Analyse comparée du contexte électoral dans l’espace CEDEAO (Par Adama SADIO ADO)


Analyse comparée du contexte électoral dans l’espace CEDEAO (Par Adama SADIO ADO)
L’Afrique de l’Ouest est-elle d’obédience socialiste ?
L’élection du socialiste Roch Marc Kaboré au Burkina Faso devant son principal adversaire, le libéral Zéphirin Diabré, semble confirmer la lourde tendance de la forte implantation des partis d’obédience socialiste dans la sous-région ouest africaine au détriment des partis libéraux. En effet, des candidats de partis membres de l’Internationale socialiste sont portés (à nouveau) au pouvoir tels que John Dramani Mahama (Ghana), Mahamadou Issoufou (Niger). C’est aussi le cas d’Ibrahim Boubacar Keïta (Mali), d’Alpha Condé (Guinée) et de Muhammadu Buhari (Nigéria) dont le parti, APC, est membre consultatif de l’Internationale socialiste. Au Sénégal, l’APR de Macky Sall est certes membre de l’Internationale libérale, mais il ne revendique pas l’idéologie libérale dans son règlement intérieur. Mieux, le Président sénégalais, en crise profonde avec l’essentiel des Libéraux sénégalais y compris la figure emblématique du libéralisme en Afrique à savoir l’ancien président Abdoulaye Wade, est entouré par les barons du Parti socialiste historique. A se demander si le président Macky Sall, qui a tété au sein de la gauche (ancien militant d’AJ/PADS) et au vu de sa politique, a-t-il réellement le libéralisme dans son ADN ? 
Les « exceptions » de la déferlante socialiste
Hormis les présidents Alassane Dramane Ouattara (Côte d’Ivoire) et Macky Sall (Sénégal), les candidats socialistes raflent presque partout la mise à l’occasion des dernières présidentielles dans l’espace CEDEAO. Si le président Ouattara revendique son appartenance au libéralisme, il n’en est pas moins que la famille politique (RHDP) sur laquelle il s’est appuyé aussi bien pour son élection (2010) que pour sa réélection (2015) est historiquement de gauche. Le RHDP rassemble des leaders politiques se réclamant « enfants politiques » de Félix Houphouët Boigny, président fondateur du RDA, parti de gauche. 
Les présidentielles de 2007 et de 2012 au Sénégal ont prouvé que le pays est majoritairement libéral. En 2007, les candidats libéraux Abdoulaye Wade et Idrissa Seck ont engrangé 70,82% de l’électorat. Et 69,25% des voix ont été mobilisées par les trois principaux candidats d’obédience libérale (Abdoulaye Wade, Macky Sall et Idrissa Seck,) en 2017. 
« Un coup KAO » bien en marche ?
« Un coup KO », slogan de campagne du candidat Alpha Condé, semble bien faire son chemin en Afrique de l’Ouest. Après le Président guinéen, puis Alassane Dramane Ouattara, c’est au tour de Roch Marc Kaboré de mettre KO ses adversaires dès le premier coup. Si les premiers ont bénéficié de la prime au sortant, le candidat Roch Marc Kaboré n’a pas été aux affaires lors de la présidentielle burkinabé. 
Les similitudes des cas Kaboré et Sall 
Le parcours de Roch Marc Kaboré présente quelques similitudes avec celui de Macky Sall. Tous les deux ont été plusieurs fois Ministres, occupé la station primatoriale et la présidence de l’Assemblée Nationale sous le régime de Blaise Compaoré et de Abdoulaye Wade. Ils ont également eu tous les deux à jouer un rôle politique prépondérant au sein des formations politiques de Compaoré et Wade. En effet, Kaboré et Sall fussent respectivement Président du CDP et Secrétaire général adjoint du PDS avant leur disgrâce. Enfin, ils rejoignent tardivement la dynamique de l’opposition et de la société civile contre la candidature de leurs anciens mentors et dament le pion aux candidats de l’opposition classique dans des contextes électoraux très particuliers. La présidentielle sénégalaise est tenue dans un contexte marqué de fortes violences électorales relatives à la candidature du président sortant et celle burkinabé fait suite à une période de transition mouvementée avec le putsch manqué du général Gilbert Diendéré.   
Kaboré et Sall présentent, néanmoins, une différence. Si l’un (Macky Sall) faisait face à un candidat sortant (Abdoulaye Wade), l’autre (Roch Marc Kaboré) n’avait pour adversaires que des opposants. Le Président de la transition burkinabé (Michel Kafando) ne pouvait participer à la présidentielle. 
La démocratie, une affaire de gentlemen
L’élégance républicaine du candidat vaincu, Zéphirin Diabré, est à saluer et à encourager. Il est vrai que lors des alternances de 2000 et de 2012, le Sénégal nous a habitués à des coups de fil de félicitations des candidats malheureux aux vainqueurs. Et en 2000, l’affrètement de l’avion présidentiel par le président nouvellement élu à son prédécesseur et une visite à la mère de ce dernier par le premier sont aussi des actes de galanterie républicaine hautement symboliques. 
Mais la visite de Zéphirin Diabré au siège du parti de son adversaire nouvellement élu dès l’annonce des résultats provisoires par la CENI nous rappelle celle de Soumaïla Cissé au Mali auprès du président Ibrahima Boubacar Kéita et demeure encore un luxe dans l’espace CEDEAO. Les contentieux électoraux sont encore une réalité dans la sous région d’Afrique de l’Ouest. Ce fut récemment le cas en Côte d’Ivoire et en Guinée où des candidats ont vivement contesté les processus électoraux au point que certains comme Essy Amara, Mamadou Koulibaly et Charles Konan Bany (Côte d’Ivoire) se sont retirés du processus électoral et d’autres comme Cellou Dalein Diallo (Guinée) n’ont pas reconnu la réélection du président Alpha Condé. 
Ceci dit la sublime élégance républicaine des candidats vaincus Zéphirin Diabré et Soumaïla Cissé mérite d’être vivement saluée et reproduite pour la consolidation de la démocratie et de la paix dans cette partie du continent. La démocratie est une affaire de gentlemen. 

Adama SADIO ADO
Chercheur en Sciences Politiques 
adosadio@yahoo.fr 
Lundi 7 Décembre 2015
Dakaractu




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