Comment la Gambie prépare le retour de son président, Adama Barrow

Ce jeudi 26 janvier sera un jour de fête en Gambie. Pour cause, le président élu, Adama Barrow fait son come-back. Un rendez-vous avec l’histoire que peu de Gambiens souhaiteraient manquer.


Grouillant de monde, le marché de Serekunda, la deuxième ville de Gambie, se prépare à un événement majeur. Des produits divers sont présentés aux acheteurs qui ne lésinent pas sur les moyens pour se faire plaisir. De ce vacarme inhabituel, surgit un individu. D’un ton efféminé, il fait les éloges du président Barrow. Il faut l’approcher de près pour savoir qu’il ne s’agit pas d’une femme mais d’un homme. Vendeur de « ndiampé » de son état, ce sénégalais qui gagne sa vie à Serekunda a trouvé une belle astuce pour écouler son produit. Et il n’a pas eu tort. Les filets de pêche recyclés se vendent comme de petits pains, surtout que leur « homonyme », est attendu ce jeudi 26 janvier à Banjul.


Hébergé par le Sénégal après son exfiltration de la Gambie pour des raisons sécuritaires, Adama Barrow peut désormais rentrer au bercail. L’annonce de son retour par les médias et sa confirmation par Halifah Sallah, porte-parole de la coalition présidentielle ont anéanti les dernières réticences. Gambiens et résidents étrangers sont déjà en fête. « Vraiment, nous sommes impatients de revoir le président Barrow », scande Ousmane Beug Barrow, le marchand ambulant sénégalais rencontré au Market de Serekunda.
Sourire aux lèvres, un vendeur gambien veut bien lui emboîter le pas, mais un barrage linguistique se dresse entre nous. Il ne parle ni anglais, ni wolof. N'étant pas outillé en socé, la seule langue dans laquelle il dit être à l'aise, nous nous rabattons sur un « sénégambien » avec qui il partage la même activité. Ils sont des détaillants de tee-shirts à l’effigie du slogan des pro-Barrow, « Gambia has decided ». Tout comme la majorité de Gambiens, il affiche la mine des jours heureux. « Bien sûr, je suis ravi de savoir que le président Barrow va enfin rentrer en Gambie », s’impatiente Lamine. A y voir de plus près, son enthousiasme n’est pas dépourvu de raisons économiques. Il a l’intention d’écouler une centaine de tee-shirts. La commande déjà faite, il n’attend que le grand jour pour réaliser un chiffre d’affaires jamais espéré. Sa cible, les partisans de Barrow qui seront à l’aéroport. Pourtant, à 24 heures du 26 janvier, la route qui mène à la capitale est sobre. Pas l’ombre d’une affiche du nouveau président.
« Non, qu’il ne descende pas au palais présidentiel maintenant »
Aussi est-il remarqué un calme plat à Banjul comme si rien de grandiose ne s’annonçait. Sur l’indépendance Drive, route qui mène au palais présidentiel, seuls les étals où les mêmes tee-shirts sont exposés trahissent l’indifférence qu’affiche la capitale sur le retour du 3e président gambien chez lui. Un groupe d’hommes dans l’antichambre du troisième âge palabrent devant une boutique. A les voir de loin, on a l’impression qu’ils discutent de tout et de rien. Que nenni ! « Nous discutions du retour de Barrow », introduit Moise Ndene. Journaliste de profession, il ne se fait pas prier pour exprimer la joie qui est la sienne depuis l’annonce du retour d’Adama Barrow en Gambie. « L’heure est à la grande mobilisation pour accueillir notre président comme l’exige son rang. Vous verrez ce que vous n’avez jamais vu », assure-t-il.
Toutefois, s’il ne dépendait que de ce sérère bon teint dont le physique et le visage rappellent le lutteur Yékini, Barrow ne descendrait pas de sitôt au palais présidentiel. « Vous savez mieux que moi les réalités africaines. Son prédécesseur est un homme très dangereux capable de toutes les ignominies. Nous qui sommes non loin du palais savons de quel bois il se chauffe », prévient-il. A l’en croire, le bruit selon lequel les prochains occupants des bureaux de la présidence risquent un empoisonnement chimique  se répand comme une traînée de poudre. Ses craintes ont-elles été prises en compte par les nouvelles autorités de la république islamique de Gambie ? Ça en a tout l’air puisqu’à sa descente d’avion ce jeudi 26 janvier, révèle Halifah Sallah, Adama Barrow mettra le cap chez lui. En attendant le « déminage » de State house ?



Jeudi 26 Janvier 2017
Dakaractu




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