Attention, la république est en danger! (par Ibrahima Gassama)


Je me permets d’intervenir sur le cas de la radiation de notre compatriote Ousmane Sonko car les décisions du Président Macky Sall ne s’inscrivent plus dans la perspective d’une dictature rampante, mais d’une dictature bien réelle qui risque de saper les fondements de la cohésion commune du pays. De hauts fonctionnaires de la trame de Sonko ou Nafi Ngom Keita qui ont pris leur courage par les deux mains pour contrer la corruption et le détournement de nos deniers publics doivent être promus et protégés par l’État au lieu de connaître les déboires tels que nous les connaissons actuellement.
Je me dis au moins que la nature injuste et autoritaire du régime actuel nous pousse à une réflexion profonde sur les vrais dosages de pouvoir au sein de notre république. Cette réflexion est d’autant plus importante qu’on ne peut laisser l’avenir de hauts fonctionnaires à des personnes dont la moralité est douteuse et les comportements aux antipodes de la démocratie. Si des ministres qui ont accordé des amnisties fiscales injustifiées à ce jour et des députés ayant détourné des deniers publics se permettent de réclamer la tête de personnes qui alertent le peuple sur des bases factuelles, alors notre république est en crise. Si par ailleurs, un président qui se réclame d’une république « sobre et vertueuse » se permet de sanctionner une personne qui démontre l’implication de son petit frère sur des contrats pétroliers opaques pour l’ensemble des sénégalais, alors la république va à la dérive. C’est la raison pour laquelle un vrai débat doit immédiatement voir le jour au Sénégal pour encadrer le pouvoir démesuré et illégal que se donne le Président.
Si la réalité est que Sonko n’a jamais pu être sanctionné sur une faute professionnelle car n’ayant jamais divulgué une information quelconque obtenue de son travail, alors une telle sanction ne peut être motivée que par la politique, ce que le Ministre de l’économie et des finances a clairement affirmé à l’assemblée nationale : la décision qui sera prise sur Ousmane Sonko sera politique. À partir de ce moment, le gouvernement devrait également s’attendre à ce que la réaction du peuple malmené par les détournements répétitifs soit également politique. Cette décision dictatoriale doit interpeler tous les démocrates du Sénégal qui devront se lever comme un seul homme et dire « Non à la dictature ». Nous devons tous nous entendre que le Sénégal n’est la propriété de personne et que si nos droits individuels sont hypothéqués sans raison, alors le socle démocratique sur lequel notre volonté commune de vivre ensemble s’effondre.
Beaucoup de signaux envoyés ces derniers temps par le régime en place ne sont guère rassurants : la création de sénégalais de premier et de second rang, le forcing unilatéral de la composition du fichier électoral, le relèvement de Nafi ngom Keita de ses fonctions, le retrait de passeports de certains opposants pour des litiges civils, etc. Bref le climat n’est guère rassurant pour un pays qui aspire à la stabilité. Le climat ressemble fort bien à la fin du deuxième mandat du régime libéral, ce qui est prémonitoire d’une fin de règne. Quand un pouvoir s’affole si facilement c’est qu’il a de bonnes raisons de douter de sa reconduction par un peuple souvent serein, mais qui sais sanctionner avec sévérité, surtout quand l’injustice et la force restent les seuls arguments politiques. Rappelons que c’est pour les mêmes raisons d’injustice que le régime libéral a perdu la confiance du peuple et je demeure convaincu que les Sénégalais ne pardonneront pas à Macky Sall ce qu’ils n’ont pas pardonné à Abdoulaye Wade.
Pour terminer, je dois dire qu’il est temps que tous les démocrates du Sénégal se rejoignent dans un seul camp pour refuser de vivre dans une dictature. Ils doivent lancer des signaux forts pour rappeler au pouvoir actuel en place que l’avancée actuelle de la démocratie sénégalaise est le fruit de luttes démocratiques et de sacrifices opérés par de valeureux sénégalais afin que nos libertés d’opinion et d’association soient respectées. Alors, à tous les démocrates, rejoignons-nous!
Ibrahima Gassama, Québec
Économiste du développement durable au Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec
Chargé de la réflexion chez DIISOO-MED
Contact : igassama@gmail.com
Mardi 30 Août 2016
Dakaractu




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