Aly N'gouille N'diaye, ministre de l'Industrie et des Mines : « Nous sommes en train d’étudier les propositions pour relancer le projet Falémé (…) Le premier hangar du parc industriel d'une taille de 7 900 m2 peut générer plus de 1 000 emplois»

Le ministre de l'Industrie et des Mines Aly N'gouille s'est exprimé sur les difficultés que rencontre le secteur industriel, du parc industriel, de l'exploitation du projet de Falémé avant de terminer par le PUDC dans le département de Linguère.


Les difficultés du secteur industriel au Sénégal
 
Aly N'gouille N'diaye : ce secteur est confronté à beaucoup de difficultés. La première est la cherté des facteurs de production comme l’électricité. Mais nous pensons que les programmes qui sont mis en place par le gouvernement pour qu’il y ait suffisamment d’énergie à moindre coût, devraient avec des répercutions sur les coûts de production. Déjà nous sommes en train de travailler avec la commission de régulation qui est en train de faire la révision tarifaire tous les trois ans et nous jouerons un rôle très important pour que les secteurs de production puissent avoir des coûts acceptables dans l’industrie.
La deuxième difficulté est la concurrence déloyale. Il est arrivé que dans certains secteurs de l’industrie, l’on constate que des produits finis parviennent à être écoulés sur le marché à des coûts inférieurs aux coûts d’acquisition de matières premières. Ceci a été un constat du premier comité consultatif que nous avons eu à faire avec le secteur de l’industrie. Raison pour laquelle nous avons commencé à travailler avec la Douane pour régler définitivement ce problème.
Tout ceci constitue une série d’actions que nous sommes en train de mener pour apporter des solutions. Vous savez nous avions connu au Sénégal des industries de renommée qui ont connu des difficultés au moment où le président Macky Sall arrivait au pouvoir. On peut citer les ICS qui malheureusement après un premier redressement en 2008 commençaient déjà à avoir des difficultés en 2012-2013. A un moment donné, l’entreprise a même frôlé la fermeture. Nous sommes parvenus à redresser les ICS avec un partenaire de référence en l’occurrence Indorama qui déjà a investi pas mal d’argent dans le secteur, pour l’emmener cette année soit à être en équilibre ou être bénéficiaire. Ce qui, en l'espace de 14 mois, constitue une bonne chose pour ce secteur là. Ce même partenaire Indorama, en plus des investissements, devrait permettre que les ICS atteignent la pleine capacité, ce qui n’a pas eu lieu depuis très longtemps. Ensuite, il y aura un objectif de doubler la production d’engrais parce que les ICS c’est une capacité de 250 000 tonnes par an et si l’objectif est atteint, on peut aller jusqu’à 500 000 tonnes par an. Les travaux pour l’unité devraient démarrer l’année prochaine.
Nous avons aussi envisagé de remettre à flot la NSTS qui aujourd’hui a repris du service après presqu’une décennie sans aucun fil du secteur industriel sénégalais.
Le grand chantier que nous avons en 2016, c’est la SOTEXKA. Nous allons travailler à redresser toutes ces entreprises industrielles qui sont restées des années sans activité.
 
SUNEOR : redressement et repreneurs
 
Vous avez entendu le Premier ministre, le ministre des Finances et le ministre de l’Agriculture indiquer la direction. Nous sommes en train de la reprendre. Nous avons déjà trouvé un accord avec l’actionnaire majoritaire et pour la campagne en cours, nous avons un programme très ambitieux qui consiste à traiter près de 300 000 tonnes. Ça faisait longtemps que la SUNEOR n’a pas traité une telle quantité. Après cela, nous pourrons voir quelles sont les opportunités qui nous sont offertes pour avancer.
Pour ce qui est des repreneurs, on peut dire qu’il y a des groupes, des personnes morales ou physiques qui se sont exprimés. Mais ce qu’on peut dire pour le moment, c’est que l’Etat n’a pas encore pris de décision à ce sujet. L’Etat dit je prends l’unité, je la remets à niveau et je commence déjà à travailler pour au moins sauver cette année. Maintenant après cela, on va prendre le temps pour voir quelles sont les dispositions qu’on peut prendre pour la céder dans les meilleures conditions.
 
