Colonel Abdoul Aziz Ndao : Une vie sacrifiée


Colonel Abdoul Aziz Ndao : Une vie sacrifiée
Deux ans après avoir secoué le pays par la publications de deux tomes sur et "pour l'honneur de la Gendarmerie", le Colonel Ndao est jeté aux oubliettes. Loin de nous l'idée de remuer le couteau dans la plaie, mais avoir avoir relu le livre et analysé la situation, nous nous sommes dits que Dakaractu avait le devoir de rendre un hommage à ce vaillant soldat de la vérité. 
Les lignes qui vont suivre sont tirées de l'avant-propos de son livre. Nous ne pouvons ne pas vous les proposer, tant ces lignes restituent mieux que quiconque la vraie personnalité du Colonel Ndao. Prenez le temps de vous attarder sur la lettre de notre brillant confrère Aliou Ndiaye, ancien patron du groupe futurs média, lui-même remisé. 
Un texte poignant, profondément humain mais aussi une belle leçon de vie...

"Beaucoup de gendarmes, notamment des sous-officiers ont cru en mon action et en mon engagement. Ils ont été surpris et anéantis de me voir quitter le commandement.Des choses très graves leur ont été dites pour justifier mon limogeage de la fonction de Haut Commandant en Second de la Gendarmerie Nationale. La plupart d’entre eux n’ont jamais cru à tous ces mensonges, manipulations et fourberies pour justifier ma mise à mort. Jamais occasion ne m’a été donnée de pouvoir m’expliquer et me justifier. 

 

On m’a accusé d’avoir détourné deux milliards de nos pauvres francs dans des marchés nébuleux. On m’a accusé d’avoir voulu isoler le Général et de manquer de loyauté envers mon chef et la Gendarmerie. On m’a accusé d’avoir fait du népotisme en donnant des marchés militaires à mon épouse et à ma sœur. On m’a accusé d’intempérance, d’enrichissement illicite, d’adultère.Ces accusations ont été répétées aux gouvernements qui se sont succédés et toutes les décisions me concernant sont marquées et diligentées sur la base de telles informations et manipulations.Depuis tout avancement, toute décoration m’ont été refusés par le gouvernement de la République et la gêne que je constitue pour tous les Ministres des Forces Armées, semble donner à la longue,  raison à ceux qui ont décidé de m’anéantir.

 

Je n’ai nul besoin de m’expliquer face à des chefs manipulés et qui refusent de voir plus loin que ce qu’on leur a dit de moi. J’ai saisi ces chefs et autorités par des lettres officielles pour demander l’ouverture d’une enquête même administrative, pour faire la lumière sur mon cas. Je ne pense pas que ces personnes s’intéressent encore à moi aujourd’hui, elles préfèrent certainement me gérer dans mon exil « doré »  le temps qu‘ arrive ma retraite.

Cette gestion ne me dérange pas. Cependant, le regard de mes subordonnés m’oblige à leur parler pour rétablir la vérité. Beaucoup la connaissent, certains la devinent, d’autres en ont fait un combat dans la plupart des forums internet et n’ont jamais hésité à me défendre et à dire ce qu’ils pensent de moi.

Pour eux et pour mes enfants, j’ai décidé d’écrire ce livre.

Les manipulateurs l’analyseront comme un acte d’indiscipline. Les puristes de la chose militaire y verront un déballage inutile et malsain. Les mis en cause penseront à un acte de jalousie et pire, à des attaques pour me venger ou nuire.

 

Je me soucie très peu de ce qu’ils pensent et de qu’ils feront. J’ai besoin de dormir et de regarder mes interlocuteurs en face. J’ai besoin de savoir que personne, aujourd’hui, demain et dans mille ans, ne dira à ma lignée, votre ascendant a fait ceci  ou n’a pas fait cela.Ce besoin est plus fort que la discipline, mon honneur est en jeu. Autant j’ai risqué ma vie pour la défense des intérêts nationaux, autant je défendrai avec toute l’énergie requise mon honneur et mon nom.

 

Je suis un homme propre, je suis un homme digne et je suis un homme fier. Ceux qui ont voulu me salir et me déshonorer auraient dû trouver d’autres failles et d’autres méthodes.Je n’ai aucune prétention, encore moins de la rancœur. Ce livre n’a d’autre but et d’autre prétention que de sauvegarder ce que mon père et ma mère m’ont transmis et que j’entends transmettre intact à mes enfants. 

 

Cet article d'un compatriote m'a fait prendre conscience de mon devoir de faire face à des personnes sans foi ni loi pour défendre le peu de dignité qui pouvait me rester. 

