont certaines en état de grossesse assez avancée, ce qui ne les protégeait guère des sévices et autres actes de torture.
Un récit d’une victime parfois ponctué de délire
C’est d’après elle, ce qui explique  que bon nombre d’entre elles faisait des fausses couches, non seulement du fait des conditions indescriptibles dans lesquelles elles vivaient, mais surtout des actes de barbarie subis. Interrogée sur les cas de viol, elle ne peut s’empêcher d’émettre un rire mauvais qui en dit déjà assez long sur ce qu’elles ont enduré.
Se décrivant comme appartenant à une ethnie qui ne fuit jamais la bagarre, que l’on soit homme ou femme, (les Sénégalais ne manqueront pas de lui trouver une ethnie jumelle au pays de la téranga), Mme Djinguimbaye a expliqué que c’est son caractère belliqueux qui lui a évité des viols souvent perpétrés sur les femmes en détention, parce qu’il fallait passer sur son cadavre pour abuser d’elle.
Son récit était souvent marqué par des délires qui laissent transparaître des relents de folie, séquelles des actes de torture qu’elle a subis. « On dit partout que je suis folle, mais je sais que je ne suis pas folle, même si j’ai des marques sur la tête. Non, c’est seulement des traumatismes crâniens séquelles de la DDS. Mon fils me dit de ne pas leur répondre, de rester forte » lâche-t-elle.
Ce fils né en prison, aujourd’hui porteur d’espoir d’une mère au bord de la folie
Ce fils, c’est celui qu’elle portait du temps de son enfer vécu entre les mains de certains éléments du régime. Elle a eu la chance de le voir survivre malgré les actes qu’elle dit avoir subis et les conditions de détention extrêmement difficiles.  Il serait aujourd’hui un jeune qui frappe aux portes de l’emploi, portant toute l' espérance d’une mère, qui délire de temps en temps, et qui plus de vingt ans après, promet de castrer ses bourreaux si elle en croisait un. Pour montrer qu’elle ne blague pas, elle affirme se promener toujours avec des pinces.
Elle assure aussi, chose grave, que même après la chute de Habré des tueries existent toujours, comme le cas d’un certain Dr Nimi, un médecin mort empoisonné. Elle n’hésite d’ailleurs pas à dire que la même dictature reste et demeure sous Déby.
Celle qui vendait des beignets, acte jugé dangereux pour le régime
Une veuve analphabète qui vendait des beignets et autres aliments, a commis le tort de vendre…à tout le monde devant la porte de sa concession. Du matin au soir , la dame aux multiples balafres sur le visage qui indiquent un peu son ethnie, vendait ses produits. Mais malheureusement son rythme a certainement dû intriguer des hommes du régime qui étaient toujours sur le qui vive.
Le 15 septembre 1984, alors qu’elle dormait, son fils qui était allé faire ses besoins est revenu en vitesse pour la réveiller et lui dire que des hommes de tenue, armés, rodaient autour de la concession.
 Elle fut par la suite accusée de nourrir les ‘’Codos’’ rebelles qui étaient en brousse et acheminée vers les locaux de la DDS pour enquête aux environs de 4 heures du matin.
Son séjour ne fut pas long, un moins et un jour, mais pénible pour elle,  sa famille et les cinq orphelins qui dépendaient d’elle et de sa vente pour vivre.
Sarah, cueillie avec son bébé d’un mois pour être emprisonnée
Sarah N'datt, arrêtée en 1985 à son domicile, indique qu’elle venait d’accoucher quelques jours à peine, avant d’être cueillie pour être conduite dans les locaux des limiers. Leur interrogatoire portaient sur de supposés liens avec des ennemis déclarés du régime de Habré, ce qu’elle a réfuté. Comme elles sont toutes présumées coupables, elle fut conduite en prison le bébé dans les bras.
Pendant les actes de torture, l’enfant lui était arraché puis déposé quelque part à même le sol. Pendant un an et demi, les femmes les moins résistantes mouraient chaque jour et leurs corps sortaient sous le regard hagard de leurs ex co-détenues, explique Mme Sarah N'datt. Finalement pour elle, c’était devenu une habitude de voir des morts qu’on dégageait comme des mouches.
Un jour, explique-t-elle, la voiture de Hissène Habré s’est embourbée, le président a été obligé de descendre, c’est ainsi qu’elle et les autres détenues l’ont vu en personne. C’est à ce moment qu’elles ont compris qu’il faisait régulièrement des tournées dans les prisons,  aussi bien pour hommes que pour femmes. Son enfant est mort peu après sa libération.
Et pourtant insiste-elle, ces mêmes personnes, leurs tortionnaires, sont toujours là avec des postes de responsabilité dans la sphère étatique. Mais selon elle toujours, le seul  procès équitable serait que leurs bourreaux soient jugés au Tchad.
Mardi 10 Juin 2014




1.Posté par Abdoun le 10/06/2014 12:33
Habré le génocidaire



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