Allocution de SEM Macky Sall, Président de la République du Sénégal, au débat de haut niveau sur la gestion des déplacements massifs de réfugiés et de migrants


Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général, 

Mesdames, Messieurs,

 

La question qui nous réunit ici revêt une importance primordiale. 

On estime à plus de 65 millions le nombre de personnes déplacées, réfugiées ou migrantes. 

Le phénomène migratoire n’est assurément pas nouveau, bien qu’il se trouve aujourd’hui amplifié par l’effet de la guerre et d’autres sources d’instabilité, liées notamment à l’insécurité ou à la sévérité des conditions climatiques dans certaines régions du monde. 

Traiter ce phénomène n’est pas simple. Au-delà des idées reçues, seule une approche globale et durable, sereine et concertée pourrait aider à résoudre une question aussi complexe. 

Le Sénégal qui est une terre d’accueil de plusieurs communautés africaines et non africaines, compte également une importante diaspora à travers le monde.

Nous sommes donc particulièrement sensibles au traitement réservé aux  migrants par les pays d’accueil.

Chaque migrant, chaque personne réfugiée mérite un traitement digne et respectueux des droits humains fondamentaux, quelle que soient ses origines. 

Le Sénégal reconnait et salue les efforts de tous les pays qui accueillent des réfugiés. C’est une grande marque d’humanité que d’ouvrir ses portes et donner asile à son semblable forcé de quitter son pays pour sauver sa vie.

En même temps, nous devons faire en sorte que la situation de migrants établis dans leur pays d’accueil depuis des années ne soit pas remise en cause par le phénomène conjoncturel des réfugiés. 

Dans leur grande majorité, les migrants sont de braves gens qui gagnent leur vie à la sueur de leur front. Ils contribuent de ce fait au progrès économique et social de leur pays d’accueil. Et pour beaucoup d’entre eux, ils y ont fondé leur foyer et y vivent avec leurs familles.

 

Par conséquent, les mêmes valeurs humaines qui fondent l’accueil des réfugiés dictent également le respect des droits des migrants. Les deux exigences ne s’excluent pas. 

En lieu et place d’une politique systématique de reconduction aux frontières, le Sénégal souhaite que la situation des migrants soit stabilisée, y compris par une régularisation appropriée.

Il nous semble même temps prioritaire de  travailler à des solutions durables aux flux migratoires clandestins. 

Cela nécessite une lutte ferme et permanent contre les réseaux criminels de l’émigration clandestine, y compris par les moyens renforcés qu’autorise la résolution 2240 du 9 octobre 2015 du Conseil de Sécurité. 

Le partenariat entre l’Europe et l’Afrique dans le cadre du FRONTEX dont le Sénégal est partie prenante, a produit à cet effet des résultats probants. 

Travaillons également à stabiliser la situation politique et institutionnelle des pays de transit ; parce que c’est quand l’Etat est fragile ou inexistant que ces réseaux prospèrent en profitant du chaos et du vide laissé par l’Etat.

Il incombe en outre aux pays de départ l’obligation de mettre en œuvre des politiques aptes à donner aux jeunes des raisons d’espérer, par l’éducation et la formation, ainsi que par l’emploi et les activités génératrices de revenus.

C’est en répondant aux problèmes des jeunes, en donnant vie aux zones de départ des candidats à la migration et en facilitant l’accès de tous aux services sociaux de base que nous traiterons avec efficacité les causes profondes du phénomène migratoire.

 

Monsieur le Président, 

Je me dois pour conclure d’exprimer ici la préoccupation du Sénégal sur l’éventualité de créer des  Centres de rétention dans des pays Africains. 

Cette question mérite sérieusement d’être examinée à la lumière des règles qui gouvernent la libre circulation des personnes et des biens dans des espaces  intégrés comme la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO). Je vous remercie de votre aimable attention.

Mardi 20 Septembre 2016
Dakaractu



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