Cinq ans de Y’en a marre : Un mandat entre gloire et incertitudes

Y’en a marre célèbre ses cinq ans ce mois de janvier. Ces animateurs ont connu de la gloire et de l’estime à travers le monde. Ils ont vécu aussi le temps des peines. Malgré tout, ils essaient de trouver un avenir à leur mouvement citoyen. L’Alternance n’a pas dissipé les frustrations. Cela légitime la persistance des indignations avec des décibels moins élevés que ceux qui ont accompagné le régime libéral dans sa chute.


Cinq ans de Y’en a marre : Un mandat entre gloire et incertitudes
C’est parce que leurs cœurs ne pouvaient plus tenir qu’ils cessèrent de gober l’appât de dérives et composer avec l’immobilisme. Y’en a  marre est né pour raviver le feu qui va consumer le régime libéral de Abdoulaye Wade. Des rappeurs et autres têtes bien faites ont su engager la musique loin des boîtes à rythmes et communier pour le départ du Pape du Sopi du pouvoir.
Le contexte était chargé de menaces et d’incertitudes, sans compter la «brise sanglante de Wade» qui a fait une dizaine de victimes pré-électorales. Le mouvement a subitement cristallisé des espoirs et des euphories. De réunions en conférences de presse, le tournant survient lorsque Abdoulaye Wade a proposé la levée du quart bloquant et l’élection simultanée d’un ticket présidentiel. A l’As­semblée nationale, la procédure d’urgence devait aboutir le 23 juin.
La capacité de lutte des acteurs politiques et de la Société civile a été testée la veille de l’examen de ce projet de loi. Cet après-midi, les Y’en-a-marristes préfèrent la place de l’Indé­pen­dance à la salle Daniel Brothier où «l’opposition de salon» avait déménagé. Des indignés mâtés et des blessés étaient le résultat du premier face-à-face entre Y’en-a-marristes et policiers. Le lendemain, les premiers ont gagné la bataille de la place Soweto. Le projet de loi a été retiré. Pour immortaliser cette journée épique, le Mouvement du 23 juin voit le jour. Celui-ci est fort du travail abattu en amont par la coalition de partis politiques et d’organisations de la Société civile.

Y’en a envie

Pendant que le rappeur Thiat est convoqué à la Division des investigations criminelles, l’opération «Ma Carte, mon arme» continuait de susciter sympathie et adhésion à travers les médias, les réseaux sociaux et dans les centres d’inscription. L’offre de tee-shirts floqués «Y’en a marre» a eu du mal à satisfaire la demande. L’hymne national ouvrait et fermait les activités. L’approche discursive de Y’en a marre n’accrochait pas uniquement des sympathisants.
La forte connotation hip-hop dans les messages a été lue par le régime d’alors pour lancer une contre-offensive. Wade recrute ses rappeurs et autres chanteurs, sponsorise et supervise le mouvement Y’en a envie. Malgré les fenêtres médiatiques ouvertes, les voix de ses animateurs étaient peu audibles. Le soir de l’élection de février a vu le candidat sortant au second tour. Il fallait achever le boulot. Y’en a marre soutient ouvertement le candidat Macky Sall en lançant l’«opération Doggali». Elle aboutit par une victoire.

Macky Sall à Y’en a marre : «N’ayez pas peur d’exercer le pouvoir»

Y’en a marre fait face à l’épreuve du pouvoir et de son avenir  dorénavant en pointillés. Reçu en audience par le vainqueur, le noyau dirigeant a été dragué en ces termes : «N’ayez pas peur d’exercer le pouvoir.» Fadel Barro et ses camarades choisissent de rester hors de l’espace gouvernemental pour jouer le rôle de veille et d’alerte. L’an­goisse de l’avenir faisant, ils travaillent à institutionnaliser le mouvement.
La période de l’euphorie est dépassée et le schisme observé a déplu dans les rangs des anciens compagnons de lutte. Ce fut le contraire pour le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, le Président américain Barack Obama et tant d’autres promoteurs de la révolution citoyenne. 

Balai citoyen et mouvement Filimbi, inspiration de Y’en a marre 

Depuis 2012, parallèlement  aux activités citoyennes, Y’en a marre élabore des projets qu’il soumet à des «partenaires financiers». C’est ainsi que le projet Dox ak sa gokh est déroulé. La liste des initiatives n’est pas exhaustive. Observant la gestion du pouvoir qu’ils estiment être en contradiction avec la «gouvernance sobre et vertueuse» sur bien des aspects, les Y’en-a-marristes poussent souvent le même cri, avec des décibels variables. Sauf quand il s’est agi de démolir le «mur de la honte» qui devrait sécuriser l’ambassade de la Turquie en chantier sur la Corniche-Ouest de Dakar.
Par ailleurs, Y’en a marre a eu un écho panafricain et au-delà de nos tropiques. Nombre de jeunes Africains vivant sous des régimes dictatoriaux ont tenté de dupliquer l’expérience sénégalaise avec des fortunes diverses. C’est le cas des répliques avec le Balai citoyen burkinabè, qui a considérablement participé au départ de Compaoré, ou  encore le mouvement Filimbi de la Rdc qui tente faire partir Kabila. Du coup, une  vocation de consultant est née. Spécialité : initier à crier Y’en a marre.

Le Quotidien
Mercredi 20 Janvier 2016
Dakaractu




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