 

Une banale affaire de mœurs a conduit le Cabinet d'un Ministre d'Etat, ministre de la République devant les juridictions pénales du pays. Le Ministre est resté en poste comme si de rien n'était et comme s'il n'était pas concerné par cette affaire dont non seulement il etait le principal instigateur mais encore plus grave,  le principal acteur. 

Les autres acteurs qui sont ses agents comme la victime ne sont pas investis de charges publiques. Ce ministre, comme moi, est un ancien enfant de troupe, soit un homme formé aux frais du contribuable pour savoir et ainsi mieux servir. Je reprends ici sans y changer une seule virgule l'article d’un journaliste pour mieux camper les enjeux de ce fait divers, parce que je fus moi-même l'objet d'un fait divers qui m'a poussé à douter de mon choix irrévocable de servir la Nation, l'Etat et mes concitoyens. La lettre d'Aliou NDIAYE aurait certainement satisfait mon épouse et mes grands enfants.

 

"Au nom de la Nation entière, je me permets de vous présenter des excuses. Les hommes de ce pays sont de grands pécheurs. Ceux qui ont jeté cette pierre à Monsieur Diombass Diaw, votre époux, ne sont pas des saints. Ni moi d’ailleurs, je vous l’avoue. Cette fragilité ne tient pas lieu d’excuse valable.  

 

L’explication est trop faible pour effacer votre douleur et sécher vos larmes. Toutes les femmes de ce pays m’en voudront certainement de verser dans les lieux communs. Les excuses bidon du mâle incapable de contrôler ses pulsions animales vous enragent à juste titre. 

 

Mais, croyez-moi, je suis sincère ! Sous nos dehors de durs à cuire, d’hommes de principe et d’armoires à glace, se cachent un caractère faible et un corps inflammable. L’orgueil nous empêche souvent de verser les larmes de tout notre corps. Je vous fais, à vous et à toutes, l’aveu de notre faiblesse fondamentale. Pardonnez-nous de n’être que des hommes ! Car, comme le dit si justement un chanteur français : c’est la peine maximale.

 

Le procès voulu par votre mari sera une longue torture. Le film de son corps dénudé devrait être projeté dans la salle des audiences du palais. Une salle de cinéma comme les autres. Ne vous attendez surtout pas à du respect, au minimum de respect. Des hommes vont se donner la répartie dans ce spectacle honteux. Ils auront à cœur de remplir leurs rôles, de mériter leurs honoraires et leurs réputations de bêtes médiatiques. 

 
Présumés innocents, les prévenus afficheront un semblant de sérénité qui vous choquera. Le ministre d’État sera présent dans la distribution, mais absent de la scène. Vous verrez ! Ceux qui ont tiré sur vos enfants useront de simples stratagèmes. 

 

La bonne vieille théorie du complot et du bouc émissaire a servi et servira. Vous serez en colère contre ces monstres et leurs monstruosités, mais Madame, qui s’intéresse à vos états d’âme ? Nos princes de hasard et leurs hommes requins ?

 

Après les débats d’audience orageux, les plaidoiries et les réquisitions, une peine avec sursis pourrait sanctionner un crime. Je ne suis pas un devin, mais dans l’esprit de bon nombre de concitoyens, la nature de la sentence ne fait pas l’ombre d’un doute. Il se pourrait même que la cadreuse paye pour les réalisateurs et le producteur. 

 

A ce moment précis, vous prendrez votre malheur pour une exclusivité. Détrompez-vous ! Dans ce pays, les hommes ont perdu l’usage de leurs poings. Les lions sont devenus des toutous. Ils ne protègent plus les femmes et abandonnent les enfants au premier agresseur. 

 

Nous sommes des lâches. Sans ce silence complice et cette désinvolture couarde, ces coupeurs de route n’auraient jamais osé attaquer votre famille. En plein jour ! Quant à votre mari, ce pauvre bougre mérite bien plus qu’une réprimande. Faites-en ce que bon vous semblera, mais laissez-le caresser la tête de ses enfants ! Pour soutenir le temple, dit le poète, il suffit d'un pilier.

Une Sénégalaise, c'est le Sénégal. Une Foutanké contient du Fouta. Ce qui brise un peuple peut avorter aux pieds d'une femme. Une Femme de Nder, de surcroît".

Sincèrement, votre compatriote Aliou Ndiaye.



Un officier engagé               
Je ne serai jamais Général de gendarmerie. Dieu en a décidé ainsi et le Khalife Général des Mourides, Serigne Sidy Mocktar MBACKE à qui ma famille a demandé une intervention pour me réconcilier avec le Président WADE, a répondu que mon père, qu’il a connu, qu’il a respecté et qui était un des plus solides piliers de sa famille, n’aurait jamais sollicité une telle intervention. 

 

Toute ma carrière, je me suis battu pour rester le meilleur de ma catégorie, dans l’engagement, la compétence, l’éthique et le service des autres. J’ai commis des fautes comme tout militaire qui se respecte. J’ai parfois fait preuve d’indiscipline notoire. 

