BARTHÉLÉMY DIAS ET CIE FIXÉS SUR LEUR SORT LE 16 FÉVRIER PROCHAIN

Le 16 février prochain, Barthélémy Dias et Cie seront fixés sur leur sort. Le procès a été bouclé, hier, à la fin des plaidoiries des avocats de la défense qui ont demandé la relaxe pure et simple de leurs différents clients.


16 février 2017. Une date à noter sur les agendas. Ce jour, Barthélémy Dias et Cie qui, pendant deux jours, ont fait face aux juges du tribunal correctionnel de Dakar pour répondre des chefs d' accusation dont ils sont accusés, seront fixés sur leur sort. Ils encourent des peines allant de 2 ans à 10 ans de prison ferme.
Après les réquisitions du parquet contre les différents prévenus impliqués dans la mort de Ndiaga Diouf, les avocats de la défense ont la parole pour démonter les accusations du maitre des poursuites. Les robes noires, ceux qui défendent Barthélémy Dias tout comme ceux qui assurent la défense des « nervis » du Pds ont essayé, avec des arguments juridiques, à démonter les charges lourdes du représentant du parquet. Qui a requis 10 ans de prison ferme contre le maire de Mermoz/Sacré cœur, 5 ans contre ses complices et 2 ans de prison ferme pour les « nervis ». Ce sont les avocats de ces derniers qui ont plaidé en premier.

Me Moustapha Dieng : « ce procès est le procès des doutes et des interrogations »

Dans sa plaidoirie, Me Moustapha Dieng a battu l’argumentaire du procureur selon lequel ce procès est un procès de ruse. Mieux, la robe noire pense, sans aucun doute que « ce procès est le procès des doutes et des interrogations. Il y a anguille sous roche dans ce procès »
Très en verve, Me Dieng estime que le tribunal ne peut pas entrer en voie de condamnation contre ses clients car, dit-il, il n’y a pas d’éléments suffisants pour attester la culpabilité de ces derniers.
« Je sais que vous n’entrerez pas en voie de condamnation parce que vous êtes notre seul rempart contre l’arbitraire et l’injustice. La justice ne doit pas être une affaire de contingence », a déclaré Me Moustapha Dieng qui, tout au long de sa plaidoirie, a pris la défense de l’ancien président de la République, Me Abdoulaye Wade. Selon l’avocat, on ne doit pas jeter l’anathème ou l’opprobre sur ce dernier qui contribué grandement au renforcement de la démocratie dans ce pays.

Me Amadou Sall : « En général, ceux qui défendent nos sécurités ont des gourdins ou des barres de fer, mais... »

Abondant dans le même sens que son confrère, Me Amadou Sall a rappelé que ces clients ne sont pas des voyous. « Ils sont des pères de famille. Ce ne sont pas des hommes de violence, ce sont des hommes qui assurent notre sécurité et parfois ils en vivent », précise-t-il. Poursuivant, il a estimé que la matérialité des délits visés contre ses clients pose problème.
« Le dossier n’établit pas qu’ils avaient des armes. En général, ceux qui défendent nos sécurités ont des gourdins ou des barres de fer, mais ici il n’y avait ni barre de fer, ni gourdin, ni couteaux ni coupe-coupe. Il n’y avait aucune arme », a argumenté l’ancien garde des Sceaux. Qui, prenant le contre-pied de Barth, est convaincu que l’enquête préliminaire dans cette affaire a été très bien menée.
A défaut d’une relaxe pure et simple de ses clients, il a demandé l’application bienveillante de la loi pénale. A la suite des avocats des « nervis », ceux de Barthélémy Dias et de ses présumés complices ont la parole.

Me El Mamadou Ndiaye : « ...il y avait un autre tireur à part Barthélémy Dias.... Ce procès est une contribution d’Ousmane Tanor Dieng à l’entreprise de liquidation de Barthélémy Dias.

