Bourde policière sur la mort d'Adama Traoré : Une nouvelle expertise médicale conclut à une mort par asphyxie

Réclamée par la famille du jeune homme décédé lors de son interpellation en juillet 2016, l'expertise, dont les conclusions sont révélées par Le Parisien, précise que l'origine de cette asphyxie reste encore à déterminer.


Bourde policière sur la mort d'Adama Traoré : Une nouvelle expertise médicale conclut à une mort par asphyxie
«La mort de Monsieur Adama Traoré est secondaire à un état asphyxique aigu, lié à la décompensation - à l'occasion d'un effort et de stress», affirment le professeur Jean-Patrick Barbet et le docteur Pierre Validiré dans leur rapport médical. Cette nouvelle expertise avait été demandée par la famille du jeune homme de vingt-quatre ans, mort le 19 juillet 2016 lors de son interpellation par des gendarmes. Selon les conclusions des deux médecins, révélées par Le Parisien de ce mercredi, la cause de cette asphyxie reste à établir.
Près d'un an après ce drame, qualifié de «bavure» policière par l'entourage et qui avait entraîné plusieurs nuits de violences à Beaumont-sur-Oise et ses environs dans le Val-d'Oise, ces conclusions viennent confirmer l'autopsie et la contre-expertise réalisée en juillet 2016 par un collège d'experts de l'Institut médico-légal de Paris qui avaient déjà toutes deux conclu à une mort par «syndrome asphyxique».
La thèse de l'ancien procureur de Pontoise, Yves Jannier, est ainsi mise en défaut. Le magistrat du parquet, aujourd'hui avocat général près de la Cour d'appel de Paris, déclarait le 21 juillet dernier qu'Adama Traoré «avait une infection très grave», «touchant plusieurs organes». L'examen de prélèvements réalisés sur le cœur d'Adama Traoré mettait «en évidence un ensemble de lésions compatibles avec une cardio-myopathie hypertrophique qui est potentiellement la cause directe de la mort», affirmait-il à l'époque. Ce dernier rapport écarte à nouveau l'existence de «lésions d'allure infectieuse» mentionnées dans l'autopsie et mises en avant par les autorités à l'époque, mais non relevées lors de la contre-expertise.
La thèse du placage ventral des gendarmes mise en avant par l'avocat de la famille Traoré
Après cette contre-expertise, qui ne mettait pas en évidence de traces de violence, la famille avait demandé une nouvelle expertise, acceptée par les juges d'instruction parisiens chargés du dossier, depuis le dépaysement de l'enquête à Paris en janvier dernier. Néanmoins, la question de savoir si Adama Traoré est mort par asphyxie suite notamment à une fragilité cardiaque ou à une compression thoracique lors de l'intervention des gendarmes, ou à ces deux facteurs cumulés, «n'est pas tranchée» à ce stade des investigations, estime une source proche du dossier.
L'avocat de la famille Traoré, Yassine Bouzrou, est plus affirmatif au micro d'Europe 1: «Contrairement aux allégations médiatiques du procureur de la République de Pontoise de l'époque, M. Adama Traoré souffrait d'aucune infection et donc nous pouvons affirmer clairement l'hypothèse de la famille, à savoir des violences volontaires ayant entraîné la mort. Nous espérons donc que les trois juges d'instruction saisis en tireront toutes les conséquences en poursuivant les gendarmes qui font l'objet d'une plainte». «Une des causes possibles de la mort, c'est le placage ventral des gendarmes qui contribue à une compression thoracique», ajoute l'avocat de la partie civile. La contre-autopsie réalisée fin juillet ne montrait quant à elle «aucune trace de violence».
Lors de son arrestation, sous des températures caniculaires, le jeune homme âgé de 24 ans avait été maintenu au sol sous «le poids des corps» des trois gendarmes, selon une source proche de l'enquête citant les déclarations de l'un des militaires, qui assurait n'avoir porté aucun coup. Jusqu'ici, les trois gendarmes ont seulement été entendus en tant que témoins. Une autre interrogation porte sur les secours prodigués à Adama Traoré lors de son interpellation. Alors qu'il avait fait part à ce moment-là de difficultés respiratoires, selon l'un des gendarmes auditionnés, il aurait été mis en position latérale de sécurité par les militaires. Ces déclarations des gendarmes ont pourtant été contredites par le témoignage d'un sapeur-pompier arrivé après le malaise d'Adama Traoré, lequel estime que le jeune homme était «face contre terre, sur le ventre, mains dans le dos menottées».
Le Figaro
Mercredi 5 Juillet 2017
Dakar actu




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