Baba Tandian : " Le coup que Me Wade m'a fait (...) Le Président Macky ne doit pas écouter les faucons, notre économie clopine (...)"

Dans ce deuxième et dernier jet de l'entretien que nous a accordé l'imprimeur de renom, Baba Tandian y évoque l'actualité politique au Sénégal; mais également ses relations connues avec bien des chefs d'Etat. Interview!


Baba Tandian : " Le coup que Me Wade m'a fait (...) Le Président Macky ne doit pas écouter les faucons, notre économie clopine (...)"
Dakarctu: A vous entendre parler, l'expérience du défunt quotidien "Le Matin" semble exaltante, mais dites-nous les difficultés  auxquelles vous avez été confrontés avec ce canard?
 
Baba Tandian : Vous conviendrez avec moi que des difficultés on en croise un peu partout, mais pour dire vrai j'en ai bavé avec mes employés, notamment vos collègues journalistes qui sont passés au défunt "Le Matin". Permettez-moi de citer et de remercier vivement également Aly Bandel Niang, Abdou Karim Diarra, El Malick Seck, feu Alain Agboton, le maître Mame Less Camara, Yakham Mbaye, Ibou Fall, Kane, Yoro Dia.. . Cela dit, à mes débuts j'étais l'imprimeur du journal Sopi qui appartenait à Me Wade, à l'époque farouche opposant du régime socialiste. C'était en 1988. Ce journal qui tirait à bout portant à chacune de ses parutions sur le régime, dérangeait au sommet de l'Etat.
Et feu Jean Collin, qui n'est plus à présenter, au summum de son pouvoir, était pour ceux qui ne l'ont pas connu très redouté par tout le monde de par sa capacité de nuisance. Il avait à l'époque envoyé des correspondances à tous les imprimeurs leur instruisant de ne plus tirer le journal de Wade. Puisqu'il ne me connaissait pas, parce que je venais de débarquer au pays, j'étais du coup épargné. Il m'oublia en fait parmi les imprimeurs qui avaient reçu sa correspondance. Mais, il a fini par découvrir que je tirais Sopi. Et du coup, j'étais dans sa ligne de mire et je vous dis, j'ai subi d'énormes pressions; il y avait des policiers constamment collé à mes basques, j'étais filé comme pas possible. J'ai fini par abdiquer. Par l'entremise de Me Ousmane Ngom, qui est resté mon ami, je dirais plutôt mon frère,  je suis allé voir Me Wade à son domicile du Point E pour lui faire part de mon désarroi. Je n'en pouvais plus tellement la pression était énorme. Wade m'a religieusement écouté et il a compris ma situation. N'empêche nous avons gardé de bons rapports en dépit du fait que je ne tirais plus son journal qui paraissait hebdomadairement et était tiré a 50.000 exemplaires; cela se vendait en deux heures de temps. D'où la peur bleue du régime parce que ce canard était assez influent. 
Je vous ai raconté tout ça, juste pour vous dire et vous n'êtes pas sans le savoir étant du milieu, cette pression exercée  sur la presse notamment par les pouvoirs publics. Mais cela se comprend d'autant que comme on le dit presse et pouvoir ne font pas souvent bon ménage. A d'autres niveaux des plus insoupçonnés, ces pressions se multiplient et s'intensifient mais on gère (rires). Nous vivons d'autres difficultés que je ne saurais toutes citer ici.
 
 Dakaractu : Vous avez eu à côtoyer l'ancien Président Me Wade, quelle image gardez-vous de lui?
 
Baba Tandian : (rires) Je vais d'abord vous raconter le coup que Me Wade m'a fait et qui reste gravé dans ma mémoire. A chaque fois que je vois Me Wade, c'est ce souvenir qui me revient et je ne peux m'empêcher d'en rigoler. 
Un jour, je revenais de ma gym et je reçus un appel du service protocole du Président de la République. Le monsieur au bout du fil me disait que le Président avait besoin d'urgence de moi, donc il fallait que je me presse pour aller à la Présidence de la République. J'ai demandé au Monsieur que je ne vais pas tarder; je devais juste retourner à la maison pour me changer. Ce qui fut fait en un tour de main. Arrivé chez le Président Wade, j'ai été conduit dans son bureau. Et le Président m'accueillit à bras ouverts. Nous avons discuté de tout et de rien, mais particulièrement sur l'actualité du pays. Après avoir discuté de choses sérieuses, le président me demanda de rester un moment. Et c'était parti pour des contes et anecdotes à couper le souffle. Je pouffais de rire et je vous assure que j'éclatais de rire à tel point que les gendarmes entendaient ma voix  parce que Me Wade me faisait marrer avec des contes et anecdotes dont il est le seul à détenir l'emphase. C'était un mois de ramadan. Et vers les coups de 19 h et quelques minutes, Me Wade me dit : "Tandian, tu peux disposer!"
Je lui rétorque : "Ah Mr le Président, c'est bientôt l'heure de couper le jeun; je préfère rester pour au moins couper avec vous!" Il me balance : "Tandian, il n'en est pas question, en tout cas pas pour aujourd'hui; n'insiste pas je dois regagner mes appartements, sinon je vais appeler la sécurité du Palais!" Joignant la parole à l'acte, je ne sais comment des gendarmes ont surgi dans le bureau et Wade de leur dire en rigolant : "Faites le sortir, quitte à lui mettre un pistolet sur la tempe; mon ami Tandian refuse de quitter le palais!"
Et je vous dis, les gendarmes m'ont sorti du Palais mais avec courtoisie. Je continuais de rigoler, Wade idem. Jusqu'à l'heure H ou nous parlons, je n'en reviens toujours pas. Mais, c'était une plaisanterie parce qu'il m'avait convié après à sa table à manger. Il a été toujours présent à chaque fois que j'ai recouru à lui, notamment lorsque je présidais aux destinées du basket Sénégalais. Vous savez moi, je ne quémande pas; il ne m'a jamais offert un centime, encore moins un lopin de terre; mais le Président Wade accédait à ma requête à chaque fois que l'équipe nationale avait besoin de l'avion Présidentiel. 
Là où je tire le chapeau à Wade, c'est lorsque mon oncle le Président Tandian du Niger avait été arrêté. Il avait instruit Me Madické Niang, à l'époque patron de la Diplomatie Sénégalaise de m'accompagner au Niger et Wade avait pesé de tout son poids, sur le plan de le diplomatie jusqu'à obtenir gain de cause.  Des exemples comme ça, je peux en citer encore. C'est un monsieur multidimensionnel. 
 
