Attentat déjoué avant la présidentielle : l’attaque devait être « violente et imminente »


Le procureur de Paris, François Molins, n’a pas pu préciser « la ou les cibles visées » par les deux hommes arrêtés à Marseille. Un drapeau de l’EI a été retrouvé au domicile de l’un d’eux.


Les suspects arrêtés dans le cadre d’une enquête antiterroriste mardi 18 avril « se préparaient à mener une action violente, de manière imminente » : lors de sa conférence de presse, le procureur de Paris, François Molins, a décrit « deux individus méfiants et déterminés ». Cette attaque était prévue « sur le territoire national sans que l’on puisse déterminer avec précision le jour, la ou les cibles visées ou encore les circonstances exactes de leur passages à l’acte », a précisé M. Molins.

La menace avait été identifiée par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) depuis plus d’une semaine : un projet d’attentat dans la dernière ligne droite de la campagne présidentielle. Après six jours de traque, deux hommes de nationalité française, Clément B., 24 ans, et Mahiedine M., 30 ans, ont été interpellés à Marseille, à cinq jours du premier tour de scrutin.

Des réquisitions auprès d’une société de covoiturage ont permis de savoir que les deux individus ont regagné Marseille depuis Nancy à la fin du mois de mars, avec des cartes prépayées et sous fausses identités utilisées par Mahieddine M. Des avis de recherche ont été délivrés.

Plusieurs armes, des chargeurs, une grenade, un couteau de chasse et d’importantes quantités d’explosifs artisanaux (3 kilos de TATP) ont été découvertes dans l’appartement que les deux suspects louaient dans le 3e arrondissement de Marseille. Les policiers ont également trouvé des accessoires : un drapeau de Daech, un Coran, un masque carnaval type Anonymous, une perruque châtain... La cible de ce projet d’attentat n’a pas encore été établie, mais le TATP découvert était suffisamment sec pour laisser craindre un passage à l’acte imminent, certainement « dans les tout prochains jours », selon les termes du ministre de l’intérieur, Matthias Fekl.

Les deux suspects se seraient rencontrés et radicalisés en 2015 lors d’un séjour en prison à Sequedin (Nord). Le plus jeune, Clément B., libéré cette même année, est soupçonné d’avoir effectué un séjour en Syrie. Son complice, Mahiedine M., sorti de prison en 2016, était suspecté depuis plusieurs mois de chercher à se procurer des armes et avait fait l’objet d’une perquisition administrative en décembre 2016. Il devait se voir signifier une mesure d’assignation à résidence, mais avait entre-temps disparu de son domicile.

Une vidéo d’allégeance découverte le 12 avril

Le 5 avril, la section antiterroriste du parquet de Paris avait ouvert à son endroit une enquête préliminaire concernant un projet d’attentat. La veille, il avait adressé au commissariat de Roubaix une enveloppe avec sa carte d’identité et une carte bancaire en déclarant : « Je vous donne ma carte d’identité et ma carte car à cause de vous, je n’en ai plus l’utilité, je vais bientôt me rendre (...) laissez-moi tranquille. » Une perquisition a eu lieu le 7 décembre 2016 à son domicile à Roubaix, où a été découvert un drapeau de l’Etat islamique (EI), ainsi que de la documentation djihadiste sur un ordinateur.

Les investigations avaient permis d’identifier un deuxième suspect, son ancien codétenu, Clément B. Des proches avait signalé dès mars 2015 sa disparition inquiétante. Il avait des velléités de départ en Syrie et « une pratique radicale de l’islam » selon le procureur, avec une proximité avec la communauté tchétchène à Nice.

Cinq jours plus tard, le 10 avril, une seconde enquête est ouverte après que la DGSI a reçu l’information selon laquelle un homme s’apprêtait à publier une vidéo d’allégeance à l’organisation Etat islamique, dernière étape avant un passage à l’acte.

Le 12 avril, l’enquête s’accélère : la DGSI découvre une photo et une vidéo d’allégance publiées par Mahiedine M. sur lesquelles on aperçoit un pistolet-mitrailleur à côté d’une phrase, « La loi du talion », écrite à l’aide de munitions. Le montage est accompagné de la « une » du journal Le Monde du 16 mars, titrée « François Fillon, une campagne à l’heure du soupçon », et illustrée d’une photo du candidat de droite. Cet élément, ainsi que le timing du projet d’attaque, font craindre un attentat visant la campagne électorale.

Les équipes de plusieurs candidats sont aussitôt alertées de la menace. Des mesures de sécurité exceptionnelles sont prises par le ministère de l’intérieur pour encadrer plusieurs meetings. Trois candidats – François Fillon, en raison de sa présence sur la vidéo d’allégeance, Marine Le Pen, qui tient un meeting mercredi 19 avril au Dôme de Marseille, et Emmanuel Macron, en raison de son statut de favori – sont jugés particulièrement à risque.

