Autosuffisance en riz en 2017 : Une vision, une volonté, une voie ... (Par Gallo Thiam)


Quand le ministère de l’Agriculture et de l'Equipement rural, un secteur stratégique mal en point, venait d’être confié au Dr Papa Abdoulaye Seck, peu de sénégalais avaient une idée précise sur l'homme auquel le chef de l’Etat, avait misé pour conduire la politique agricole du Sénégal. Mais choix ne pouvait être plus judicieux eu égard au fait que le Dr Seck n’a de passion que pour les sciences agronomiques et d’attachement que pour le travail. Donc ce choix raisonné porté sur sa personne, pour ce que nous en savons, a rencontré une haute ambition, celle d'un scientifique de renommée internationale doublé d’un patriotisme avéré, qui avait en bandoulière une ferme volonté de positionner l’agriculture sénégalaise dans une dynamique vertueuse de croissance économique et social. C’est ainsi que, peu après son arrivée au ministère, il s’est fixé comme objectif d’atteindre une production rizicole de 1,6 million de tonnes de Paddy d'ici 2017, soit 1 080 000 tonnes de riz blanc dont les 60% seront supportés par la riziculture irriguée et les 40% par le système pluvial. Un rapide diagnostic des motivations qui sont à la base de ce pari si audacieux, défendu avec tant d’insistance par le ministre, s'impose. Un « patriotisme économique » en trois temps Première dimension : la vision prospective du chef de l’Etat, Macky Sall, de placer l´Agriculture au cœur du Plan Sénégal émergent (Pse), unique cadre de référence en matière de politique économique et sociale. Ici, le Président Sall a compris qu'une politique agricole ne peut-être stratégique que si elle est offensive. D’où toute la pertinence de l’intervention de l'Etat du Sénégal qui, au chapitre de ses grands desseins nationaux, s'est positionné en "agent économique", pour organiser le développement agricole, socle de notre émergence économique. C’est justement la voie royale par laquelle un Etat stratège doit accompagner les acteurs pour la redynamisation de son économie surtout quand ce pays a ce qu’il lui faut pour ne plus dépendre de qui ce soit, particulièrement de l’Asie qui s’achemine vers une raréfaction des surfaces cultivables et de la disponibilité en eau pour approvisionner le monde en riz. Deuxième dimension : l’élan patriotique du Dr Papa Abdoulaye Seck. Au dépouillement de la presse, la communication du ministre nous montre une volonté citoyenne de relever le défi de l’émergence économique et sociale du Sénégal. Ce souhait, attaché au parcours de l'homme, à ses performances remarquables réalisées à AfricaRice, un des quinze centres de recherche agricole du monde qui œuvre pour la réduction de la pauvreté et la sécurité alimentaire en Afrique. En effet, le Dr Seck a ingénieusement contribué non seulement à l’accélération de la diffusion des technologies ayant « fortement impacté sur la production rizicole africaine à travers les Nerica et les variétés Sahel », mais a jeté les bases d'une recherche rizicole « de plus en plus compétitive générant d’importants résultats fortement utilisés à travers l’Afrique et même hors du continent. Pourquoi pas donc au Sénégal, son pays d'origine ? Dans la pensée du ministre Seck, la tendance contemporaine du développement agricole rime avec audace à faire sauter des cadres préexistants, créer du neuf et entretenir sans cesse une évolution créatrice. Ces préoccupations l'ont très certainement motivé à imprimer un nouveau style de gestion et de management axé sur la trilogie : transparence, équité et protection des acteurs. Troisième dimension : l´envie nous prend de saluer les efforts de modernisation louables dans le secteur de l'agriculture. L’innovation étant au cœur de la compétition économique, nos agriculteurs avaient bien besoin de conseils judicieux qui leur feraient connaître les méthodes rationnelles qu’on doit employer en agriculture. Sur le plan technique, nous