Quid des parcs industriels


Il est important de souligner que dans la politique qui est mise en œuvre par le président de la République Macky Sall, les parcs industriels occupent une place très importante. Si vous regardez le PSE, nous avons prévu d’ici 2020, la création de trois parcs industriels.
Sur le premier parc industriel, le gouvernement du Sénégal a déjà mis dans son budget de 2014, 20 milliards de F Cfa. Nous allons encore mettre 5 milliards sur le premier parc industriel dans le budget de 2016 et nous sommes en train de nous pencher sur la deuxième phase qui devrait globalement coûter une cinquantaine de milliards de F Cfa. Le parc industriel est un terrain aménagé avec des hangars de taille internationale de 7 900 m2 aménageables par les industriels. Rien que sur le premier parc industriel, nous pensons livrer le premier hangar en janvier 2016 et l’entreprise devant l’occuper est prête à employer 1 000 personnes en mars 2016 pour envisager ses premières exportations en juillet de la même année. Ce premier parc est destiné aux entreprises qui veulent faire de l’export avec une bonne valeur ajoutée, car cela génère aussi beaucoup d’emplois pour nos jeunes.
Toujours sur la politique industrielle, nous avons mis en place des agropoles avec des endroits déjà définis au sud, au centre et au nord. C’est un projet agropole qui va traiter toute la filière et qui mettra en contact les producteurs, les transformateurs, les commerçants entre autres.
Nous envisageons aussi la mise en place de petites unités industrielles à l’échelle nationale. Nous avons aujourd’hui la possibilité de transformer beaucoup de nos produits, mais malheureusement cela ne se fait pas comme il le faut, c’est pourquoi nous venons de lancer avec le FONGIP, la BNDE et le Fonsis, un programme qui permettrait de lever 2,5 milliards pour financer la petite et moyenne industrie.
 
Les richesses dont regorge le sous-sol sénégalais
 
Comme vous le voyez sur cette carte (une carte du Sénégal avec zones de mine représentées), nous avons pratiquement toutes les ressources minières.
Nous avons une très forte concentration au Sud-Est où nous avons de l’or. Nous avons beaucoup de phosphate qui couvrent presque la moitié du pays. L’or fait peut-être beaucoup de bruit, mais la première richesse minière du Sénégal c’est les phosphates. Et je pense que dans les prochaines années, nous aurons 3 grandes unités industrielles de la taille des ICS qui vont exploiter les phosphates.
 
Situation du secteur minier au Sénégal
 
Ces dernières années on a beaucoup parlé du secteur minier au Sénégal. Si tel est le cas, c’est parce que le président Macky Sall, en juillet 2012, quelques mois à peine arrivé au pouvoir, lors du conseil des ministres de Ziguinchor, a dit nous ne gagnons pas suffisamment de nos mines. Faisons une évaluation des contrats et à partir de là, regardons ce qu’il y a lieu de changer dans le code minier. Après évaluation, nous avons apprécié le manque à gagner et nous essayons de voir comment gagner mieux. Le code minier a été en préparation pendant 2 ans avec une approche inclusive en impliquant tout le monde. Aujourd’hui nous avons un rapport final et la commission technique est en train de se réunir pour mettre la main sur la forme et sur le fond avant que le conseil des ministres ne l’examine et l’emmène à l’Assemblée nationale. Dans cette nouvelle approche du nouveau code minier, nous pensons que nous allons aboutir à une meilleure prise en compte des intérêts du pays tout en tenant compte le fait que le Sénégal est dans un milieu où il y a la concurrence des autres pays, parce que vous savez, ce que nous avons au Sénégal c’est la même chose que nous avons au Mali et en Guinée. Donc nous sommes en compétition et ce sont les mêmes investisseurs qui passent d’un pays à un autre parce que c’est des montants lourds en investissement.
Au delà de ces aspects réglementaires, le Plan Sénégal Emergent a placé le secteur minier dans une position très importante en fixant des objectifs pour l’exploitation de l’or, l’exploitation du phosphate et du fer.
Pour le phosphate, l’objectif est d’avoir au moins 3 millions de tonnes. Et pour cela, à partir de l’année prochaine,  nous ne serons plus très loin d’atteindre cet objectif là, avec les ICS à 600 000 tonnes d’acide phosphorique ça fait presque 1 800 000 tonnes d’acide de phosphate exploité et nous avons trois autres sociétés qui se positionnent  pour au moins l’exploitation de 500 000 tonnes. Ce cap sera donc très vite atteint.
En ce concerne l’or, l’objectif est d’avoir 17 tonnes d’or d’ici 2020. Mais déjà, l’année prochaine, normalement si les négociations que nous sommes en train de faire aboutissent avec deux opérateurs, la construction de deux nouvelles industrielles d’or devrait au moins en 2017 produire 13 tonnes d’or. Ce qui est un pas de géant dans ce secteur.
Pour le fer, aujourd’hui malheureusement nous sommes en train de relancer le projet, mais nous avons quelques contraintes, car sur le plan international, le prix du fer est à un niveau très bas. Compte tenu du fait que notre fer est très éloigné, les coûts de revient peuvent être très élevés. C’est pourquoi nous sommes en train de réfléchir sur le développement d’une sidérurgie pour avoir une production locale et remplacer tout le fer ou tout l’acier que nous importons. Nous pensons aussi que cest ’à cette période où les prix sont bas que nous pourrions avoir des investisseurs pour le chemin de fer. On est dans tout ça pour qu’en 2020 nous atteignions l’objectif du PSE c’est à dire 20 millions de tonnes.
 
