Barthélémy Dias, le coupable idéal d'une justice instrumentalisée (par Aliou Sambou Bodian)


Barthélémy Dias, le coupable idéal d'une justice instrumentalisée (par Aliou Sambou Bodian)
Nous sommes le 28 décembre 2011, date à laquelle Monsieur Barthélémy Dias, maire de la commune d’arrondissement de Sacré-Coeur/Mermoz à Dakar, est placé sous mandat de dépôt. Visé par trois chefs d’inculpations : homicide volontaire, coups et blessures volontaires et détention d’arme à feu sans autorisation administrative.
Et c'était pas son premier épisode avec la justice sous le régime dirigé par le président Abdoulaye Wade, mais cette fois les raisons sont toutes particulières car marquées par la mort d'un homme. Et ce dernier aurait succombé à ses blessures, sous l'effet des balles tirées par le maire socialiste, qui pour se dédouaner, avait clamé son innocence en soutenant avoir agit sous le coup de la légitime défense. Au motif que la bande à Ndiaga Diouf(mort par balle), était sous les ordres des libéraux qui voulaient en découdre avec lui.

Mais sa détention aura duré que 6 mois, car le 21 mai 2012, il huma l'indépendance, au nom d'une liberté provisoire octroyée, par le régime de Macky Sall. Et Barthélémy Dias qui était de tous les combats pour faire chuter le régime Wade, ne devait sous aucun prétexte rester dans les geôles de la détention, et ce malgré le crime commis. Sa libération sonnait aussi au-delà d'une récompense politique, comme une vengeance ou revanche à l’endroit d'un régime qui avait assouvi son désir de tenir le sulfureux «Dias fils», éloigné de la révolution anti «Wade». La suite logique de ces heures de gloires loin de la prison conduisit Barthélémy Dias, à l'Assemblée Nationale comme député, et mieux encore, comme membre du bureau de cette institution.

Savourant ainsi, cette ère de liberté en parfaite collaboration et harmonie avec les députés et autres leaders de la coalition Benno Bok Yakkar , au pouvoir depuis l’avènement de la deuxième alternance. Mais cet amour, à semble t-il subi un coup depuis que Barthélémy Dias, a fourché sa tenue de révolutionnaire et qui sans doute lui a valu la réputation qu'on lui connaît; celle d'un contestataire qui sait souvent donner des coups là où ça fait le plus mal.

Tout a démarré avec son refus de concert avec d'autres leaders socialistes de voter le projet constitutionnel proposé par le président Macky Sall et soutenu majoritairement par des partis de la coalition Benno Bok Yakar, dont sa formation politique, le Parti Socialiste. Ce qui constitua un premier défi à l'endroit du Secrétaire Général du PS, Ousmane Tanor Dieng, dont il était pourtant très proche jusqu’à un passé récent et qui était lui, favorable au vote de la nouvelle constitution.

Dans cette nouvelle phase de rébellion, Barthélémy Dias alla plus loin en critiquant la gestion du régime en place, attaquant de façon acerbe la gestion supposée confuse dans l'attribution des licences d'exploitation des matières premières découvertes au Sénégal, notamment le pétrole. Enfonçant le clou, il dénonça l'implication de la famille du président Macky, dans ce dossier citant nommément Aliou Sall, jeune frère du président de la République, et maire de Guédiawaye.
L'ancien prisonnier sous Wade n'a pas non plus hésité à soutenir les allégations de l'ancien inspecteur des Impôts et Domaines qui avait ouvertement accusé l'Assemblée Nationale de ne pas s’acquitter de ses impôts.

Le dernier défi qui a officialisé son ancrage dans l'opposition, fut son apparition à la marche du 14 octobre 2016, aux côtés des partis de l'opposition réunis sous la bannière « Manko Wattu Sénégal ».  Et comme il en a pris l'habitude ces derniers temps, il avait une nouvelle fois brocardé le régime en place estimant entre autre, que sur la question du pétrole, le peuple sénégalais a été escroqué.
Mais quelques mois déjà après les premiers prémisses d'une radicalisation du maire de Sacré-Coeur/Mermoz,  vis a vis des actions du gouvernement en place, des voix émanant de la mouvance présidentielle s'étaient levées pour demander qu'il repasse devant la justice pour l'affaire du meurtre mentionné à l'entame de cette contribution.

Réinterrogeant l'histoire à cet effet, je me souviens d'un après midi au retour d'une audition face aux enquêteurs sur le meurtre de Ndiaga Diouf, niché sur une voiture double cabine, les doigts levés en signe de victoire. Barthélémy Dias a été acclamé par une foule en hystérie lors d'un rassemblement à la place de l'Obélisque, tous ou presque chantonnaient le refrain suivant: « Pow pow, pow pow, pow pow, » faisant  allusion aux balles tirées par le jeune leader et qui avaient fait un mort. Ce jour sous l'effet d'un idéal qui consistait à tout prix: défier le régime Wade. Tous les leaders de l'opposition et manifestants présents l'avaient idolâtré, et l'avaient hissé au rang de héro.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les mêmes qui réclament aujourd'hui sa traduction devant les tribunaux pour meurtre, l'avaient soutenu hier face à la justice.
Les mêmes qui aujourd'hui le taxent d'assassin ont pendant prés de 5 ans cohabité avec ce supposé assassin tout en louant ses mérites, et n'ont jamais évoqué son passé carcéral encore moins dépoussiéré le dossier relatif à la mort de Ndiaga Diouf. Pas en tout cas, pendant tout le temps qu'ils trinquaient au bonheur d’être sortis de la galère et de partager ensemble les jouissances de l'émergence.

