Bamba Kassé : “je n’ai rien à me reprocher au tribunal de ma conscience...”

Certaines mauvaises langues ont beau vouloir établir un lien entre l’information publiée dans le journal Le Quotidien faisant état de la décision du Président de la Fédération sénégalaise de basket d’inscrire son nom-ce qui est une grande première, sur la liste des futurs bénéficiaires des largesses du Président de la République à la délégation qui avait conduit les Lionnes championnes de l’Afrobasket à Yaoundé, mais le désormais ancien chargé de Communication de ladite Fédération affiche une sérénité à toute épreuve. Et dort, profondément, la nuit, poings fermés.

“Pour la bonne et simple raison qu’à aucun moment, durant mes fonctions, je ne suis allé au-delà des règles et valeurs qui guident à l’exercice d’une telle mission : la discrétion, la loyauté et l’éthique”, a affirmé Bamba Kassé, dans une interview accordée à Actusen.com.

Avec le sentiment de la mission accomplie à ce poste qu’il occupait depuis 2009, notre confrère de déclarer à qui veut l’entendre qu’il je me trouve très loin d’une telle justification, puisque n’ayant rien à me reprocher au tribunal de ma conscience. Son rôle à Yaoundé auprès des Lionnes, l’amalgame autour de la délégation et du groupe de performance, les remerciements avec son ancien employeur et ses confrères, sa non-obsession aux largesses que le Président Sall a promises aux championnes d’Afrique, Bamba Kassé a ergoté sur tout. Entretien !


Actusen.com : Vous avez été récemment relevé de vos fonctions de chargé de communication de la Fédération de basket du Sénégal. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?

Bamba Kassé
: Je prends cette nouvelle avec beaucoup de philosophie. Je n’ai pas officiellement reçu d’explications, à la fin de cette collaboration. Le seul acte, qui ait été posé dans ce sens, a été une notification que j’ai reçue du Secrétaire général de la Fédération.. Ni avant cette mesure, ni après, je n’ai reçu d’explication. Je prends, quand même, cette décision avec beaucoup de philosophie, parce que je ne me voyais pas éternellement dans cette fonction. Je rappelle juste avoir occupé ce poste en 2009, lorsque le Sénégal avait également gagné chez les filles, avant de revenir sur demande du Président du CNBS d’alors, Serigne Mboup. A chaque fois, je suis arrivé au terme de la mission, sans aucun reproche.

Actusen.com : Avez-vous le sentiment que votre limogeage a un quelconque lien avec l’article publié dans le journal Le Quotidien, il y a quelques jours, et qui révélait que le Président de la Fédération avait inscrit son nom sur la liste des futurs bénéficiaires des primes et des logements promis à la délégation des Lionnes championnes de l’Afrobasket?

B.K
: Je dois vous avouer que je n’ai jamais vu de liste. Jusque-là je n’ai pas eu ce privilège. Je persiste à croire que ce n’est pas là la justification de ma mise à l’écart, parce que ce serait grave que cela soit la principale raison de mon limogeage. Pour la bonne et simple raison qu’à aucun moment, durant mes fonctions, je ne suis allé au-delà des règles et valeurs qui guident à l’exercice d’une telle mission : la discrétion, la loyauté et l’éthique.

Personne ne peut m’accuser d’avoir porté sur la place publique une information qui concerne le fonctionnement interne de l’instance. Au contraire, je me suis toujours évertué à rappeler aux uns et aux autres l’obligation de réserve et le respect du secret de réunion et de délibération.

Certes, en l’absence d’explication officielle, on peut être tenté de croire à une relation de cause à effet entre ces deux faits (publication dans le Quotidien d’un article où le Président est mis en cause et limogeage du chargé de communication), mais, à mon niveau, je me trouve très loin d’une telle justification, puisque n’ayant rien à me reprocher au tribunal de ma conscience.

Actusen.com : Au-delà de votre ex-statut de chargé de communication, vous êtes journaliste de profession qui doit être adossé à l’éthique et à la dignité. Vous avez dû être meurtri, quand certains ont semblé remettre votre loyauté, en pensant que vous étiez derrière la divulgation de cette info par nos confrères du Quotidien ?

B.K  
: Je le dis et je le répète : jamais, je n’ai fait du ”porter-presse”. Je ne suis pas un adepte de cette pratique. Si j’ai quelque chose a dire ou a revendiquer, je le fais directement à l’endroit de la personne concernée et si je ne suis pas satisfait, j’en tire les conséquences. et puis, c’est faire une insulte au peu d’intelligence qui me caractérise que de faire fuiter une information et de me faire citer dans l’article qui en parle !

