BOULEVERSEMENTS ET OPPORTUNITÉS DU NUMÉRIQUE : La Presse africaine tient sa chance (Par Sidy Gaye)


Le numérique banalise l’espace et le temps, contraintes congénitales à l’espèce humaine. Il est en passe de dématérialiser, au rythme de ses fulgurantes avancées, nos outils et vecteurs de civilisation.
La presse en paye un lourd tribut. Outil post moderne par excellence et jusque-là, reflet et force motrice du progrès universel, cette merveille des derniers siècles est à présent assiégée dans ses ultimes retranchements. Au cœur de ce qu’elle avait à ce jour de plus fédérateur, de plus influent et de plus emblématique : l’Agence et le Journal.
Ces deux véhicules privilégiés de transmission de masse des faits, idées et connaissances ont, avec le Livre, défait et fait le monde moderne. Bien loin de cette splendeur, ils sont aujourd’hui guettés par le syndrome du débarras, fatale menace pour tout vieil instrument pas, ou plus assez utilisé.
Qu’adviendrait-il demain au réveil, si une semaine de grève universelle privait le monde d’Agence et de Journal ? Le constat serait aussi banal que terrifiant... D’aucun, et certainement le plus grand nombre de jeunes, ne s’en rendraient même pas compte !
En fait, un autre monde est déjà né. Son bébé est là, avec ses dents spontanées, croquant ou pompant à volonté, à longueur de clics, sur tous les buffets, à toutes les mamelles et biberons qui lui tiennent lieu de berceau à ciel ouvert.
Monstre ? Obèse chronique avant l’heure ? Plus certainement spécimen aussi poreux que superficiel ! Pour cause, tous les extrémismes s’en disputent la tutelle ; posant sous ses doigts juvéniles des balises de feu. Autant de menaces à la sécurité et la paix…
Mais en fait, ne l’apprivoiseront demain que ceux qui lui auront inoculé, dans sa frénétique boulimie, les meilleures matières organiques. A cette décisive bataille du contenu, l’Afrique est conviée, paradoxalement sans arme, plutôt en spectatrice.
C’est une des raisons de cet APPEL ; afin de persuader tous les acteurs, que l’Afrique est plutôt le continent le mieux outillé pour ce combat. Mais, entre la négligence de son passé et conséquemment, sa perte d’identité, c’est par derrière qu’elle a laissé ses atouts.
Le réservoir de matières premières, le grenier de la sagesse orale, le panthéon du panafricanisme et de tous les résidus en ismes de l’histoire récente, n’arbore en fait que des corsets ; étroits habits qui le suffoquent, qu’il s’est laissé tailler. De force.
La révolution numérique œuvre au contraire pour l’Afrique réelle. Celle de l’avenir. De la diversité et de la vitalité culturelles. De l’ingéniosité. Elle plaide pour l’un de ces ultimes isthmes où l’image associée au son et à la couleur, gardent encore tous leur sens et messages et n’accouchent pas seulement des Frasques de People et de la Violence gratuite.
Le numérique n’avantage pas l’Afrique seulement sur la forme. Il le privilégie surtout, dans le fond, sur cet espace où les Valeurs Humaines essentielles qui nous différencient des autres créatures, conservent toujours leur prégnance. Cela, les Africains peuvent l’apporter à la toile. Plus intensément que les Asiatiques ; premiers internautes par le nombre.
Au moment où tout semble se déliter et se délier dans le monde, l’opportunité est ainsi offerte à l’Afrique, aux vrais Africains adeptes des valeurs en particulier, d’extérioriser, d’arborer et de partager à l’échelle universelle leur énorme capital humain.
Leurs ressources et ressorts cachés qui les ont aidés à survivre et surtout, à triompher de toutes les oppressions et épreuves. Qui les font vivre aujourd’hui, en toute saison et toutes circonstances, sans stress durable, dans la franche gaîté, avec moins d’un dollar par jour, un médecin pour cinquante mille habitants voire un infirmier ou une matrone pour cent mille !!!
Puisqu’en réalité, la force réelle de l’Afrique, ce ne sont pas ses matières premières et autres richesses matérielles qui ont fait perdre sa tête à notre civilisation ; depuis au moins le quatorzième siècle. Au demeurant, ses rares milliardaires ne se suicident point une fois leur faillite inévitable. Ils se refont, en s’appuyant sur les ressorts socioculturels qui les ont façonnés et encadrés leur vie durant.
L’Afrique, on devra s’y faire, est plutôt une super puissance spirituelle et intellectuelle qui aura façonné ou directement influencé nos plus grands hommes, nos sociétés les plus brillantes ; du Moyen âge au troisième millénaire. Un phare, un très haut phare culturel, une force morale et sociale inlassablement rechargée… à chaque coucher de Soleil.
Faisant vitrine à ce viatique de l’Universel, l’Afrique est de loin la plus apte à inventer cette presse de demain, sa nouvelle Agence et son Journal de type nouveau. La revigorer et lui donner surtout un contenu résolument positif et pacifiste, en transmettant enfin aux nouvelles générations la sagesse résiduelle des turpitudes humaines.
En leur enseignant les ultimes évidences qui ont définitivement établi qu’il n’y a en fait qu’une seule et unique race Humaine pétrie dans la quête permanente du bonheur, une seule et unique foi Divine revigorée par les grandes religions. Qu’il n’y a pas un seul monde mais en vérité plusieurs mondes, dont nous avons tout intérêt à tenir compte. A explorer.

Par Sidy GAYE, Journaliste,
Directeur de la Clinique Média de Dakar
 
Mercredi 4 Mai 2016
Dakaractu




1.Posté par Ousmane Dene le 05/05/2016 11:03
Texte terriblement lucide.



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