 

J’ai souvent été puni pour des divergences de point de vue, ou d’appréciation, mais jamais, je n’ai commis de faute contre l’honneur ; jamais je n’ai commis de faute qui puisse entacher les trois mots qui guident mon engagement : HONNEUR, GLOIRE et FIERTE.

 

J’ai occupé des fonctions stratégiques, des fonctions importantes. J’ai eu très peu de fonctions de pouvoirs, j’ai eu des fonctions d’influence qui m’ont permis d’influer le cours de l’histoire et de marquer de façon indélébile mon action. 

 

Des hommes politiques, des religieux et des chefs militaires de grande valeur, m’ont fait confiance, et dans le secret des dieux, j’ai pu les amener à prendre des décisions stratégiques, déterminantes pour l’avenir du pays et le succès des Forces Armées.

 

Être Général aurait consacré une carrière exceptionnelle, un engagement sans faille et une compétence certaine. Ma famille en aurait été comblée et aurait compris les sacrifices consentis, les absences répétées, mais surtout la rigueur d’une vie qui exclut corruption, népotisme et concussion. 

Je suis un officier honoré, respecté, mais aussi un officier pauvre, obligé de compter ses sous et qui peut connaître des fins du mois difficiles. Je n’ai jamais cru devoir me servir. Je ne suis pas riche, je connais des fins de mois difficiles comme la plupart des camarades qui ont fait un choix comme le mien.

 

J’ai servi dans le respect scrupuleux des deniers de l’Etat, loin des salons feutrés, et loin des lumières de la République. Servir pour moi est un devoir, une obligation, une volonté de donner au service public, à l’Etat et aux citoyens en mettant ma vie, mon intelligence et ma foi au profit des autres.

 

Pourtant j’ai une richesse de vie que beaucoup me jalousent. J’ai voyagé à travers le monde, j’ai partout des amis exceptionnels, j’ai été aimé plus que de raison par des multitudes de femmes belles, courageuses et vertueuses. J’ai été à la table de grands seigneurs qui m’ont honoré et respecté. J’ai participé à de grandes conférences internationales, à des sommets et contribué largement dans la marche du monde.

 

Je ne serai ni le premier, encore moins le dernier Colonel déçu de ne pas être Général alors que toutes les Forces Armées s’y attendaient. Des officiers, plus illustres, plus intelligents, plus méritants sont partis à la retraite avec le grade de Colonel. Ils ont été et demeurent une gêne pour beaucoup d’officiers généraux moins méritants et moins engagés.

 

Je citerai le colonel Makha KEITA, le plus brillant de sa promotion et qui sera le seul à ne pas être Général. Makha est un brillant enfant de troupe qui figurerait dans le palmarès des 80 ans du prytanée en termes de prix et de notes. Makha est un brillant sportif, Makha est un officier du génie exceptionnel, les officiers du génie de sa trempe sont tous des Généraux. 

 

Makha KEITA est un officier handicapé, blessé de guerre, le seul en service comme le Général DELEAUNAYcommandant de Saumur dans les années 70. Makha a exercé des fonctions civiles et militaires très importantes. Il est parti à la retraite Colonel en 2001 et dix après, il continue de servir les Forces Armées.

 

Le Colonel Mbaye FAYE est aussi un officier de la trempe de Makha KEITA par son intelligence, son engagement et sa compétence. Mbaye FAYE est un des officiers d’état-major les plus respectés, tant sa conception est un art inné, qui fait de lui un artiste indispensable de la chose militaire. 

Mbaye FAYE a conduit de grandes études, il a conçu de grands principes et imposé des choix déterminants dans la stratégie générale des Forces Armées sénégalaises. Mbaye FAYE est un organisateur hors pair. Sa capacité de travail et l’amour du métier dont il fait preuve en font un moteur de recherches. Colonel à 44 ans, il est un des rares Sous-chef d’Etat-major à ne pas être Général.

 

Je citerai aussi Yoro KONE, une autre légende des Forces Armées sénégalaises, un homme de pouvoir exceptionnel et qui a eu un destin exceptionnel. Yoro KONE est connu comme le meilleur commandant de théâtre d’opérations. Il est un chef de grande envergure et des grandes opérations militaires. 

 

Yoro KONE est le seul officier à se voir doter du commandement du corps de bataille sénégalais, plus de 6000 hommes, unités territoriales comme unités de réserve générale réunies. Il a bétonné la Casamance et y interdit tout sanctuaire du MFDC pendant plus de cinq ans, il s’est’implanté dans Bissau et s’est opposé sans perte aux attaques du Général rebelle Ansoumana MANE. Yoro KONE a conduit des opérations de guerre qui auraient dû le faire nommer Général. 

