BLANCHIMENT DE CAPITAUX : Ces rapports de la CENTIF perdus dans les tiroirs

Le dossier MDL mis à jour par la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) n’est que la face visible de l’iceberg. Plusieurs enquêtes en béton des gendarmes financiers, bouclés sous l’ancien régime, dorment dans les tiroirs. Révélations de Libération...


 BLANCHIMENT DE CAPITAUX : Ces rapports de la CENTIF perdus dans les tiroirs
La CENTIF attend encore des nouvelles de 212 rapports. L’affaire MDL dont l’ancien gérant Cheikh Faye a été formellement mis en cause pour blanchiment d’au moins 1,5 milliard de FCfa libéré sous forme de chèques pour graisser la patte à des autorités, n’est que la face visible de l’iceberg. 
Plusieurs dossiers de blanchiment bouclés par la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) sont perdus dans les tiroirs pour la bonne et simple raison que les anciennes autorités ont misé sur le délai de prescription qui est de trois ans pour les affaires de droit commun afin de garantir l’impunité totale aux personnalités mises en cause.
Si les dossiers Ould Merzog de l’OMVS, du cambiste Demba Sy ou de l’ancien consul du Portugal au Sénégal qui vendait des visas en complicité avec sa copine ont été sanctionnés par des instructions, l’omerta a entouré plusieurs affaires à tel point que, dans une récente note, la CENTIF affirme qu’il restait 212 dossiers qui avaient été transmis au parquet de Dakar à l’époque.

Un demi-milliard en cause à la Direction générale des élections

C’est le cas du dossier sulfureux qui avait éclaboussé la Direction générale des élections (DGE) dont deux responsables avaient été gardés à vue à la Section Re- cherches avant que l’enquête ne soit étouffée suite à de fortes pressions de Ousmane Ngom. Les gendarmes avaient confirmé les soupçons de la CENTIF qui avait mis en cause un trou d’un demi- milliard de FCfa dans un marché de commandes d’urnes qu’exécutait la société Nikel Print dont les responsables n’ont été jamais inquiétés alors que l’un des gradés de la DGE mis en cause par les renseignements financiers occupe aujourd’hui un poste de choix.

Baobab Somone : Les dirigeants pris mais jamais inquiétés

Que dire du rapport de la CENTIF au cœur duquel on retrouve les dirigeants de Decamron et promoteurs de l’hôtel Baobab sur la Petite côte ? Là aussi, une enquête avait été déclenchée avant de s’arrêter brutalement. Or, selon le dossier en béton de ce corps de contrôle, le groupe Accor avait cédé 50.000 de ses actions à une société basée en Amérique Latine, bastion des trafiquants de drogue.
Le même jour, cette dernière... revendait la moitié desdites actions au prix d’achat à Decameron, basée elle aussi en Amérique Latine. Cette transaction, sans justification et dans un délai très court, avait amené la CENTIF à déclencher une enquête sous la houlette de son ancien président, Ngouda Fall Kane.
Des investigations menées par la CENTIF avec l’appui de ses correspondants à l’étranger ont fait ressortir plusieurs indices tendant à faire croire à un blanchiment présumé de capitaux.

Tout d’abord, il y a la substitution de tiers aux parties contractantes.  Ensuite, les valeurs d’acquisition des 50.000 actions (715.581.073 F Cfa) et celles relatives à la revente des 25.000 actions au prix unitaire de 14310 F Cfa (357.750.000 F Cfa) qui ne correspondent pas aux montants transférés au titre desdits règlements (897.000.000 F Cfa de New York à Dakar et 876.000.005 F Cfa de Dakar à Paris en passant par Londres, Dublin). La CENTIF avait conclu que «les opérations d’achat et de revente sont inutilement complexes avec une multitude d’intervenants sans liens apparents». 
Et des personnes formellement identifiées  comme «intervenants» dans cette affaire ont été́ mises en cause par la CENTIF qui a demandé l’ouverture d’une information judiciaire pour blanchiment de capitaux.