C’est Me El Mamadou Ndiaye qui ouvre le bal dans ce camp. Ce dernier a piétiné le réquisitoire du parquet. « Il n’y a pas d’éléments objectifs dans ce dossier. Il n’est pas établi que Ndiaga a été tué sur le théâtre des opérations. Nous ne contestons pas les images de la vidéo mais, cette vidéo ne peut pas prendre le dessus sur les conclusions du rapport balistique qui nous disent que la balle qui a tué Ndiaga ne venait pas de l’arme que détenait Barth », a expliqué M. Ndiaye qui demeure convaincu qu’il y avait un autre tireur à part Barthélémy Dias.
Selon la robe noire, aujourd’hui, au lieu de trainer Barth devant la justice, il devait être décoré à l’ordre national du mérite car, dit-il : « il a risqué sa vie pour défendre une institution du pays. » Pour l’avocat, ce procès est purement politique parce qu’on ne veut pas accepter que le prévenu maire socialiste soit de l’autre camp.
« Ce procès est une contribution d’Ousmane Tanor Dieng à l’entreprise de liquidation de Barthélémy Dias. La justice ne doit pas être une machine ou le bras armé d’une personne. S’il y avait une robe de couleur beige maron pour les magistrats, le procureur la porterait en premier », souligne Me Ndiaye qui a cédé la parole au bouillant avocat Me El Hadji Diouf.

« Liquider un adversaire politique par justice interposée c’est grave, c’est honteux, c’est Haram. Il ne faut pas sacrifier l’être humain pour des ambitions politiques. Il faut songer au jugement dernier. »

Qui, au lieu de s’appuyer sur des arguments juridiques pour apporter la preuve de l’innocence de ses clients, s’est défoulé sur le parquet. Selon le député doublé d’un avocat « le procureur a parlé sans apporter des preuves. » Il ajuste et réajuste sa robe, fait quelques pas avant de crier à fendre les murs du tribunal : « C’est le procès de la honte. Comment on peut demander la condamnation d’un député sur la base de règlement de compte. C’est le procès d’un règlement de compte. » Le show de l’avocat vient de démarrer. Au grand bonheur du public qui a pris d’assaut la salle d’audience. « Seule l’autorité de Dieu est éternelle », s'exclame le tonitruant avocat qui lance des regards moqueurs au maitre des poursuites qui subissait dans le calme les attaques.
« C’est la première fois, depuis que je suis avocat, que j’entends un procureur dire, j’ai une preuve mais je ne peux pas la donner. Il est incapable de donner des preuves, il invente. Ce qui est grave. Depuis quand les procureurs font de la rétention dans l’administration des preuves alors qu’il leur incombe de donner la preuve », se défoule Me El Hadji Diouf.
Qui signale qu’« on veut compromettre l’avenir politique d’un maire sur la base de la méchanceté et de la lâcheté pure. » Les attaques de l’avocat sont étendues. Elles ne sont plus pour le procureur de la République. Mais Macky Sall, Sidiki Kaba et Ousmane Tanor Dieng qui en ont pris pour leur grade.
« La justice n’appartient pas à Macky Sall ou à Ousmane Tanor Dieng. La justice appartient au peuple du Sénégal. Il ne faut pas sacrifier l’être humain pour des ambitions politiques. Il faut songer au jugement dernier. Liquider un adversaire politique par justice interposée c’est grave, c’est honteux, c’est Haram », dénonce-t-il non sans dire que si Barthélémy Dias n’avait pas réagi ce jour-là, il passerait de vie à trépas.