Cependant, maintenant que le divorce est scellé nous assistons à une surprenante coïncidence; entre ¬la radicalisation du socialiste à l'endroit de la mouvance présidentielle ¬son ancrage dans le combat de l'opposition actuelle ¬la demande de la réouverture de son dossier par des proches du président de la République et ¬la réouverture effective du dossier devant la justice.
Si ces événements surviennent par coïncidence comme nous l'espérons,  cette coïncidence reste tout de même troublante, car la justice a eu sans doute les pleins pouvoirs de traiter le dossier depuis la liberté provisoire accordée, en mai 2012.

Il serait aujourd'hui difficile d'exterminer de cette affaire un émiettement politique eu égard aux multiples appels de partisans du Président qui ont ces derniers jours plaidé pour la réouverture du dossier et qui sans doute ne sont pas animés par la seule volonté de faire briller la vérité dans cette affaire, car jamais ils n'ont témoigné la moindre sympathie ni compassion à l'endroit des parents du défunt, Ndiaga Diouf. Et si les partisans du chef de l’État sont si obstinés par le désir de faire triompher la justice sous toutes ses formes, ils auraient vivement entre autre encouragé la traduction du dossier Pétrotim impliquant le jeune frère du président Macky, devant les tribunaux afin qu'aucune zone d'ombre ne couvre ce sujet à polémique. Mais là encore, ces militants à la solde du régime actuel peuvent avoir dans notre jugement, des circonstances atténuantes, du fait, que si leur position est dénudée de tout fondement d'équité et de justice, ils peuvent se rabattre, eux, sur une démarche politique visant à neutraliser un redoutable adversaire pour justifier leurs agitations.

Mais difficile alors de comprendre cette réaction subite de la justice qui, nous le rappelons a convoqué Barthélémy Dias le jeudi 20 octobre 2016.
Et cela nous rappelle dans la foulée la volonté qui avait été exprimée par des partisans du pouvoir, de voir l'inspecteur Sonko, radié de l'administration. Le vœu à été exaucé à la lettre, malgré les vices de formes et l’excès de pouvoir qui ont couronné la procédure qui a abouti à l'exclusion de ce brillant fonctionnaire, brillant opposant aussi. Entre autre raison qui aujourd'hui, nous amène à douter de l'autonomie de la justice dans ce nouvel épisode. Et nos inquiétudes reposent surtout sur une pile d'actes posés par le chef de l’État et son régime et qui ont fini de jeter le discrédit sur la réelle marge de liberté accordée au pouvoir judiciaire sur certains, sujets et dossiers.

Nous citerons à titre d'exemple le fait que le président ait déclaré, de façon surprenante et à la fois gênante pour un État de droit où on prône une séparation des pouvoirs, avoir mis le coude sur des dossiers de personnes concernées par la traque des biens supposés mal acquis. Nous ajouterons à cet exemple la réaction du Chef de l’État sur le séjour carcéral du militant libéral, Mamadou Lamine Massaly. Le président s'apostropha en ces termes, selon une version exposée dans la presse et jamais démentie, « ne me dites pas qu'il est encore en prison », moins de 48h après Mamadou Lamine Massaly recouvra la liberté. Et nous pouvons aussi mentionner les dossiers des directeurs et responsables politiques épinglés pour mauvaise gestion et malversation financière et qui aujourd'hui circulent comme si de rien n'était. Et en fin notons dans cette triste liste, les multiples  demandes de membres de la société civile, de politiciens, de sénégalais lambda pour une saisine du Procureur Général sur l'affaire «Pétrotim», qui implique le jeune frère du président Macky Sall, et là encore, nos magistrats sont restés aphones.

Ces exemples demeurent un échantillon parmi tant d'autres, où la justice nous semble t-il, se plie aux injonctions des tenants du pouvoir qui décident; quand et qui doit répondre de ses actes et qui doit bénéficier d'une immunité parentale, politique ou amicale...?

Ainsi le Jeudi 20 octobre,  Barthélémy Dias fera une nouvelle fois face au juge. Nous ne lui avions pas acclamé ou hissé au rang de héro lorsqu'il avait tiré à bout portant sur Ndiaga Diouf car nul ne doit se réjouir de la mort d'une personne. Et nous étions surtout moins convaincus de l'argument de légitime défense brandi  par le maire de  Sacré-Coeur/Mermoz , pour justifier son acte.

Par contre cher compatriote, Barthélémy Dias, aujourd'hui, nous te manifestons tout notre soutien, car nous sommes contre la politisation de la justice, notre soutien s'inscrit aussi dans une perspective qui consiste à faire comprendre à nos autorités que la justice est l'arme qui doit protéger tous les citoyens et ne doit en aucun cas être au service d'un pouvoir ou plutôt du camp des vainqueurs.Non! la justice ne doit pas être une instrument de vengeance et de règlement de compte politique. Montesquieu disait à ce propos: «il n'y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l'on exerce à l'ombre des lois et avec les couleurs de la justice».

Aliou Sambou Bodian
Journaliste
Mardi 18 Octobre 2016
Dakaractu




1.Posté par Mbaye Taxi le 18/10/2016 09:08
N'importe quoi. Un assassin est un assassin. /-

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