Conciliabules pour la réconciliation des deux pôles de mal gouvernance : une boulimie foncière à nulle autre pareille (suite).


Conciliabules pour la réconciliation des deux pôles de mal gouvernance : une boulimie foncière à nulle autre pareille (suite).

Dans ma précédente contribution, la troisième parue ici jeudi dernier, j’ai passé en revue un pan de la générosité sélective de notre vieux président-politicien. Celle de ce jour, la quatrième, rappellera d’autres pans de la gestion foncière du vieil homme, l’un des aspects les plus funestes, les plus pernicieux de sa longue gouvernance meurtrie. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je précise, à l’intention de mes compatriotes qui ont pris le train en marche, et dont certains me reprochent de ne m’attaquer qu’au vieux président-politicien, que je ne m’attaque à personne : je dénonce les maux d’une gouvernance qui, depuis 57 ans et, en particulier, depuis le 1er avril 2000, a plongé notre pauvre pays dans un  gouffre, un gouffre profond d’où nous aurons bien du mal à l’en sortir. Des initiatives sont prises ça et là, des milieux politiques comme maraboutiques, pour réconcilier le vieux président-politicien et son successeur, sa copie conforme en matière de gouvernance. Les mauvaises langues avancent que « le ‘’fils’’ est la copie du ‘’père’’ mais sans l’âge et le talent ». En tous les cas, cette réconciliation n’est pas de nos préoccupations, ni des urgences qui devraient relever le pays. Elle fait surtout, si elle est réalisée, la jonction des deux plus grands pôles de mal gouvernance que le pays a connus depuis son accession à la souveraineté internationale.

Je ne vois pas donc d’intérêt dans la réconciliation entre ces deux présidents-politiciens que j’accuse de tous nos maux. Penser seulement à les rapprocher l’un à l’autre – et pourquoi d’ailleurs –, c’est oublier trop facilement qui ils sont et ce qu’ils ont fait en mal à notre pays, à ses fils et à ses filles. Je refuse, pour ce qui me concerne, de tomber dans ce travers, de passer l’éponge sur leurs ‘’hauts fats d’armes’’ en matière de mal gouvernance. J’ai commencé donc, dans mes précédentes contributions, à rappeler les graves forfaits du vieux président-politicien. J’en étais, jeudi dernier, à sa gestion foncière catastrophique. Une contribution n’y suffisant pas, même pas un livre d’ailleurs, la contribution de ce jour va poursuivre ce rappel nécessaire. 

Le temps ne nous a pas fait oublier sa grande ‘’générosité’’ au bénéfice du Groupe Kharafi (voir contribution de jeudi dernier). Etait-ce de la générosité désintéressée, si on considère la boulimie du vieil homme pour les milliards ? Il y a également que c’était frustrant, très frustrant pour le pauvre peuple sénégalais, de se réveiller un bon matin et d’apprendre que 26 hectares de ses terres ont été presque donnés à des étrangers, dans des conditions des plus nébuleuses, et manifestement au détriment de notre pauvre pays.

On se rappelle aussi – il faut toujours se rappeler avec ces gens-là  – que Karim Wade bombait le torse en déclarant sur tous les toits avoir trouvé des investisseurs espagnols (« Baobab Investissements ») qui allaient construire trois complexes hôteliers, dans le cadre des chantiers de l’ANOCI (qui avait vraiment bon dos). Le premier complexe devait être construit sur 41 452 m2, en dessous de la Corniche Est au Cap-Manuel, après l’Hôtel Savana. Invisible de la route, cet « hôtel » était pratiquement inaccessible. Une épaisse zone d’ombres enveloppait ce complexe, comme tout ce qui touchait d’ailleurs à la gouvernance des Wade.  On présentait d’abord cet ‘’Hôtel’’ comme faisant partie des chantiers de l’ANOCI. Les quatre hectares nécessaires étaient, en outre, difficiles à trouver dans la zone. On se posait même la question de savoir qui était le véritable propriétaire de ce site. On avançait en sourdine le nom du Président de la République. C’était bien vraisemblable qu’il en fût le propriétaire, si on considère l’affirmation du journaliste d’investigation d’alors, Abdou Latif Coulibaly, selon laquelle Me Wade s’était octroyé huit (8) titres fonciers dès son accession à la magistrature suprême . Comme d’habitude, la Présidence de la République avait opposé un silence assourdissant à cette grave révélation. Celle-ci est d’autant plus vraisemblable que, quelque temps après son départ du pouvoir, le bruit courait que le vieux président vendait un gros titre foncier dans la zone. Il en vendait un autre du côté du ‘’Quartier général’’ du PDS. Les anciens présidents français et d’autres grandes démocraties ont d’autres préoccupations, des préoccupations bien plus nobles.

