Ma réponse à cette question est oui; le Sénégal peut parfaitement atteindre l’autosuffisance en riz en 2017.
Comment y arriver?
Il faudra multiplier la production moyenne de ces deux dernières années par 3,1 pour atteindre 1 600 000 tonnes nécessaires pour avoir 1 080 000 tonnes de riz blanc. Il semble utile de préciser à ce niveau que certains chiffres relatés dans la presse sont erronés. Au Sénégal, 2 ,2 millions de tonnes de riz paddy donneront au moins 1 430 000 tonnes de riz blanc, et non 1,2 millions. Une autre fausse information est celle relative à la production de 2013/14 (saison sèche chaude et hivernage). Elle n’est pas un peu moins de 340 000 tonnes, puisque le riz hivernal n’est pas encore mur et est tout vert dans les champs. Les données statistiques provisoires pour le moment disponibles ne concernent que la contre saison sèche chaude et peuvent être évaluées à 208 144 tonnes (réparties entre la vallée du Fleuve Sénégal et le Bassin de l’Anambé) contre une prévision de 230 200 tonnes, soit un taux de satisfaction de 90,4%.
Sur quel instrument s’appuyer pour arriver à tripler la production en trois ans.
Le Département de l’Agriculture et de l’Equipement rural a proposé sept (7) ruptures qui ont été validées en Conseil interministériel par l’ensemble des acteurs :
Redéfinition de la contribution des zones de production
La riziculture sénégalaise n’est pas qu’irriguée, elle est aussi pluviale. Il s’agira ainsi de faire en sorte que les zones ayant un potentiel d’irrigation (vallée du fleuve Sénégal et bassin de l’Anambé) assurent 60% de la production nationale et les zones où l’on pratique la riziculture pluviale 40%.
Des nouvelles variétés de riz (NERICA 1, 4, 5 et 6) permettent d’augmenter de façon exceptionnelle le potentiel de production dans les zones enregistrant une pluviométrie annuelle d’au moins 800mm. De Fatick, jusqu’à Kédougou, en passant par les régions de Kaolack, Kaffrine, Tambacounda, les riziculteurs aménagent leur arrière-cours, leurs anciens champs de mil ou de maïs pour produire du riz.
Redéfinition de la mission des zones de production pour l’approvisionnement du Sénégal en riz
La Vallée du Fleuve Sénégal qui a un énorme potentiel doit produire suffisamment pour nourrir toutes les régions couvertes (Saint Louis, Matam et Tambacounda) mais également les centres urbains (Dakar, Thiès, Touba, …)
Quant aux zones suffisamment pluvieuses, il faut travailler à rendre chacune d’elle autosuffisante. Dans cette perspective, Kolda est en mesure de nourrir Kolda ; Ziguinchor de même pour Ziguinchor)
Reconstruction du capital semencier
On ne peut parler de bonnes productions sans de bonnes semences. Le programme de reconstitution du capital semencier engagé par le Ministère de l’Agriculture et de l’Equipement rural a permis de disposer aujourd’hui de suffisamment de pré bases pour produire les semences certifiées nécessaires aux ambitions de productions.
Chaque fois que cela s’avérera indispensable, il faudra recourir à l’importation de variétés homologuées.
Maitrise de l’eau :
A ce niveau, il faut aussi préciser que si le potentiel irrigable au niveau de la Vallée du fleuve Sénégal est de 240 000 ha, la superficie aménagée est de 119 640 ha et non moins de 100 000 ha comme souligné dans la presse.
Il faut, il est vrai, augmenter le rythme de réalisation des aménagements hydro-agricoles. Dans ce cadre, 23 691 ha de nouveaux aménagements et 18 830 ha en réhabilitation sont en cours dans la vallée ; les 5000 ha du bassin de l’Anambé seront réhabilités au cours de l’année 2015, et un milliard FCFA est déjà mobilisé pour faire des aménagements de bas fonds au profit de la riziculture pluviale. On est ainsi très loin des 13 000 ha par an annoncé dans la presse.
Intensification de la Double culture :
La cinquième rupture à opérer est de s’appuyer sur le potentiel des variétés à cycle court existantes, de promouvoir la mécanisation pour mieux maîtriser le calendrier de la préparation des sols, de la récolte et du battage et d’améliorer le mécanisme de commercialisation du riz.
Dans cette perspective, un début de solution est trouvé avec la mise à disposition de tentes bâchées et d’un fonds de commercialisation de 5 000 000 000 FCFA au niveau de la CNCAS.
Augmentation du coefficient de transformation et amélioration de la qualité :
Le travail d’animation ainsi que les équipements d’appui mis à la disposition des producteurs ont déjà permis d’améliorer le coefficient de transformation qui est passé de 65% en moyenne à 68,5% cette année. Il faudra continuer dans cette lancée en promouvant une meilleure maîtrise des opérations post récolte.
Révision de notre stratégie de mécanisation :
Il s’agira d’associer l’expertise des artisans locaux au processus de mécanisation de la riziculture, par la production de batteuses telles que ASI et l’importation de matériel motorisé assemblé par les sénégalais.
Finalement, notre production nationale actuelle qui est de 30% de nos besoins et non 15 comme dit dans la presse, peut devenir suffisante si les efforts en cours de mobilisation sont maintenus.
Par ailleurs, l’idée juste d’engager le Sénégal vers l’autosuffisance en riz est plus que salutaire, compte tenu de la place qu’occupe le riz dans notre ration alimentaire.
La tournée économique que vient d’effectuer le Président de la République dans toute la vallée illustre la justesse de cette vision rassurante.
Waly DIOUF
Coordonnateur du Programme National d’Autosuffisance en Riz
(PNAR)
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