J’ai toujours été loyal, discret et j’ai toujours respecté les règles éthiques de ma profession. Qu’on me vire, je l’accepte, mais qu’on veuille mettre mon honorabilité professionnelle en doute, je ne saurais le tolérer.

Actusen.com : Dans une interview accordée à nos confrères de L’Observateur, le Président de la Fédération, Me Babacar Ndiaye, nie l’existence de deux listes ; une de dix-huit concernant les logements, et une autre de 24 pour la prime spéciale. Êtes-vous de son avis ?

B.K
 : Encore une fois, je n’ai pas vu de liste. Je n’ai jamais été associé à la confection de celle ci. Je sais juste que le Président de la République et le peuple sénégalais ont déjà manifesté au basket toute leur satisfaction après le titre de Yaoundé. Je sais également que si le Chef de l’Etat décide de récompenser les acteurs de cette performance, c’est une bonne chose. Quid de ce qu’il va leur donner ou pas, je n’en sais rien.

Je ne sais que ce qui est annoncé publiquement, c’est-à-dire que le basket aura une salle aux normes internationales. C’est là le plus grand cadeau qu’on puisse faire à une discipline qui a quand même onze titres continentaux.

Actusen.com : Le Président de la Fédé a dit que c’est lui qui vous avait nommé au poste de chargé de communication et qu’à ce titre, il peut se séparer de vous sans motif. Pour autant, a-t-il été élégant dans votre limogeage ?

B.K
 : Je lui laisse la responsabilité de son acte. J’aurais souhaité qu’en gentleman, on en parle au moins parce qu’avant de me nommer, il m’en avait parlé. Mais s’il a choisi cette voie, je reconnais que c’est en rapport avec ses prérogatives. Vous savez à la Fédération, il y a ceux qui ont un mandat électif, donc élus par la l’Assemblée générale et ceux qui sont nommés et qui, donc, peuvent être révoqués. Je fais partie de cette deuxième catégorie et j’en prends acte. Et au fond de moi, je ne lui en veux pas, pour des raisons personnelles.

Actusen.com : A la Fédération, on parle de délégation et de groupe de performance. Pouvez-vous éclairer la lanterne de l’opinion, au sujet de ces deux termes?

B.K
 : Que je sache, à la Fédération, on ne parle que d’une délégation. Maintenant, il faut savoir qu’en sport, il y a la délégation et le groupe de performance. L’un peut englober l’autre, comme il peut déborder l’autre ; tout dépend des finalités. Ce qui est clair, c’est que le groupe de performance de Yaoundé était composé de tous les acteurs, qui ont concouru à la réalisation de la performance ; et à ce titre, on ne saurait exclure la communication qui a apporté son expertise notamment dans l’équilibre du groupe.

Actusen.com : Quel a été votre rôle à Yaoundé?

B.K
 : Mon rôle, en tant que press-officer, a consisté à servir de tampon entre les médias et le groupe sportif, d’une part ; et à conseiller et anticiper sur d’éventuels problèmes, de l’autre. Comme du reste, je l’avais fait à Tunis avec les garçons. Vous savez un groupe, ce sont des personnes, des égo et un contexte changeant, selon qu’on gagne, qu’on perde, qu’on soit sur la dynamique de l’objectif ou pas.

Le rôle du Press-Officer, c’est de conseiller, d’orienter et d’anticiper sur les problèmes. Vous avez vu qu’après les quarts de finale, je me suis rapproché des filles, avant la zone mixte pour les briefer, parce qu’après cette victoire sur le Mali, il fallait recentrer les esprits sur le match suivant et éviter tout discours triomphaliste. C’est également avant de match que sur la base des feedbacks, j’avais briefé Ramata Daou pour qu’elle s’exprime pour la première fois, après l’incident qu’elle avait vécu.

Entre autres, mon rôle a surtout consisté à préserver l’équilibre du groupe. Par exemple, lorsque certains traitaient les filles de mémés, il a fallu identifier celles qui étaient les plus atteintes par une telle déclaration et leur tenir un discours qui puisse les pousser à faire l’impasse, à ne pas faire de déclaration incendiaire et à se concentrer sur l’objectif.

Actusen.com : Que dites-vous à vos confrères et à votre ancien employeur ?

B.K
 : Remercier tous ceux qui m’ont été d’un soutien dans la réalisation de cette mission. A commencer par mon employeur, mais aussi mes confrères qui ont été très professionnels avec moi. Remercier également ceux qui, depuis que cette nouvelle a été rendue publique, me témoignent leur sympathie. Je voudrais à ceux-là dire qu’on peut biffer un nom, mais on ne peut changer le cours de l’histoire. Et l’histoire retiendra que j’y étais, à Yaoundé 2015.
Mardi 3 Novembre 2015
Dakaractu




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