L’espoir que nourrit le président sur le secteur minier en le plaçant parmi les six priorités du PSE
 
Effectivement. C’est pourquoi nous sommes en train de changer toutes les dispositions réglementaires, parce qu’en fait, tout ce qu’on vise c’est que derrière ces investissements, l’Etat du Sénégal et les populations gagnent beaucoup plus sur les mines.
Nous allons faire de sorte que les sénégalais eux-mêmes s’intéressent davantage à la production minière. Nous allons lancer l’année prochaine deux nouvelles unités industrielles sur l’or, deux nouvelles unités industrielles sur le phosphate et on a la possibilité d’appeler les sénégalais à participer sur l’actionnariat. C’est permis que les privés sénégalais puissent accéder à 25%. Dans les négociations que nous sommes en train de mener, nous avons dit de manière très claire aux opérateurs que nous allons tout faire pour les sénégalais puissent être partie prenante de cet actionnariat. Parce que c’est comme ça qu’on peut les amener à participer à ce programme. C’est difficile souvent de les impliquer dans l’exploration car cela demande beaucoup de moyens. L’objectif est de les amener à s’impliquer davantage dans l’exploration minière et ceci aura un effet positif sur l’économie sénégalaise.
 
Exploitation du projet Falémé
 
Nous avons eu avec ce projet deux arbitrages. D’une part, à un moment donné le Sénégal a été condamné à payer plus d’une quarantaine de milliards pendant 5 ans, ce qui est pratiquement fini car nous sommes à la cinquième année. De l’autre côté, nous avons préféré négocier avec Arcelor pour finir ce projet et cela nous a rapporté 75 milliards de F Cfa. Alors dans ce projet, quand nous avons fait la sommation finale, nous avons gagné de l’argent. Je tiens juste à dire que malgré tout le bruit que cela a suscité, 1 seul gramme de fer n’a quitté le Sénégal. Le fer est là sur place et nous envisageons de relacer le projet. Nous avons fait une table ronde au mois d’octobre et tous ceux qui ont manifesté leur intérêt sur le minerai de fer de la Falémé étaient présents. Pendant cette table ronde, nous avons reçu sept propositions intéressantes que nous sommes en train de suivre. Nous avons reçu trois propositions d’entreprises chinoises, trois autres d’entreprises sud-africaines et une dernière proposition d’une entreprise sénégalo-britannique.
Nous sommes en train de les étudier et j’ai envoyé une équipe en Afrique du Sud, nous nous déplacerons aussi dans ce pays au mois de février prochain, au salon minier de Indaba. Une occasion de rencontrer des partenaires intéressés et de les relancer malgré le contexte compliqué.
 
Le département de Linguère et le PUDC
 
Le programme d’urgence de développement communautaire (PUDC) est un programme très important lancé par le président de la République. Ce programme fait que tout le département de Linguère est presque en chantier, que ça soit les pistes rurales, les forages, les châteaux d’eau, l’électrification rurale etc. 
Toutes les principales composantes du département sont touchées et sont en train marcher, plus maintenant les matériels distribués aux femmes pour leur faciliter leur travail.
C’est un programme vraiment intéressant pour le monde rural. Je ne veux pas rendre les autres départements jaloux en énumérant ce qui a été fait à Linguère (rire), mais je peux juste vous dire que c’est qu’on a changé de paradigme en ce qui concerne la construction des châteaux d’eau, d’unité de stockage d’eau et même de forage.
On a envisagé dans le PUDC et c’est en cours de réalisation, de creuser des forages avec des débits de 300 m3. C’est une première.
Avec des stockages à Tessékéré de 1 000 m3. Vous savez à Tessékéré nous avons eu des difficultés : il arrivait en période de chaleur que les animaux ne buvaient qu’un jour sur deux ou trois parce qu’il y avait pas de suffisamment de stockage. C’est des milliers de têtes qui se retrouvaient dans un forage. Avec un stockage de 1 000 m3 aussi au Ranch de Dolly, le problème sera réglé.
On est en train de réaliser aussi la piste Linguère-Dolly qui fait 90 kilomètres et au moment où je vous parle plus de 15 kilomètres sont déjà réalisés. L’électrification rurale est aussi lancée et les villages sentent sa présence et je crois d’ici peu de temps leur problème sera réglé.
 
Aly N'gouille N'diaye, un maire proche de sa population
 
C’est une attitude que j’ai eue avant même de m’intéresser à la politique. Alors la politique n’est qu’un élément de plus qui doit me pousser à faire plus de ce que je faisais avant plutôt que de reculer. Je suis fils de politique, mon père a été maire de Linguère il y a 30 ans, donc je suis né dans cet environnement politique même si cela m’a intéressé un peu tard.
Mais ce que je sais c’est quand on veut faire de la politique, on doit être proche de sa base. Moi, si je reste 15 jours sans aller à Linguère, ma ville me manque...
 
 
 
 
 
Jeudi 17 Décembre 2015
Dakaractu




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