Pour revenir aux projets d’hôtels, un deuxième, plus modeste (2 385 m2), était en construction sur l’Avenue Pasteur, à côté de l’Institut éponyme, face à l’Océan. Un troisième se situait au pied des Mamelles et se construisait sur plus de 30000 m2. C’était le plus avancé de tous en matière de construction. Il serait encore en construction aujourd’hui et est bien visible des automobilistes qui passent dans les environs. Nous y reviendrons dans nos prochaines contributions.

Il convient de signaler quand même que de tous les projets d’hôtels qui devaient être construits dans le cadre des chantiers de l’ANOCI, un seul a été terminé et ouvert au public. Il s’agit de Radisson Blu, construit par Monsieur Yérim Sow, Directeur général de Properties Telyum, et dont le coût était estimé, disait-on, à 24 milliards francs Cfa . Les trois autres avaient initialement été confiés à une société espagnole. Celle-ci étant tombée en faillite, « Baobab Investissements » prit la relève. Celui-ci, ayant bénéficié de trois titres fonciers sur des sites privilégiés et ne pouvant certainement pas financer seul ses projets, a fait appel aux banques qui ont accepté de financer la construction. Malgré ce financement, « Baobab Investissements » n’arrivait pas à achever les hôtels. Les responsables prirent finalement la clé des champs, à l’insu de tout le monde, surtout des banquiers qui, se sentant grugés, se sont adressées à la justice pour la saisie et la vente des hôtels inachevés. Les truands avaient, en effet, hypothéqué les titres fonciers auprès de quelques banques et de sociétés financières espagnoles.

Des enquêtes révèleront, selon des sources dignes de foi, que l’ANOCI détenait des parts dans le capital de « Baobab Investissements ». Ce qui était quand même très grave si on sait qu’une Agence nationale, démembrement de l’État, ne pouvait pas acquérir des parts de capital dans une société privée . En outre, l’Ocrtis français qui était à la traque de la société espagnole, avait informé, par une de ses équipes à Dakar, sur la véritable identité de ce groupe espagnol. On apprenait aussi que « Baobab Investissements » n’avait aucune intention de finir ses hôtels, son véritable objectif étant de transformer les supposés hôtels en appartements à vendre, en profitant ainsi de la fiscalité avantageuse sur les investissements en infrastructures touristiques. Le Ministère de l’Économie et des Finances découvrant le pot aux roses, semble-t-il, s’y serait opposé, évitant ainsi à notre pauvre pays un autre gros scandale .

Les Sénégalais et les Sénégalaises qui ont porté triomphalement Macky Sall au pouvoir le 25 mars 2012 s’attendaient naïvement à ce qu’il fasse la lumière sur tous ces scandales-là. Ils ne le connaissaient vraiment pas. Au lieu de faire la lumière, il rajouta à la confusion en distribuant à son tour des terres à ses proches, et en fermant hermétiquement les yeux sur les plus gros scandales de la gestion foncière des Wade. Il se tut en particulier sur l’un des plus gros, des plus injustes, des plus frustrants, des plus insoutenables, et qui avait fait l’objet d’un rapport accablant de l’Inspection générale d’Etat. On le devine, il s’agit de cette cession de trente (30) hectares de la réserve foncière de l’Aéroport international de Dakar-Yoff à un des ses acolytes, pour financer la construction du monument dit de la Renaissance africaine. Jeudi prochain, nous reviendrons sur cette affaire rocambolesque et, en particulier, sur son monstrueux montage financier qui a fait facilement un milliardaire, un multimilliardaire, sans autre mérite, plutôt sans autre explication que l’insouciance, l’irresponsabilité et l’appât du gain de celui que nous avons eu le malheur de faire accéder à la magistrature suprême, le 19 mars 2000.


Dakar, le 12 novembre 2017

Mody Niang

 

Dimanche 12 Novembre 2017
Dakar actu



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