pouvons énumérer l’élévation du niveau de mécanisation de l’agriculture, la dotation de tracteurs équipés, de moissonneuses batteuses, de batteuses à riz, la conservation des sols, la redéfinition des zones rizicoles, le remembrement des terres, l’électrification et l’alimentation et la maîtrise de l'eau etc... ; il y a aussi sur le plan économique, la mobilisation des fonds afin que les producteurs ne soient plus les victimes des spéculateurs, cette mise à disposition de crédits suffisants leur donne l’espoir de vendre leurs produits à un prix rémunérateur. Qu’en est-il aujourd'hui de cette politique agricole initiée sous la houlette du Dr Papa Abdoulaye Seck, de cette nouvelle dynamique dans notre secteur agricole ? Elle semble porter ses fruits puisque la productivité rizicole est satisfaisante. L’état actuel de notre production rizicole montre que notre agriculture est en mue, telle un reptile qui se revêt d’une nouvelle peau, plus belle que l’ancienne. « Tchine su naree neex su baxxee xeen » (Le pari est en passe d’être gagné). Sans doute, ici, l’intelligence scientifique et économique qui avait du mal à être exploité a du s’imposer. Choc et contre-choc des chiffres Le débat sur l’autosuffisance en riz, la passion qu'il a soulevée autour du prestige (ou mythe) des chiffres, est le fruit d’une critique classique entre statisticiens. Nous n´allons pas entrer dans cette vieille querelle ni nous lancer dans des interprétations technico-géographiques peu convaincantes, comme savent le faire certains pseudo-statisticiens. Toutefois, la validité d’une information chiffrée peut être divergente, mais les exigences qu'impose le chiffre nous obligent à les maîtriser. Combien de fois, le Dr Papa Abdoulaye Seck en réponse à des interpellations, ou pour lever les ambiguïtés qui ont fini par pénétrer dans l’inconscient collectif, a-t-il laissé galoper sa plume rappelant à ses compatriotes les grands principes de la politique agricole de l’Etat du Sénégal. Dans sa toute dernière interview, il réaffirmait encore : "Pour 2015, c’est 906 mille 348 tonnes de paddy qui ont été produites, entraînant un accroissement de 62% par rapport à 2014". "Un niveau de performance atteint en deux ans, dépasse tout ce qui a été réalisé en cinquante-quatre ans d’indépendance", poursuit-il. A l’évidence, la question centrale ici est de savoir si l'autosuffisance rizicole, une fois atteinte, permettra à notre pays d'exporter du riz. “Nul n'est prophète chez soi” Le Sénégal est un pays étrange : une fois qu’on y assume une haute responsabilité, on est exposé à des critiques sévères et mêmes radicales. On en vient à considérer que les causes sont bien connues, puisque inhérentes au secteur de l’agriculture ou des clans et factions qui depuis l’indépendance, mènent âprement une dictature en règle sur l’ensemble des filières agricoles de notre pays. Et pire, quand ces pseudo-scientifiques patentés qui passent tout leur temps à invectiver le ministre de l'Agriculture en essayant de transmettre le virus dans le modèle de développement agricole qui leur est proposé, cela devient grave. Face donc à des défis de performance, il ne faudrait pas que l’on réduise ses ambitions, les notres, car ce serait se mettre délibérément hors jeu… A tous ces groupes égoïstes qui ne souhaitent que l'échec du ministre de l'Agriculture, Dr Papa Abdoulaye Seck, une phrase, une seule leur suffira comme une réponse : “lorsqu'une entreprise d'envergure nationale se présente, toutes les actions de faible portée sont laissées entre les mains des incrédules.” Autrement dit, il n’y a de distinction vraie qu’entre celui qui accomplit bien son travail et ceux qui, ne pouvant le faire, empruntent des chemins tortueux pour exister. Alors arrêtons les débats évasifs, sans fin, fondement de notre pessimisme critique, et travaillons !
Samedi 14 Mai 2016
Dakaractu




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