Amsa et Nsia, des assureurs au cœur d’un dossier de blanchiment

Le même sort quasi scandaleux a été réservé à une autre affaire dans laquelle on retrouve les assureurs Amsa et Nsia. Comme nous l’écrivions, la boîte contrôlée par François Bakou - qui a bénéficié récemment, avec le concours de UBA, d’un contrat ordurier avec le Centre des œuvres universitaire de Dakar (COUD) sur lequel nous reviendrons - a été accablée dans un «faux placement pour dissimuler des fonds d’origine illicite» détournés par des anciens dirigeants de l’Agence de régulation des postes et des télécommunications (ARTP). L’examen de la fiche technique relative à une police dite retraite complémentaire à prime unique d’un montant de 06 milliards F Cfa au taux de trois virgule cinq pour cent (3,5%), pour une durée de cinq (05) ans a établi un énorme scandale financier.
La CENTIF a noté que «l’assurance est intitulée assurance retraite complémentaire, alors qu’elle ne comporte aucun... assuré désigne.́ C’est-à-dire une assurance de personne sans... personne», ensuite, «le montant – 06 milliards de F Cfa – est curieusement exceptionnel pour ce type de contrat.»
Dénonçant un contrat sans intérêt économique, la CENTIF a noté «qu’un intermédiaire est intervenu dans l’affaire pour empocher des commissions d’un montant de cent soixante quatorze millions (174.000.000) de francs Cfa, déduites du montant proposé au placement». Et on n’en a pas fini avec l’innommable dans cette affaire, car les dirigeants de la Sar, à l’époque des faits, ont accepté «un placement à un taux de 3,5%, plafond autorisé par la règlementation des assurances, en lieu et place d’un taux moyen de 06%, plus rémunérateur, accordé par le marché financier à la compagnie d’assurance vie.»
Quant à la Nsia, elle est au cœur d’une nébuleuse de 300 millions de FCfa. Des fonds que l’ARTP lui a vireś sans fondement avant qu’elle ne les retourne quelques mois plus tard au nom d’une «prime automobile» entourée de la plus grande opacité.

Le Cadastre éclaboussé par son ancien gestionnaire 

D’autres détournements de deniers publics présumés ont été signalés par la CENTIF. Notamment au Cadastre où l’ancien gestionnaire avait été écroué pour avoir perçu dans son compte personnel 50 millions de FCfa payés par la SENELEC pour des travaux de recensement de son patrimoine. L’ancien Directeur général du Cadastre, Tahibou Ndiaye, avait été interrogé comme témoin dans le cadre du dossier dont la suite n’est pas connue. Mais cette affaire est moins choquante que celle relative à un détournement de 3 milliards de FCfa au ministère de la Famille dont la principale bénéficiaire a été la femme d’affaires Ndèye Maguette Mboup. 
> Une enquête avait été ouverte pour voir comment ce département alors dirigé par Ndèye Khady Diop avait pu débloquer cet argent au profit de cette dernière qui avait automatiquement effectué un retrait d’un milliard et acheté des bons du trésor dans un pays de la sous-région.

3 milliards volés au ministère de la Famille et à Bambilor

Le même montant est aussi visé par la CENTIF qui postait une transaction foncière à Bambilor dans laquelle l’intermédiaire a empoché dans son compte personnel plus d’un milliard alors que le vendeur s’est retrouvé avec des miettes. Pour cet organe, il est clair que l’intermédiaire a endossé ses fonds pour les remettre à de gros bonnets intervenus dans la procédure. Qui plus, le terrain objet de la transaction était au centre d’un litige.
Selon nos informations, la CENTIF a produit des rapports plus récents notamment dans le secteur des mines et sur de grosses trans- actions suspectes. 
Nous y reviendrons en détails. (A suivre)
Lundi 31 Octobre 2016
Dakaractu



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