 

Si de tels hommes, avec un parcours aussi exceptionnel, n’ont pas été nommés Généraux, pourquoi, moi, moins brillant, moins intelligent, et moins méritant, devrai-je prétendre à cette nomination. Ce serait faire preuve de manque de modestie mais surtout de manque de foi. Dieu n’a pas voulu que ces hommes exceptionnels portent des étoiles, il ne veut pas non plus que moi-même, j’en porte. 

 

Je remercie Dieu de cette attention, et de sa générosité, pour déterminer que ce grade ne m’aurait apporté que des malheurs et peut- être des méfaits sur moi et ma famille. Je suis un croyant et j’entends le demeurer. 

 

En tout état de cause, au moment où j’écris ces lignes, je suis le doyen des Colonels sénégalais toutes forces et tous services réunis. J’ose même avancer que je suis le dernier colonel nommé par le Président Abdou DIOUF encore en service dans les Forces Armées et pour trois ans encoe, les autres sont Généraux ou ils sont à la retraite ou enfin décédés. Je ne dois rien à personne, surtout au Président Wade, dont le régime a plombé une carrière pourtant très prometteuse.

 

Deux fois de suite, ce régime s’est trouvé des prétextes pour m’exiler loin des centres de décision, loin du territoire national. Je peux ainsi encore affirmer une autre certitude, je suis le seul officier sénégalais nommé Attaché militaire, naval et de l’air dans deux pays différents. 

 

Ces nominations à des postes certes convoités sont une preuve intangible de ma qualité intrinsèque d’officier, mais en fait un enterrement de première classe pour un officier de grande valeur.

 

Ce chapitre du généralat clos, il convient de poser des actes humains et de répondre humainement, de s’expliquer comme un homme face à des choix, à des engagements, à des faits qui interpellent l’officier que je suis, et après moi, ma famille et surtout mes enfants. Il n’est pas bon que la presse jette l’opprobre sur un homme. 

 

J’ai fait les choux gras de la presse, elle m’a accusé et des personnes méchantes en ont profité pour m’insulter ; des accusations graves ont été portées contre ma personne. Des hommes m’ont jugé et condamné.

 

Mon statut et mon métier ne me donnaient ni le droit de répondre, ni le droit de saisir les tribunaux. L’État que je servais et qui me devait protection, en a profité pour m’exiler et m’enterrer. Ma famille et surtout ma mère en a beaucoup souffert. 

 

J’aurai dû démissionner pour recouvrer ma liberté de parole et de mouvement. Deux choses m’en ont empêché, je suis un officier, et dans mon entendement, un officier ne démissionne pas ; en outre, j’ai besoin de ma solde pour faire vivre mes enfants et ma famille.

 

La seule solution que j’ai trouvée est d’écrire ce livre. Ce livre a deux buts, participer à la construction nationale en étant témoin de l’histoire dans les Forces Armées de mon pays, mais aussi dénoncer des réseaux mafieux et quelques conduites qui sont en train de détruire et détruiront l’idéal militaire".
Mardi 7 Juin 2016
Dakaractu




1.Posté par bassene le 07/06/2016 15:59
Les martyrs on s'en foue .

2.Posté par 86/3 le 07/06/2016 16:33
Du courage mon colonel on nous tu on ne nous déshonore pas

3.Posté par bibson le 07/06/2016 16:41
je voterai pour lui s'il se présente a l'élection présidentielle.

4.Posté par Pape le 07/06/2016 21:22
Le fait que personne n'ait eu a répondre des faits graves non contestables et non contestés montre que ce pays est dirigés par des gens qui ne sont pas à leur place
Et surtout que ce pays n'a pas les institutions libres ces institutions ont sanctionné celui qui a osé dénoncer des crimes
Respect colonel

5.Posté par Digne le 08/06/2016 11:01
Ce Colonel est un digne patriote de ce pays et incarne à la perfection, incontestablement, les vertus d'un vrai Chef militaire. Heureusement pour les croyants en Dieu Allah SWT, qui ont compris ce-ci : il faut que le destin de chaque être humain s'accomplisse.

6.Posté par Aldo le 08/06/2016 12:17
Il ne faut pas croire aux balivernes de ce prétentieux. Moi je l'ai connu en 1986 - 1988, il y'a énormément de choses qu'ils raconte dans son livre qui ne sont pas vraies. Malheureusement au Sénégal on aime les postures de victimes. Il a abusé le général qui lui a fait confiance et ceux qui disent qu'il n'a rien fait ne peuvent pas le jurer.

7.Posté par Gueye le 08/06/2016 18:42
BIg REspect COlonel

8.Posté par galass le 08/06/2016 20:31
Un homme de valeur respecté par tous. Respects mon Colonel.



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