Pour Fillon, « tout le monde est menacé aujourd’hui »

L’entourage de Marine Le Pen a confirmé au Monde avoir été prévenu « d’un projet d’attentat qui pesait contre un candidat à l’élection présidentielle », sans qu’un nom de candidat ne lui ait été spécifiquement communiqué. « Les photos des deux suspects ont été transmises à nos officiers
de sécurité jeudi dernier », précise l’équipe de campagne du FN.

L’équipe de François Fillon a elle aussi été alertée dès jeudi. « A partir de ce jour-là, le dispositif de sécurité a été renforcé autour de lui lors de ses déplacements », précise au Monde un proche de l’ancien premier ministre. Une garde statique avait également été mise en place à côté de son logement parisien, dans le 7e arrondissement de Paris.
Son entourage fait état de « menaces avérées » lors du meeting de Montpellier, vendredi, et précise que le ministre de l’intérieur a appelé personnellement le candidat pour l’informer de l’interpellation des deux suspects.
« C’est le signe que le niveau de menace terroriste dans notre pays reste très élevé », a déclaré mardi François Fillon à la presse lors d’un déplacement à Calais. Interrogé sur le fait de savoir si cette menace était liée à ses prises de position contre le totalitarisme islamique, il a répondu : « Tout le monde est menacé aujourd’hui. En tout cas, si c’est le cas, ça ne me fera pas reculer d’un centimètre carré. Mais surtout, cela ne doit pas conduire à focaliser le débat sur les questions de
sécurité – surtout sur la mienne. »

Mélenchon en « totale solidarité »

L’entourage d’Emmanuel Macron a précisé au Monde que l’équipe du candidat d’En marche ! avait reçu les mêmes photos des suspects jeudi. « On nous a prévenu jeudi que deux individus préparaient un attentat contre le QG d’un gros candidat. Nous avons été invités à renforcer la sécurité de notre QG et à limiter les déplacements en transports en commun. Les rondes de police ont été renforcées aux abords du bâtiment », a déclaré un proche du candidat.

Selon les informations du Monde, Jean-Luc Mélenchon a envoyé deux messages de soutien à François Fillon et Emmanuel Macron. « J’apprends que vous auriez été visé par un projet d’attentat, écrit-il au candidat LR. Je vous dis ma totale solidarité face à la menace. Que notre campagne en complète opposition soit le meilleur des démentis au programme totalitaire des terroristes. » A Macron, il écrit : « On dit que vous auriez été menacé. Je vous dis mon émotion et ma complète solidarité personnelle. Que notre campagne et notre opposition républicaine soit la démonstration de l’échec du projet des violents. »

De son côté, le candidat socialiste Benoît Hamon a expliqué avoir été informé la semaine dernière par le ministère de l’intérieur de l’existence d’une menace terroriste sur l’élection présidentielle. En déplacement à Toulouse, le député des Yvelines a félicité les services pour l’arrestation des deux terroristes supposés, mais il refuse pour autant d’« en faire un fait de campagne ». « Je ne veux pas instrumentaliser politiquement cette affaire, moi je continue à faire campagne sans avoir peur de serrer les mains », a-t-il ajouté.

Hollande salue une « prise remarquable »

François Hollande a salué, depuis Le Creusot (Saône-et-Loire), le travail des enquêteurs : « Tout ce que je peux dire, c’est que nos services et nos policiers ont travaillé de manière remarquable, nous permettant d’arrêter deux personnes qui vont maintenant être confrontées devant des juges et des policiers pour que nous sachions exactement quelles étaient leurs intentions. C’est une prise remarquable. »

« A quelques jours d’une échéance électorale majeure pour notre pays, je veux rappeler que tout est mis en œuvre pour assurer la sécurité de ce rendez-vous majeur pour notre démocratie », a déclaré le ministre de l’intérieur, Matthias Fekl.

50 000 policiers et gendarmes mobilisés pour la présidentielle

Dans une interview au Journal du dimanche, M. Fekl expliquait que plus de 50 000 policiers et gendarmes, appuyés par des militaires de l’opération Sentinelle, seraient mobilisés pour assurer la sécurité de l’élection présidentielle. Outre le risque terroriste, les forces de l’ordre veilleront également aux éventuels « débordements venant d’extrémistes de tous bords » entre les deux tours du scrutin, qui se tiendront les 23 avril et 7 mai.

La menace terroriste est « permanente et de haut niveau, comme en atteste la multiplication des actes à Londres [cinq morts et une cinquantaine de blessés le 22 mars], Stockholm [quatre morts et quinze blessés le 7 avril] et ailleurs », rappelle-t-il, en affirmant que « dix-neuf interpellations antiterroristes » avaient eu lieu en mars en France, placée sous l’état d’urgence depuis les attentats djihadistes de novembre 2015 (cent trente morts et plus de trois cents blessés).

Le Monde 
Mardi 18 Avril 2017
Dakaractu



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