Me Aissata Tall Sall « Le procureur n’a exploité que ce qui est à la charge de Barth »

A l’instar de ses confrères qui l’ont précédé devant le prétoire pour plaider, Me Aissata Tall Sall a voué aux gémonies l’accusation. La mairesse de Podor, connue pour son verbe facile et sa rhétorique a captivé l’attention de toute la salle d’audience. Même les mouches avaient suspendu leur vol.
« Tout le Sénégal sait ce qui s’est passé et tout le monde a su que Barthélemy Dias a fait l’objet d’une attaque. Il s’est rendu à sa mairie pour protéger son institution et son personnel. Barth a dit à ses administrés de fermer leurs fenêtres parce qu’il avait peur que des balles les atteignent. Ces gens n’étaient pas venus simplement pour dire bonjour à Barthélemy. Le procureur n’a exploité que ce qui est à la charge de Barth », a expliqué l’avocate pour sauver la peau de son client qui encourt une peine de prison ferme.
Poursuivant son propos, elle ajoute : « Le témoignage de Sokhna Faye a révélé qu’il y avait à l’intérieur des véhicules des barres de fer. Matériellement, on n’a pas retrouvé l’arme du crime. Cette enquête elle est partiale. Je n’ai jamais vu une enquête menée dans des conditions aussi scandaleuses. Les policiers ont reçu des instructions venant des plus hautes autorités de l’époque. Le procureur a pris le record du réquisitoire le plus long et l’approximation des hypothèses. »
C’est par des versets de coran que Me Aissata Tall a conclu sa plaidoirie en demandant au tribunal de bien juger les faits et de dire le droit.

Me Demba Ciré Bathily : « Le but de ce procès c’est de liquider Barthélémy Dias et, pour cela, il faut passer par la justice. Les débats l’ont largement prouvé. »

Dernier avocat à plaider, Me Demba Ciré Bathily n’a pas dérogé à la règle. Il a suivi la même voie que ses confrères. Ce, en affirmant que si Barth est à la barre du tribunal aujourd’hui c’est parce que la météo politique a changé et certains veulent sa tête. « On veut l’empêcher de se présenter aux échéances électorales qui profilent à l’horizon. Le Procureur dans son réquisitoire a tenté de diaboliser Dias mais, il n’a jamais amené des éléments objectifs. Nous ne voulons pas de la provocation mais nous ne voulons pas
aussi la légitime défense. Venir ici et dire qu’il n’y a pas de menaces le concernant ça c’est une injure à notre intelligence », a déclaré Me Bathily.
Qui poursuit : « Le but de ce procès c’est de liquider Barthélémy Dias et, pour cela, il faut passer par la justice. Les débats l’ont largement prouvé. Il est constant qu’il y a eu échange de tirs. Cela résulte des éléments du dossier et cela résulte aussi de la déclaration du commissaire. L’objectivité était de vous projeter une vidéo dans son intégralité et cette vidéo est le fruit d’un montage. Parce qu’au moment où Barth rechargeait son arme, il y avait d’autres tirs. Il ne s’agit pas d’incriminer la police et il ne s’agit pas aussi d’être idéaliste. Quand il vous dit que la scène a été infectée vous n’avez pas besoin d’être un expert pour le savoir. Juste après les faits, la scène du crime a été gardée pendant deux jours par la police. La police scientifique, elle n’est scientifique que de nom. Elle n’a aucun moyen pour faire des investigations. On peut faire certaines analyses mais on a des limites. »
Faisant dans la raillerie, Me Bathily de dire : « le Procureur est devenu un expert ballistique et un expert en image. Si on voulait vraiment faire de l’image un élément de preuve, il fallait recourir à des spécialistes et ça aurait été objectif. Le procureur, conscient que sa théorie ne tient pas, est allé jusqu’à dire qu’il y avait une 4e arme. Si c’était aux Usa on aurait poursuivi le Procureur qui a dit qu’il connait même celui qui est allé acheter l’arme au Brésil. Il faut dire que nous sommes dans un système où c’est le parquet qui doit rapporter la preuve. Mais rien de tout cela. Il est même constant que le parquet a des informations qu’il cache au tribunal. Alors que nous sommes réunis ici pour la manifestation de la vérité. »
Les plaidoiries de tous les avocats étant bouclées, l’affaire est mise en délibéré jusqu’au 16 février 2017.
Vendredi 27 Janvier 2017
Dakaractu




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