Dakaractu : Que dites-vous du Président Diouf que vous avez également fréquenté ?
 
Baba Tandian : Pour votre gouverne, je suis pratiquement ami avec beaucoup de chefs d'Etat. Parmi eux Ould Taya, Ould Vall, le Président Aziz, Blaise Compaoré qui a récemment perdu le pouvoir, Toumani Touré etc... Je suis également ami à toute la classe politique Sénégalaise, à toutes les chapelles religieuses; bref je n'ai vraiment pas de sens interdit.
S'agissant du Président Diouf, c'est un commis émérite de l'Etat qui garde la tête sur les épaules. Il marquera à jamais l'histoire politique du Sénégal. Il est sorti une première fois par la grande porte et il va quitter la tête de la Francophonie par la grande porte, la tête haute. C'est quelqu'un qui m'a couvé et n'eût été lui, je crois que je n'allais pas investir autant dans mon entreprise. Je veux dire par là que le Président Diouf m'a motivé à investir, m'investir plutôt pour mon pays. Je lui dis à travers Dakaractu, Chapeau bas Président! Je ne saurais terminer cette parenthèse sur Diouf sans remercier sa dame avec laquelle j'ai eu à collaborer à travers sa fondation au même titre qu'avec Mme Wade. J'en profite pour demander à ceux qui s'en prennent à Mme Marième Faye Sall d'aller se renseigner sur le mode de fonctionnement d'une fondation, particulièrement d'une Première Dame. Et c'est en toute connaissance de cause que je le dis.
 
 
Dakaractu : Et Macky Sall?
 
Baba Tandian : Ça, c'est un frère.! Je l'ai connu alors qu'il était ministre sous Wade. Nous avons depuis lors gardé de bons rapports. Ce qui me frappe chez le Président Macky Sall, c'est  son calme olympien. Vous lui mettez une dynamite après son passage, et c'est à peine qu'il se retourne. L'homme m'a charmé par sa courtoisie. Son sens d'écoute pour ne citer que ces traits de caractère.
 
 
Dakaractu : Quel bilan faites-vous alors de son magistère?
 
Baba Tandian : Convenez avec moi que c'est encore prématuré de dresser un bilan. Il faut reconnaître quand même que Macky a réussi beaucoup de choses; il a réussi à instaurer l'autorité de l'Etat. Macky tente de développer l'agriculture, il essaie d'inculquer le culte du travail au commun des Sénégalais. Je veux dire par là qu'il essaie de changer la mentalité des gens. Il est aussi venu avec sa "baraka"; je fais allusion à ses découvertes de pétrole entre autres...
Par contre, là ou c'est difficile pour lui, c'est ce retard de l'envol de notre économie; qui reconnaissons-le, clopine. Cela est dû notamment à cette traque qui nous a pris et continue de grignoter du temps. D'aucuns ont pensé que cette traque des biens supposés mal acquis allait être règlé sur un coup de baguette magique, mais ils se sont fourvoyés; c'est une affaire qui s'est révélée complexe. Cela a créé malheureusement un climat de suspicion tout en plombant notre économie. 
Bon, il lui reste encore deux ans et demi, alors attendons de voir. Cela dit, le Président ne doit pas écouter certains faucons que je me garderais de citer. 
Il a été bien élu, plébiscité à 65 %, je veux dire par là qu' il a une légitimité qui dépasse la norme et mieux, il est sorti des sentiers jusque-là battus en promettant de réduire son mandat à cinq ans. Macky n'a vraiment rien à envier à ses pairs africains. Et, il mérite respect. 
 
 
Dakaractu : Que vous inspire le démenti du Gouverneur de Dakar au sujet de toute manifestation notamment politique?
 
Baba Tandian : Je n'ai vraiment pas de commentaire sur ce point. Le Gouvernement sort un avis pour dire qu'il n'a jamais interdit toute manifestation; tant mieux, c'est un bon signe. Quoi qu'il en soit, cela  embellit l'image de pays démocrate que l'on nous attribue. Nous ne devons pas avilir cette réputation enviable qui fait la particularité du Sénégal. Il faut laisser les gens du Pds manifester parce que nous recevons des Présidents dont le quotidien de leur pays est rythmé de manifestations, de protestations...Bon, je crois savoir que les gens du Pds sont assez responsables pour ne pas embraser ce pays que nous partageons tous. 
Lundi 17 Novembre 2014
Dakaractu




1.Posté par Bass Tall le 19/11/2014 07:49
Le gouverneur est revenu ou pas sur sa décision d'interdire la marche du PDS, c'est pas important. ce qui est constant dans ce pays et que tout le monde connait, c'est que WADE est dangereux, il clignote à gauche pour tourner à droite. il promet de faire un meeting, mais si les gens se regroupent , on ne peut savoir ce qu'il va faire après, il peut demander la troupe de marcher vers le palais. En tout cas prenez , surveillez vos gardes.



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